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ÉditorialUn confinement comme un carême

On peut toujours faire confiance aux Québécois en matière de langue française. Après tout, vous pouvez vous fier à des gens qui ont inventé le vocable «magasinage» au lieu de «shopping» ou «infonuage» pour parler du «cloud». Lorsqu’il faut trouver, par temps de confinement commercial, une définition du bien essentiel, le site gouvernemental de la Belle Province le définit comme «Bien jugé essentiel aux besoins élémentaires dune famille, dune entreprise ou dune collectivité.» C’est précis, mais un peu court.

On pourrait aussi chercher du côté à la pyramide de Maslow, désormais scientifiquement contestée, mais qui a longtemps fait office de référence dans la hiérarchisation des besoins en fonction de la motivation humaine. Au socle de laquelle on trouve les besoins physiologiques (respiration, faim, soif, sexualité, sommeil, élimination). On vous laisse en tirer les conséquences sur ce qu’il faut laisser accessibles en tout temps sur les rayons des magasins.

Mais c’est dans les tripes de chacun qu’il faut chercher la vérité s’il y en a une. À défaut d’avoir toujours raison, Toto Morand sait souvent être drôle sur les réseaux sociaux. Le trublion commercial du Flon est allé fermer son «Pompes Funèbres» chez Calvin dans ce qu’il qualifie d’«une ambiance d’enterrement». «À Genève, république des va-nu-pieds», a-t-il poursuivi en se demandant pourquoi la chaussure n’était pas considérée comme un bien essentiel. Marchant virtuellement à ses côtés, le futur ancien nouveau candidat au Conseil d’État, Pierre Maudet, toujours en post(e) et déjà en campagne, réclame que les petits commerces genevois restent aussi ouverts que les Vaudois.

«Il a fallu faire le plein pour se «désennuyer» préventivement.»

En France, on a renoncé à distribuer les prix littéraires pour que ce ne soit pas Amazon qui profite des ventes pendant que les librairies sont fermées. Mais Mona Chollet, best-seller avec l’excellent «Chez soi, une odyssée de l’espace domestique» (La Découverte)appelant il y a quelques années à l’auto-confinement avant que cela ne soit devenu une contraintecite «la libraire fâchée» @FacheeLa sur Twitter. Laquelle dit en son nom (anonyme) que celles et ceux qui vendent des livres sont sur les rotules, anxieuses d’être contaminés par des hordes de covidés, surdiplômées, mal payées et qu’elles ont le dos en compote à force de manipuler des lourds colis plein de bouquins.

Moi, c’est la nourriture muséale qui va me manquer. J’ai donc fait le plein. Histoire comme dit l’incroyable Marguerite Burnat-Provins de me «désennuyer» préventivement. Donc un bien essentiel, c’est avant tout personnel. Et plutôt que d’en dresser la liste qui varie en fonction de chacun, il faut plutôt se dire que ce carême imposé nous rappelle l’importance de certaines choses. Aussi matérielles que spirituelles. Qui nous manquent mais reviendront bientôt.

4 commentaires
    Dall'Aglio Andrée

    Vive le Canada qui parle encore français !