Passer au contenu principal

L’humoriste dévoile son spectacleUn jeûne nourrissant pour Brigitte Rosset

La comédienne raconte sa semaine de diète dans «Ma cuisine intérieure», son cinquième seule en scène. Succulent.

«Ma cuisine intérieure» marque les 30 ans de carrière de Brigitte Rosset.
«Ma cuisine intérieure» marque les 30 ans de carrière de Brigitte Rosset.
LAURA GILLI

À force d’entendre Brigitte Rosset parler de chips au paprika, de carottes aussi goûtues que des truffes d’Alba et d’anchoïade, l’estomac gargouille. Pourtant, c’est bien de jeûne dont il est question dans «Ma cuisine intérieure», festin farci d’humour servi jusqu’à vendredi sur le plateau du TBB, à Yverdon, puis en tournée romande. Dans ce cinquième seule en scène, la comédienne raconte sa semaine de diète au fin fond d’un village des Alpes-de-Haute-Provence, dans un centre tenu par Éric, naturopathe aux yeux écarquillés, et Isabelle, très fière de ses bocaux de tisanes dépuratives. Sans oublier Macaron, leur chien friand de poules.

«Le jeûne, ça décrasse!»

Brigitte Rosset, dans «Ma cuisine intérieure»

Brigitte Rosset a trouvé chez ses six camarades du «stage jeûne et vitalité» le ferment d’une préparation succulente, bien épicée, garnie de personnages hauts en couleurs. «Un très joli groupe, relève Éric, rappelant l’adage: «Écoute et bienveillance.» Il y a Edwige, employée RH au bout du rouleau; Ludovic, veuf en panne d’élocution; Franck, avachi, grande gueule, affirmant sa posture de mâle, venu avec sa femme, la fluette Momo («Monique!» corrige-t-elle); et Élo, prof de Pilates habituée des «voyages intérieurs» (mais très démonstrative à l’extérieur). Au tour de Brigitte: «Je ne pouvais pas leur dire que je faisais des spectacles d’humour, ils se seraient sentis observés!»

Tendresse et virtuosité

Observés, oui, caricaturés, aussi, mais pas moqués. Là où certains humoristes rabaissent pour susciter le rire, Brigitte Rosset dépeint ses personnages avec une profonde humanité. Elle dissèque les petits travers de chacun avec une infinie tendresse. Pour elle, ils sont des amis imaginaires, des fantômes qui l’habitent avec bienveillance.

«T’existes pas, mais tu fais partie de moi», souffle-t-elle à Jean-Pierre, Genevois au bagout légendaire, qui ne comprend pas pourquoi il ne fait pas partie de la pièce. «Mais enfin, Bribou, arrête, je suis dans tous tes spectacles!» L’émotion affleure aussi quand elle convoque sa mère – habituée malgré elle de la galerie de portraits de sa fille –, décédée en début d’année. Virtuose, la comédienne joue avec les codes du théâtre avec une habileté saisissante.

Aussi appétissante que touchante, cette «Cuisine intérieure» est un délice de finesse. Sans se priver pour autant de quelques incartades un peu grasses – mais relevées. Allez, un exemple: comment définir l’hydrothérapie du côlon? C’est comme un plat à gratin qui a servi et qu’on laisse tremper dans l’eau tempérée. Jusqu’à ce que tout se décolle. Oui, «le jeûne, ça décrasse!»

Yverdon, Théâtre Benno BessonJusqu’au 9 oct. puis en tournée romande
Dates sur
www.brigitterosset.ch