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Procès à Nyon
Un prédateur sexuel hors normes sur le banc des accusés

Les batiments du tribunal d'arrondissement de la Cote. Ce mercredi 13 fevrier. A Nyon. (24 Heures/Christian Brun)
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C’est un dossier pénal abominable. David*, un jeune adulte né en 1999 qui présente un trouble de type pédophile, affichait pourtant la douceur et la gentillesse de son âge, lundi, au Tribunal criminel de Nyon. «Je ne vous entends pas. Parlez plus fort, s’il vous plaît», lui a répété plusieurs fois le président Aurélien Michel. Le timide en apparence obéit, sans parvenir toujours à se faire comprendre par la Cour.

Difficile au premier coup d’œil de voir là un prédateur insatiable. Et pourtant. Le prévenu est suspecté du pire. De janvier 2020 à juin 2021, il aurait traqué via les réseaux sociaux, depuis le domicile de son père dans le district de Morges, des enfants de tout âge (du nourrisson à l’ado de 16 ans), en Asie du Sud-Est principalement. David serait passé par les mamans au moyen de LivU, une application de chat vidéo en direct qu’il avait téléchargée sur son téléphone portable, pour assouvir ses fantasmes à distance. Derrière l’écran de son smartphone.

Pour 1 à 2 dollars

L’enquête souligne que le prévenu aurait d’abord obtenu la confiance des familles. De préférence pauvres. Et aux Philippines, lorsqu’il se rend compte que les enfants peuvent y être une monnaie d'échange. Le chat commence par un simple flirt entre majeurs. Puis elles dérivent vers les victimes potentielles et leur disponibilité pour le jeu sexuel.

Le parent refuse, hésite et accepte contre un «cadeau», une rémunération financière. Pour «un à 2 dollars», selon l’avocat de la partie civile Albert Habib, la maman filme son petit en train de dormir, dans une position lascive. Parfois, elle lui fait subir devant la caméra des actes sexuels sur commande.

L’affaire est «particulière», selon le procureur Xavier Christe. La jeunesse de l’auteur présumé est inattendue. Le mode opératoire est aussi inédit. Près de 500 conversations sont en cause. Ce qui représente une quarantaine d’heures de vidéos et plus de 12’000 messages échangés. Seuls les écrits ont été fournis à la justice vaudoise par LivU, qui est basée à Hong Kong, à la suite d’une demande d’entraide du Ministère public.

En tout, David, qui n’a pas de formation professionnelle, aurait dépensé plus de 10’000 francs – 500 francs en moyenne durant les derniers mois avant son arrestation – pour pouvoir exploiter l’application payante. Ce qui lui aurait ainsi coûté beaucoup plus que le paiement des faveurs sexuelles.

Attouchements

Au total, 9 conversations via LivU ont été retenues par l’accusation. Les débats au procès ont rappelé que cette affaire a démarré à l’improviste. En juin 2021, le prévenu passe à l’acte lors d’une fête familiale dans le canton de Vaud. Il s’attaque à la filleule de son père, alors âgée de 4 ans.

La fillette dénonce les attouchements: une plainte pénale est déposée. C’est l’analyse du téléphone séquestré qui met au jour les commandes passées en Asie. Le propriétaire de l’appareil est immédiatement incarcéré. Il ne ressortira plus, malgré les nombreuses demandes de libération conditionnelle.

Dans sa plaidoirie, l’avocat du prévenu Dario Barbosa a développé la ligne de défense qui n’a pas changé depuis la première audition de police. Le jeune homme jure n’y être pour rien. Il affirme que l’application sur son téléphone a été piratée à son insu par un inconnu: le hacker serait ainsi le prédateur. David, qui continuait à payer les factures, n’aurait pas remarqué de montants anormalement élevés. Lui aussi, dit-il, avait des dépenses téléphoniques.

Au fil des débats, la jeunesse de l’accusé a fait place à une forme d’arrogance. Face au tribunal, David a réponse à tout. Il rectifie, précise et complète certaines déclarations faites dans le passé. L’homme estime être la victime d’un vaste complot. Il y a les pirates informatiques. Il y a aussi la mère de la fillette qui aurait orchestré, par jalousie, cette plainte pénale pour des attouchements qui, selon lui, n’existent pas. Il y a enfin l’enquête pénale qui a été menée à charge. L’avocat de la défense a invoqué la présomption d’innocence et demandé l’acquittement.

Huit ans

Le procureur Xavier Christe estime que la culpabilité est «écrasante». Il a requis 8 ans de prison et une mesure thérapeutique ambulatoire en prison (art. 63 CP). David, qui a commencé une formation dans la santé mais refuse tout traitement médical pour l’instant, est resté impassible. À l’issue de l’audience, il n’a pas voulu prendre une dernière fois la parole. Le verdict est attendu vendredi prochain.

*Prénom d’emprunt

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