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AboMazout, gaz…et les alternatives
A quoi sont chauffés les logements dans votre commune?

La dépendance aux énergies fossiles est forte en Suisse, et particulièrement dans le canton de Vaud: mazout et gaz tiennent encore la palme, et de loin. (image d’illustration)
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La dépendance aux énergies fossiles est forte en Suisse, et particulièrement dans le canton de Vaud. Si on se focalise sur le chauffage des logements, les données de l’Office fédéral de la statistique le montrent bien: mazout et gaz tiennent encore la palme, et de loin.

Le 18 juin, deux votations – l’une cantonale et l’autre fédérale – ont trait aux enjeux climatiques. L’assainissement des bâtiments est ainsi au cœur de la fameuse loi climat, qui promet de libérer une manne fédérale de subventions pour inciter les propriétaires à changer de système de chauffage. Objectif: atteindre en 2050 la neutralité carbone. À dix jours du vote, et alors qu’une révision de la loi vaudoise sur l’énergie est dans le pipeline, dresser un rapide état des lieux du parc immobilier vaudois est instructif. Que nous enseigne-t-il?

Le fossile omniprésent

Premier constat, donc, deux tiers des bâtiments d’habitation sont chauffés par des énergies fossiles, ce qui représente trois logements sur quatre. Dans le détail, le mazout (39%) devance de peu le gaz (36%). Ce sont l’un ou l’autre la source d’énergie prédominante dans l’écrasante majorité des communes, comme on le voit sur la carte, quasi bicolore.

Les raisons sont évidemment historiques, avec l’essor du pétrole au début du siècle passé et un agent de chauffage – le mazout – économique et transportable à peu près partout, même dans les lieux reculés.

«Dès les années 70, les réseaux de gaz se sont développés, comme celui de Cosvegaz dans le Gros-de-Vaud», relate François Schaller, chef de la Division approvisionnement et planification énergétique à la Direction générale de l’environnement. Le gaz a ses avantages: plus propre, pas besoin de citerne pour le stockage. «Les communes ont été sollicitées pour autoriser la pose de conduites et les distributeurs se sont concentrés sur les zones les plus peuplées, pour qu’il soit financièrement intéressant d’investir dans l’extension des réseaux.»

Autant dire qu’à la vallée de Joux ou au Pays-d’Enhaut par exemple, le fioul n’allait pas souffrir de concurrence. Pas étonnant donc que Le Chenit et Ormont-Dessus soient les deux communes vaudoises qui comptent la plus grande proportion de logements chauffés au mazout, respectivement 71% et 68%.

Le cas de Lausanne

Alors qu’Yverdon, Montreux, Vevey, Morges ou encore Nyon se chauffent aujourd’hui principalement au gaz, Lausanne a encore le mazout comme agent prépondérant: 42,1% de ses logements en dépendent. «La raison est que le parc immobilier de la ville est assez ancien», analyse le municipal Vert chargé des énergies, Xavier Company.

«On a toujours soutenu le déploiement du réseau de gaz naturel pour remplacer le mazout, mais à présent, l’objectif est de remplacer ces deux par l’extension progressive de notre chauffage à distance. Il y a un boom: l’an dernier, nous y avons raccordé beaucoup plus de bâtiments que ce que nous avions prévu.»

Près d’un appartement lausannois sur quatre y est désormais connecté. Signe, selon l’édile, d’une «véritable prise de conscience». L’objectif affiché par les autorités: couvrir trois quarts des besoins en chaleur de la ville d’ici à 2050 avec le chauffage à distance. «Le gros déploiement à venir est à l’ouest et au sud: Ouchy-Vidy-Malley.»

Lausanne entend investir 170 millions de francs dans ce but. «Nous allons aussi mettre en ligne un cadastre thermique pour que chaque propriétaire puisse voir si son bâtiment est éligible à un raccordement et selon quel calendrier.»

Si ce chauffage à distance – l’un des plus anciens de Suisse – fonctionne grâce aux rejets de chaleur de l’usine Tridel et de la station d’épuration, il utilise aussi un important appoint en gaz, l’hiver. Mais à terme, la Ville entend s’en passer pour garantir une source d’énergie entièrement renouvelable, relève Xavier Company.

