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Les chiffres de la délinquanceUn élu s’inquiète du nombre de mineurs déférés au Tribunal

Brigade des mineurs et justice se veulent pourtant rassurantes. Et parlent de phénomène «par vagues».

La délinquance des jeunes baisse depuis quarante ans, relativise le chef de la brigade des mineurs de Lausanne.
La délinquance des jeunes baisse depuis quarante ans, relativise le chef de la brigade des mineurs de Lausanne.
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Il faut dézoomer. Voilà le conseil du chef de la brigade des mineurs de Lausanne, le commissaire Granger, lorsqu’on l’interroge sur la délinquance des jeunes. Louis Dana, élu socialiste, s’inquiète dans une interpellation de voir la quantité d’affaires pénales transmises au Tribunal des mineurs augmenter de 55% entre 2018 et 2019.

«Je sais bien que cela ne veut pas encore dire que la criminalité des mineurs augmente, nuance l’élu. Mais avec ma collègue Claude-Nicole Grin, nous avons été étonnés par ces chiffres présentés dans le cadre de la commission de gestion.» Il estime que des explications devraient être fournies. Et prévient: la réponse à un éventuel phénomène, s’il y en a un, ne pourra pas être uniquement sécuritaire. «Je n’ai pas une approche alarmiste», se défend-il encore.

2018 particulièrement calme

Dézoomons, donc. Le commissaire Granger précise d’entrée de jeu que la hausse de 55% montre surtout que l’année 2018 a été particulièrement basse en termes de mineurs déférés au tribunal. Et que le chiffre de 2019 est plutôt proche des années 2014 à 2016. «Ces chiffres reflètent l’activité de la brigade mais ne disent rien d’éventuelles tendances de fond», résume Jean-Marc Granger.

Un chiffre impossible à interpréter seul, donc, et qu’il convient de mettre en regard de la statistique de la délinquance des jeunes.

Le rapport annuel de l’ordre judiciaire vaudois définit le périmètre qui nous intéresse ici comme ceci: «Le Tribunal des mineurs connaît des infractions (contraventions, délits et crimes, poursuivables d’office ou sur plainte) au Code pénal et aux lois fédérales et cantonales commises par des mineurs âgés de 10 à 18 ans; sont exceptées les contraventions qui relèvent de la compétence municipale.»

Les statistiques de l’ordre judiciaire attestent de l’ouverture, en 2019, de 2672 dossiers pour tout le canton de Vaud, soit 6% de plus qu’un 2018. Une différence légère (154 dossiers), selon Patrick Auberson, premier président du Tribunal des mineurs.

Un mineur pour plusieurs infractions

«Il faut aussi bien avoir à l’esprit qu’il peut y avoir dix dossiers pour un seul mineur qui a multiplié les délits et qui fait ainsi gonfler la statistique», explique le commissaire Granger. Un ou deux petits groupes de jeunes ont ainsi eu une grosse vingtaine de dossiers à leur actif, indique le chef de la brigade.

Peut-on néanmoins dégager des tendances? De quoi l’année 2019 a-t-elle été faite? Il faut concevoir la délinquance comme une succession de vagues, répond le chef de la brigade des mineurs. Un domaine qui fluctue beaucoup.

Les grèves pour le climat ont-elles provoqué l’apparition de ce pic de l’an dernier? Oui, mais «pas tant que ça», nous dit-on. «Ce sont bien davantage des adultes qui ont été concernés», révèle le commissaire Granger. Le président du Tribunal des mineurs, Patrick Auberson, confirme. Pour lui, rien n’a marqué l’année 2019 en particulier. À Lausanne ou dans le reste du canton.

Chaque année, des groupes de délinquants mineurs qui ont été plus ou moins actifs durant leur adolescence atteignent leur majorité et sortent ainsi des statistiques. Il y a ensuite l’apparition de phénomènes nouveaux qui font des dégâts groupés, mais dont la durée est limitée. «Toutes les escroqueries liées aux réseaux sociaux sont un bon exemple. Elles peuvent amener un pic de mineurs déférés pour abus de confiance ou escroquerie. Cela dure six à huit mois et retombe ensuite, une fois que l’arnaque est connue.»

L’effet d’entraînement, caractéristique de l’adolescence, peut faire grimper les chiffres. Alors qu’une bande se met à commettre des dommages à la propriété dans une école par exemple, les statistiques prennent l’ascenseur. «Mais c’est aussi dans ce genre de cadre qu’on arrive, encore mieux aujourd’hui qu’auparavant, à cerner le problème, à agir et à stopper la chose», souligne le commissaire Granger.

Un encadrement qui s’améliore

Le chef de la brigade des mineurs l’assure: lencadrement judiciaire, social et policier des jeunes s’est beaucoup amélioré. Et la violence diminue sans cesse depuis des dizaines d’années. «Nous tirons tous à la même corde.» Patrick Auberson ne dit pas autre chose: «Le droit des mineurs est basé sur l’éducation et la protection. Nous essayons de les aider et la jeunesse dans son ensemble va bien! Mais lorsque des infractions sont commises, il va de soi que nous les sanctionnons.»

Le premier président souligne par ailleurs que les augmentations de pourcentages peuvent être, dans ce domaine du moins, fort trompeuses. Et préfère parler en nombres absolus qui permettent selon lui de mieux appréhender l’état de la situation.