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Mobilisation contre le coronavirusTrois labos suisses pour un vaccin

Les équipes de Bachmann, Halbherr et Burkhard promettent des millions de doses contre le coronavirus. Les plus ambitieuses pour la fin de l’été. Qui sont ces chasseurs de pandémie?

À Berne, Martin Bachmann et Saiba Biotech visent un vaccin en octobre
À Berne, Martin Bachmann et Saiba Biotech visent un vaccin en octobre
Philippe Rossier/Blick

Les Nations Unies l’ont répété. À leurs yeux, un vaccin contre le Covid-19 reste la seule voie pour un retour à la «normalité». Alors que la pandémie a déjà fait un quart de million de victimes dans le monde, une centaine de labos planchent sur une solution permettant d’obtenir une immunité de masse contre le SARS-CoV-2. Une dizaine les testent déjà sur l’homme. Dont une poignée de PME «biotech» helvétiques.

L’enjeu est stratégique. «Un vaccin à la fin de l’année», a promis dimanche un Donald Trump engagé dans une autre course. Celle de sa réélection. «Contrairement à l’Europe, les États-Unis ont toujours fortement soutenu le secteur des vaccins, notamment par le biais de leurs agences de protection contre les attaques bactériologiques liées à l’armée», rappelle Claudia Collin, spécialiste du secteur chez AtonRâ Partners, société de gestion basée à Genève.

Le coup du Dr Bachmann

Bon mais… et la Suisse? Le projet le plus en vue est celui du responsable du département d’immunologie de l’Université de Berne, Martin Bachmann – qui enseigne, cela tombe bien, à l’Institut Jenner d’Oxford. Oui, le labo universitaire britannique qui a promis, dès mars, un vaccin pour l’automne.

Le Dr Bachmann évoque aussi un vaccin pour octobre, ce qui en ferait l’un des premiers disponibles dans le monde. Il a déclaré, la semaine dernière sur le site SWI Swissinfo, être capable de produire rapidement entre 10 et 20 millions de doses – de quoi protéger la population helvétique. La route reste longue. Saiba Biotech, la PME dont il est le cofondateur, a besoin de… 100 millions pour développer son vaccin.

«Ce n’est pas le moment de faire du sensationnalisme, l’équilibre entre l’avantage thérapeutique et les risques est toujours délicat, et la difficulté du processus d’autorisation des agences réglementaires telles que Swissmedic ou la FDA américaine pourrait être sous-estimée», réagit Diego Braguglia, l’un des responsables de VI Partners, une société de capital-risque basée à Genève ayant investi plus de 200 millions de francs dans les sciences de la vie. «Ils entament les tests cliniques de phase II en mai… Mettre sur le marché un vaccin en octobre paraît ambitieux, même en collaborant avec un géant de la pharma», pointe de son côté Claudia Collin.

Innomedica, usine incluse

L’autre projet de vaccin est porté par Innomedica, le labo de Peter Halbherr, qui dit être capable de produire plus d’un million de doses par mois en faisant tourner 24/24 et 7/7 son usine fribourgeoise de Marly (lire ci-dessous). Sur son site, la société dit «être en contact avec l’Office fédéral de la santé publique en ce qui concerne la gestion du projet, son financement et la distribution du vaccin».

Burkhard, le franc-tireur

Et puis, il y a le coup d’éclat de l’immunologiste bâlois Peter Burkhard. Fin mars, il s’était injecté son propre vaccin devant les caméras de la SRF. Sa société Alpha-O Peptides développe un vaccin dit «SAPN», en synthétisant des protéines en laboratoire.

Vétéran de l’immunisation, il utilise la même technique que celles de Ycocedron, société américaine focalisée sur les «pandémies», dont il est l’un des responsables. Lui aussi a indiqué être en discussion avec les principaux industriels du vaccin – Sanofi, Pfizer, Merck et GSK – afin de multiplier les précieuses doses à l’infini.

Humabs la californienne

À Bellinzone, Humabs BioMed est spécialisée dans les traitements des infections virales. Elle a travaillé notamment contre Ebola, Zika ou la dengue. Son propriétaire depuis trois ans, le spécialiste californien des maladies infectieuses VIR Biotechnology, a été retenu au début du mois par le géant GSK pour renforcer ses efforts dans la mise au point d’un vaccin contre le SARS-CoV-2. Il compte bien mettre à contribution l’expertise de la PME tessinoise dans les anticorps.

L’héritage de Berna

À Berne, Janssen Vaccines, née du démantèlement de Berna Biotech, indique de son côté travailler actuellement sur «le remplissage aseptique de la formulation finale du vaccin contre le Covid-19 pour l’essai de phase I». Cette entité de la galaxie Johnson & Johnson a déjà produit le vaccin contre Ebola.

Fin mars, la multinationale américaine a annoncé avoir identifié un candidat-vaccin prometteur contre le Covid-19. Les premiers essais sur des individus sont prévus «au plus tard pour septembre». Les doses pourraient être disponibles début 2021.

-> Article publié initialement le 06 mai 2020