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EditorialTrump ou la puissance de la rage

Un nouveau livre à charge contre le président, qui ne devrait pas faire bouger les lignes.

Incapable, ignorant, imbu de lui-même, dangereux… En deux ans, Bob Woodward n’a pas changé d’avis. Après «Peur» en 2018, «Rage» dresse aujourd’hui le même portrait accablant du président. La participation directe de Donald Trump au nouveau best-seller du journaliste n’a pas infléchi la sentence: «Trump n’est pas apte à exercer sa fonction».


Mais ce livre n’aura sans doute aucun effet sur le résultat du 3 novembre. À moins de cinquante jours de l’élection présidentielle, les deux camps semblent figés. Jo Biden maintient son avance sur le plan national, mais il peine à creuser l’écart dans certains États clés décisifs.

Donald Trump occupe tout l’espace, arpente le pays, multiplie les déclarations. À questions compliquées, réponses simples. Les violences policières? Il faut éviter le chaos. La pandémie de Covid? Il ne faut pas paniquer, c’est en train de disparaître. Les incendies en Californie? Les démocrates ne savent pas débroussailler les forêts. Le réchauffement climatique? Cela finira par se refroidir. La paix avec Israël? De nombreux États arabes la signeront. Bob Woodward? Il n’avait qu’à dire plus tôt ce qu’il savait. Des vérités en format Twitter, expéditives et rassurantes pour ses partisans.

Sur la dernière ligne droite, tout devrait favoriser Jo Biden: les tensions raciales, les 200’000 morts du Covid, l’économie en berne, les mensonges du président et les menaces qu’il fait peser sur la démocratie. Mais on assiste, sidérés et fascinés, à la molle campagne du démocrate – axée sur la réconciliation et l’apaisement – face à la frénésie présidentielle, décuplée par l’envie de démentir, comme en 2016, ceux qui le méprisent et pensent sa réélection impossible. «Je suscite la rage», s’est vanté Donald Trump à Bob Woodward. On saura dans moins de six semaines si la rage qu’il inspire suffira pour faire gagner son adversaire.