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En galerie à LausanneUn art très nature à l’encre de champignon

Le Grison Mirko Baselgia, moult fois primé, s’allie à la nature pour rallier le quotidien et l’imaginaire dans des œuvres qui poétisent l’essentiel.

Exposé chez Heinzer Reszler, à Lausanne, l’artiste grison fait aussi partie des collections du Mudac, à Lausanne.  Cette année, son travail sera montré à Pékin, à Zurich et dans les Grisons.
Exposé chez Heinzer Reszler, à Lausanne, l’artiste grison fait aussi partie des collections du Mudac, à Lausanne. Cette année, son travail sera montré à Pékin, à Zurich et dans les Grisons.
Julien Gremaud

Original pour un peintre – et même inclassable, limite baroque –, son assistant en envoûtement tient sur un pied, il est comestible et pointe sa blancheur à la lisière des forêts: on le nomme coprin chevelu, Coprinus comatus pour les mycologues latinistes ou encore «coiffe d’encre» pour les poètes. Le champignon aime la lumière, et Mirko Baselgia la nature.

«Sometimes I Believe That I Grow Beyond Myself», encre de coprin chevelu sur toile, (77 x 55,3 cm).
«Sometimes I Believe That I Grow Beyond Myself», encre de coprin chevelu sur toile, (77 x 55,3 cm).
Stefan Altenburger

L’artiste grison, exposé en fidèle chez Heinzer Reszler, à Lausanne, en a fait son maître à penser et à créer. Il ne la thématise pas, ne la politise pas – quel bonheur! – mais, alchimiste, il œuvre avec ses formes, ses matières, ses phénomènes, ses protagonistes ou encore ses périples qui nous enveloppent ou nous échappent. Que ce soit l’efficacité systémique des abeilles à l’abri de leur ruche, l’urbanisme pointu des marmottes dans leur terrier ou, ici, la chaîne de production d’encre noire d’un champignon.

Seule la chorégraphie est choisie

Proche des gestes de l’arte povera défiant l’industrie culturelle, Baselgia travaille le plus souvent possible avec la nature environnante, le bois de pin, le bois de mélèze, la mousse, les peaux d’animaux, l’argile du fond d’un étang et… donc le coprin chevelu, ce miracle de la nature capable d’autodigestion, processus de reproduction couronné par la délivrance de larmes noires.

À la fin de l’automne, l’artiste part en mission cueillette et revient avec des paniers pleins de champignons qu’il suspend par groupes de deux, trois, quatre ou six au-dessus de toiles extrêmement fines, presque transparentes. La chorégraphie choisie, son pouvoir s’arrête là: l’assistant mycologique prend le dessus pour la suite avec des jets d’encre plus ou moins denses, plus ou moins noirs.

«Four in the Field», encre de coprin chevelu sur toile, (77 x 55 cm).
«Four in the Field», encre de coprin chevelu sur toile, (77 x 55 cm).
Stefan Altenburger

Il y a des rayonnements lumineux, une aura énergétique, des vibrations formelles, des ombres chimériques, des empreintes presque animales mais, c’est très étrange, on ne perçoit aucune intervention: l’impression tachiste est d’un naturel extrême. Si primitif et si irraisonné qu’il nous renvoie à un ressenti purement instinctif! Une expérience sans mot qui résonne au plus profond de l’être en créant de l’espace pour une mystérieuse quiétude.

Lausanne, Galerie Heinzer Reszler
Jusqu’au 8 mai, je au sa (14 h-18 h)
www.heinzer-reszler.ch