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ÉditorialTrump, Berset, Chewbacca, tous au Capitole

Je vous parle d’un temps que seuls les plus de 80 ans peuvent connaître. Ces ciné-journaux qui précédaient les films sur les écrans suisses de cinéma, désormais archivés à la Cinémathèque suisse. Sur la grande toile blanche, si la pandémie n’existait pas et si la tradition s’était maintenue, on aurait pu voir, calé dans un fauteuil rouge au Capitole de Lausanne, les Trumpistes assiéger celui de Washington. Quand la réalité dépasse la fiction. Ou alors – mais cela ressemble plus à une série – les sept Mercenaires au palais. Chaque mercredi, Alain Berset remplaçant avantageusement Yul Brynner dans le rôle de Chris Adams. Défendant non plus un petit village mexicain assailli par des bandits, mais résistant tant aux assauts d’un virus inconnu qu’aux lobbyistes de tout poil.

Mais revenons au septième art. Celui qui a bien noirci les colonnes de votre «24 heures» ou du «Matin Dimanche» ces derniers jours. Une espèce en danger avant le corona. Une espèce disparue pendant. Une espèce en voie d’extinction après? Par le petit bout de la lorgnette, celui qui regarde l’écran noir de nos nuits blanches (© Claude Nougaro), on pourrait mettre en scène un avenir sombre. Surtout en Suisse, surtout dans les multiplexes des grands groupes. Trop cher par rapport au piratage ou au streaming; trop pop-corn pour encore séduire les cinéphiles.

Et puis, que n’a-t-on pas inventé chez certains pour tenter d’en faire une «expérience client» totale. Notamment en matière de blockbusters. Comme s’il fallait compenser une créativité en berne par des artifices physiques. Alors oui, me souffle Wikipédia, les frères Lumière ont inventé le cinéma en relief pour un remake de «L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat», oui «Avatar» en 3D m’avait soufflé il y a dix ans, mais aujourd’hui cette dimension sessouffle et blase.

Oui, à Marseille, j’ai vu le pathétique «Tanguy, le Retour» couché sur un fauteuil matelas, coussin, couverture et plateau-repas en sus, sans que cela n’en fasse un bon film. Oui, je me suis fait sprayer de l’eau, de l’air, des odeurs et secoué comme un pruneau pour «Star Wars, épisode IX, l’Ascension de Skywalker» sans que je n’en ressorte un poil déçu par le contenu, mais surtout frappé par l’inanité intersidérale (et le prix!) de la 4DX; qui pourrit le respect dû à lœuvre autant que si votre voisin de siège était Chewbacca mangeant un paquet de chips.

Par contre, j’ai vu le «Dunkerque» de Christopher Nolan époustouflant dans une salle obscure et moins spectaculaire sur mon canapé. Il n’y a pas photo. C’est vrai, l’offre physique et numérique à regarder depuis le confinement contraint de son salon est phénoménale, quantitativement et qualitativement. Mais lorsqu’on pourra de nouveau sortir pour aller au Cinétoile de Lausanne, au Royal de Sainte-Croix ou au City de Pully, on pensera au «Cinéma, cinéma tout le monde est fou de toi» de Paola (4e place pour la Suisse à l’Eurovision en 1980). Et on y retournera pour de vrai.

2 commentaires
    DF

    Charabia.