Relations Suisse-UETrois ministres chahutés pour un accord historique avec l'UE
Les négociations entre Berne et Bruxelles sont bouclées. Place à la consultation avant la bataille au parlement et un épilogue devant le peuple.

- Le Conseil fédéral a bouclé les négociations avec l’UE.
- Le PLR d’Ignazio Cassis affiche son scepticisme.
- Guy Parmelin doit manœuvrer avec l’opposition frontale de l’UDC.
- Beat Jans aura fort à faire pour rallier la frange syndicale du PS.
Ignazio Cassis, Guy Parmelin, Beat Jans. Un PLR, un UDC, un PS. Le Conseil fédéral n’a pas fait les choses à moitié pour présenter le résultat des négociations avec l’UE. Mais cette unité gouvernementale ne saurait cacher le fait que chacun des trois devra d’abord convaincre dans son propre camp.
Cassis, le maître d’œuvre PLR

Ignazio Cassis est entré au Conseil fédéral avec la promesse de faire un «reset» sur le dossier européen. Après avoir déchiré l’accord-cadre en 2021, il incarne désormais ce nouveau paquet. Pour le Tessinois, la voie bilatérale contribue au succès de la Suisse depuis 25 ans. «Chaque jour, la Suisse et l’Union européenne échangent des biens et des services pour plus d’un milliard de francs. Notre bien-être dépend de ces échanges.»
Reste qu’on peine à voir qui sera derrière lui. Son parti, le PLR, qui a toujours œuvré en faveur de bonne relation avec l’UE affiche de plus en plus son scepticisme. La preuve avec sa réaction du jour: «Nous ne nous réjouissons pas de ces accords ni ne les condamnons, écrit le parti. Certainement pas avant d’avoir lu et examiné attentivement chaque ligne du document.» Il se demande carrément si ces accords «sont utiles à la Suisse». Le dernier mot reviendra à la base du parti lors d’une Assemblée des délégués.
Le Centre est plus optimiste. S’il salue «une avancée majeure», il précise toutefois qu’il «analysera en détail les propositions». Il ne reste guère que les Vert’libéraux pour s’enthousiasmer d’un «jour historique».
Beat Jans, l’euroturbo socialiste

De tous les conseillers fédéraux, c’est lui le plus europhile. En charge de la Migration, Beat Jans devra toutefois rassurer sur les effets de ces accords sur la croissance. Il aura pour cela une nouvelle clause de sauvegarde, qui pourra être invoquée «en cas de graves problèmes économiques ou sociaux».
Son problème à lui, c’est que son parti n’est plus l’euroturbo des années nonante. Si le PS affirme que «de bonnes relations avec l’Europe sont cruciales pour la population, l’économie, la formation et la recherche», il met déjà la pression sur la suite. «Le Conseil fédéral a l’obligation de présenter un paquet global équilibré qui garantisse la protection des salaires, renforce le service public et établisse la sécurité juridique dans ces domaines.»
Sa frange syndicale, extrêmement puissante depuis l’arrivée de Pierre-Yves Maillard (PS/VD) à la tête de l’USS, critique, elle, sans détour l’accord. «Selon les informations actuellement disponibles, la protection des salaires sera démantelée et le service public affaibli», écrit l’USS, qui appelle le Conseil fédéral à faire toute la transparence sur le contenu de l’accord.
Parmelin, l’UDC pragmatique

Pour Guy Parmelin, la situation n’est guère plus enviable. S’il y a bien un argument qui doit porter en faveur de ce paquet d’accord, c’est l’économie. En tant que conseiller fédéral en charge de ce département, le Vaudois devrait donc être un des fers de lance. Pas évident, compte tenu du contexte.
Déjà parce que certains milieux économiques ne veulent pas de ces accords, craignant la bureaucratie européenne. Certes, ils sont minoritaires, mais ils brouillent le message. L’autre écueil, ce sont les syndicats, et ce, même si le Vaudois insiste pour dire que «le niveau actuel de protection des salaires est garanti avec le nouvel accord négocié entre la Suisse et l’Union européenne».
Ce sera aussi compliqué avec son parti. Le groupe UDC s’est rassemblé sur la place Fédérale ce matin pour une «veillée». «Le combat pour la liberté commence», a déclaré le président du parti, Marcel Dettling (SZ), une hallebarde à la main. Pour l’UDC qui parle d’un traité de soumission, il ne s’agit pas d’un paquet d’accords, mais du «même paquet de mensonges qu’en 2021». Interpellé, Guy Parmelin rappelle que le rôle d’un parti n’est pas le même que celui d’un membre du gouvernement.
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