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L’invitéUn avenir de plus en plus agité

Éric Davalle observe que l’évolution technologique n’offre pas toutes les réponses aux attentes de la population.

Depuis trois mois, plus rien n’a prévalu que l’affaire du Covid-19. Comme si le monde se figeait, l’économie s’est arrêtée net. Bien plus rapidement que le coronavirus, le moindre événement majeur a mis récemment le feu aux poudres. Un mort de trop dans la communauté noire américaine et le monde crie au scandale concernant les brutalités policières. Cela montre bien que nous vivons une période à fleur de peau.

Il y a une réelle anxiété croissante que le coronavirus a renforcée, une peur de l’avenir, une résurgence de la haine et de la violence. En fait, le moindre événement réveille les profondes frustrations refoulées. L’hésitation et le manque d’anticipation politiques pour apporter des solutions sont une partie de la réponse.

«Le progrès aurait-il cessé de contribuer et de participer à notre développement?»

Nous sommes en plein paradoxe. D’un côté, on constate une croissance continue et accrue de l’évolution technologique pour répondre à tous les besoins, avec l’appui de réseaux sociaux omniprésents. De l’autre, on observe un repli sur soi, une pointe de nationalisme politique et surtout un profond sentiment exprimé d’inégalité et d’injustice sociale. Le progrès aurait-il cessé de contribuer et de participer à notre développement?

Il souffle un vent volontaire de forte correction, pour rétablir un équilibre perdu ou ressenti comme tel dans nos sociétés. Même si la Suisse semble épargnée, notre manque de proactivité pourrait nous jouer des tours. On sent la jeunesse très remontée avec les questions environnementales, de plus en plus déconnectée des réalités consensuelles parlementaires.

Dans cette accélération des relations et de la communication, le moindre écart est connu, prétexte à contestation, à désaccord et à punition sans discernement. Nous sommes en train de perdre nos repères avec des réseaux sociaux incontrôlables qui nous inondent d’informations en tous genres. Les règles de vivre ensemble et en bonne intelligence sont oubliées.

Quelles réponses?

Nous croyons avoir la transparence quand tout ou presque est vécu en direct. C’est largement incomplet. Nos sociétés sont bien plus subtiles que cela. Comme la justice est injuste, la condamnation par réseau social l’est encore davantage faute de discernement. Dans ces conditions, la position de nos gouvernants devient de plus en plus inconfortable. Comment donner une réponse aux attentes légitimes, assurer la cohésion sociale, la sécurité, le respect des valeurs du partage et du droit?

Nos démocraties sont jugées trop lentes à l’heure d’une jeunesse sous perfusion d’internet. Elles prennent des années à concevoir et apporter des solutions qui ne font que repousser les problèmes. L’impatience domine!

Quand on regarde au-delà de nos frontières, on peut dire que la Suisse est privilégiée à cet égard. Les manifestations ne finissent pas en pugilats urbains et les autorités reçoivent avec bienveillance les légitimes revendications. C’est une forme de liberté qui nous permet d’avancer avec plus de discernement dans un monde dont l’avenir est et sera fatalement de plus en plus agité.