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SuisseUn Irakien répond de soutien à l’État islamique

Le Tribunal pénal fédéral juge à partir de mardi un Irakien accusé d’avoir soutenu le groupe État islamique. Il séjournait en Suisse depuis 1998.

Image d’illustration.
Image d’illustration.
Wikimédia

Le procès d’un Irakien accusé de soutien à une organisation terroriste a débuté mardi sous haute surveillance policière devant le Tribunal pénal fédéral. Le Ministère public de la Confédération lui reproche ses activités en faveur de l’État islamique.

Au cours des premiers échanges, le prévenu a contesté les faits formulés dans l’acte d’accusation: «Tous ces éléments sont faux et n’ont rien à voir avec la réalité.» Se référant aux nombreuses notes manuscrites disposées sur sa table, il a répondu de manière évasive et vague aux questions du président Martin Stupf, notamment sur sa position à l’égard de l’État islamique (EI).

«Je ne me comprends pas moi-même»

Il a qualifié de «fables» les extraits d’appels téléphoniques et de chats évoquant un soutien à l’EI, une mort en martyr ou les encouragements à son épouse Fatima de commettre un attentat-suicide. Selon lui, il s’agissait de plaisanteries, à ne pas prendre au sérieux. L’accusé a ri lors de la diffusion de certains enregistrements: «Je ne me comprends pas moi-même».

Cet Irakien de 52 ans s’est décrit comme un musulman croyant d’obédience sunnite. Il a réfuté les déclarations de son ancienne épouse selon laquelle il se serait radicalisé, expliquant qu’il ne comprenait pas autrefois le sens de sa religion.

Interdit d’entrée en 2002

Lors de l’audience, on a appris que l’homme avait fait l’objet d’une interdiction d’entrée en Suisse pour 20 ans en 2002. Il aurait fait recours avec succès contre cette mesure. Avant son arrestation en 2017, il était employé dans un service social en Thurgovie.

Le MPC lui reproche l’incitation à commettre un attentat-suicide, le financement répété de l’EI pour un total de 17’000 francs ainsi que le recrutement et le passage de nombreuses personnes vers les zones de combat. L’accusation retient aussi qu’il a reçu et accepté des instructions d’un cadre de l’organisation en vue de la préparation d’attentats terroristes en Suisse.

L’accusé a expliqué qu’il souhaitait quitter la Suisse s’il était acquitté: «Ce sera mon dernier arrêt». Lorsque le président lui a demandé ce qu’il risquait s’il était condamné et extradé vers l’Irak, il a répondu: «Ce serait ma condamnation à mort.»

«Trouble de la personnalité»

Au cours du long interrogatoire, l’accusé a également rejeté l’accusation de réalisation et de stockage de vidéos violentes. Il déteste de telles représentations, a-t-il déclaré. Il a également rejeté l’accusation d’avoir fraudé l’aide sociale de la commune d’Eschlikon en dissimulant sa fortune. Il a déclaré qu’il n’avait jamais eu de biens propres en Irak. En ce qui concerne plusieurs transactions financières, il a dit n’avoir subvenu qu’aux besoins de son épouse.

Dans l’après-midi, Steffen Lau, médecin-chef de l’hôpital universitaire psychiatrique de Zurich, a été interrogé en tant que témoin expert. Il avait rédigé un rapport psychiatrique sur l’accusé, estimant qu’il souffrait d’un «trouble de la personnalité dissociative» avec un risque modéré de violence extrémiste.

Un «instigateur»

L’homme était piégé dans son propre monde. C’était un «instigateur, mais pas agressif lui-même», a déclaré l’expert. L’accusé avait besoin de suivre une thérapie, mais n’en était pas capable. Il avait d’ailleurs déclaré lors d’un interrogatoire que le rapport du psychiatre sur lui n’était pas correct.

L’audience principale se poursuit mercredi avec les plaidoiries des parties. Aucune date n’a encore été fixée pour la lecture du jugement.

ATS/NXP