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VeveyUn comptable jugé pour avoir dépouillé Nestlé

Un Valaisan employé chez Nestlé avait créé des profils d’employés fictifs dans une base de données, le tout maquillé par de fausses écritures. Il est jugé à Vevey pour escroquerie par métier, faux dans les titres et blanchiment d’argent.

Les faits se sont produits entre 2011 et 2015 chez Nestrade, une société du groupe Nestlé basée à la Tour-de-Peilz
Les faits se sont produits entre 2011 et 2015 chez Nestrade, une société du groupe Nestlé basée à la Tour-de-Peilz
KEYSTONE

Un ancien comptable du groupe Nestlé est jugé depuis jeudi à Vevey (VD) pour avoir détourné plus de 1,76 million de francs en cinq ans. L’homme a admis les faits. Le Tribunal correctionnel de l'Est Vaudois étudie comment ce Valaisan de 38 ans et son ex-compagne, coaccusée, ont dépensé cette somme.

L’homme est accusé d’escroquerie par métier, faux dans les titres et blanchiment d’argent. Ex-comptable de Nestrade SA, société du groupe Nestlé basée à la Tour-de-Peilz (VD) et chargée du paiement de certains collaborateurs expatriés du groupe, il a détourné dans le cadre de son travail un total de 1’765’987 francs de début 2011, alors qu’il venait à peine d’être engagé.

Cinq complices

L’homme a bénéficié de la complicité de cinq autres personnes, dont sa compagne de l’époque. Agée de 39 ans, cette Marseillaise domiciliée à Londres est prévenue pour complicité d’escroquerie, de recel et de blanchiment. Les quatre autres complices ont été déférés et jugés séparément.

Pour la seule infraction d’escroquerie par métier, le natif de Monthey (VS) encourt théoriquement jusqu’à dix ans de prison ferme. Aujourd’hui expatrié au Mexique, où il officierait notamment dans le mannequinat, l’homme a admis les faits qui lui sont reprochés dans l’acte d’accusation ainsi que son mode opératoire.

Il utilisait des cartes de crédit correspondant à d’anciens employés expatriés de Nestlé et versait des sommes correspondant à des profils d’employés fictifs qu’il avait créés dans une base de données. Le tout était maquillé par de fausses écritures.

Au-dessus de leur niveau de vie

Grâce aux sommes détournées, le couple vivait très au-dessus du niveau de vie qu’aurait dû lui assurer le seul salaire de l’accusé. Il habitait par exemple un appartement de 3300 francs de loyer mensuel et enchaînait les voyages. Au fil de leurs quatre années de relation, ils ont visité la Thaïlande, la Polynésie, le Maroc, Venise, Milan, le Japon, la Chine, la Grèce, Canne, Monaco, les Maldives et l’Italie, descendant parfois dans des hôtels à 1500 francs la nuit.

Lors d’un séjour en Polynésie, la femme a eu une facture de téléphone d’environ 7000 francs. Un autre jour, elle a acheté pour 6000 francs de sacs à main. Elle voyageait également régulièrement seule dans le sud de la France, à Ibiza, Londres, etc avec l’argent détourné.

«Ces voyages étaient payés la plupart du temps avec mon argent dans mon souvenir», a expliqué l’accusé qui était, lui, porté sur les montres de luxe. «Mais c’était là la pointe immergée de l’iceberg. Il y avait beaucoup d’autres dépenses: sacs, voyages, habits, chirurgie esthétique, restaurants, etc», a-t-il ajouté, s’exprimant avec aisance tout en faisant profil bas.

«Je l’aimais, je l’ai écouté, je savais que ce n’était pas bien, mais je ne me rendais pas compte des conséquences sur le coup», a pour sa part confessé la coaccusée, d’une voix inaudible. Elle faisait ainsi référence au fait qu’elle se soit prêtée à la création d’un profil fictif à son nom pour détourner encore plus d’argent.

Des larmes et de la honte

«J’ai super honte!» a lâché à plusieurs reprises la femme en larmes. La Française se souvient qu’elle dépensait à elle seule de 4000 à 7000 francs par mois. «Il m’avait habitué à ce train de vie», a-t-elle dit en désignant son ancien ami.

Le Valaisan a ensuite raconté sa vision de la relation toxique qui semblait unir le couple. Il a notamment argué que sa compagne la trompait régulièrement avec des stars du football ou des milliardaires du Golfe et qu’il avait essayé de la quitter à de nombreuses reprises sans y parvenir.

Le pot aux roses n’a été mis au jour qu’après le départ volontaire du prévenu de son poste, soit à la fin février 2016, à l’occasion d’un audit. Une plainte avait été déposée en mars 2017.

Leur procès se poursuit vendredi. Le verdict pourrait ensuite tomber en fin de journée.

(ATS/NXP)