Les chauffages électriques condamnés

Environ 5% des logements vaudois sont chauffés électriquement. Mais gare aux chiffres: ils font l’objet d’un décorticage minutieux de Choc électrique. Ce lobby des propriétaires de chauffages électriques a décelé des différences entre des statistiques émanant de l’OFS et d’autres de l’Office fédéral de l’énergie, s’agissant des surfaces chauffées exprimées en mètres carrés. L’association pointe ainsi le flou sur lequel reposent des décisions politiques lourdes de conséquences pour les gens concernés.

Rappelons que le Grand Conseil vaudois a récemment signé l’arrêt de mort des chauffages électriques. S’ils n’émettent pas de CO2, ils sont perçus comme une source de gaspillage de courant. Sauf dérogations, les propriétaires ont jusqu’en 2033 pour remplacer leur installation par une autre source d’énergie propre, type pompe à chaleur. Un recours est pendant auprès de la Cour constitutionnelle.

Alors, où se situent les 19’000 logements dont il est question? Principalement sur La Côte, mais aussi ailleurs, dans des communes à forte concentration de villas comme Cheseaux-Noréaz, banlieue huppée d’Yverdon. Les chauffages électriques ont connu un essor dans les années 80 avant d’être interdits dans les nouvelles constructions deux décennies plus tard. De nombreuses zones résidentielles écloses dans l’intervalle ont fait l’objet d’une promotion active des distributeurs d’électricité.

Cas d’école à Bogis-Bossey, en Terre Sainte: «À cette époque, deux quartiers, Les Esserts et les Pralies, se sont développés, faisant passer notre petit village agricole de 350 habitants à 800, raconte l’actuel syndic, Jean Widmer. Toutes ces maisons ont été construites avec des chauffages électriques, et la plupart ont encore ce système. C’est au changement de propriétaires, souvent, qu’ils en changent.» Bogis-Bossey demeure la championne des radiateurs électriques: il y en a dans 58% des logements.

Les autres solutions 

Les alternatives aux chauffages fossiles et électriques sont évidemment en pleine croissance. Certaines communes de montagne exploitent déjà bien leur patrimoine forestier: Ormont-Dessous, Mauborget, Provence, Saint-Cergue, par exemple, ont beaucoup de logements chauffés au bois. D’autres ont développé des réseaux de chauffage à distance avec cette ressource locale. C’est le cas de Baulmes, dont les autorités faisaient figure de pionniers au début des années 90 avec leur centrale à bois.

Trente ans et quelques péripéties plus tard – dont une faillite de la société exploitante, reprise par une autre, toujours en mains communales –, le chauffage à distance baulméran alimente désormais la moitié des foyers. «Soit à peu près deux tiers de la population», calcule le syndic, Julien Cuérel. «On a encore entre trois et cinq raccordements par année. Et on continue d’investir dans ces installations.» À Éclépens, ce sont les récupérateurs de chaleur de la cimenterie Holcim qui servent à chauffer 67% des maisons et appartements.

Quant aux pompes à chaleur, qu’elles soient géothermiques ou air-eau, c’est l’explosion ces dernières années. Il s’en est installé plus de 41’000 dans toute la Suisse en 2022, plus du double d’il y a cinq ans, selon les chiffres fournis par le Groupement professionnel suisse pour les pompes à chaleur (GSP). «Le canton de Vaud ne fait pas exception et suit cette même tendance», confirme son responsable romand, Philippe Ranc. Selon les modèles, les clients doivent parfois patienter de longs mois avant d’être équipés (lire l’encadré). À Lausanne, «il ne se passe pas une semaine sans qu’on délivre des autorisations», observe Xavier Company.

Si la pompe à chaleur ne représente encore que 7% des systèmes de chauffage dans le canton, elle est appelée à jouer un rôle crucial dans le sevrage des énergies fossiles, confirme François Schaller. «Il y a des zones qui ne peuvent pas être forées – à cause des nappes phréatiques, de risques de glissement – mais avec les améliorations techniques, les pompes air-eau donnent des rendements de plus en plus intéressants, tant qu’on reste plutôt en basse altitude.»

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