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Archéologie bien de chez nousUn sanctuaire gaulois aurait été retrouvé dans le sous-sol de Lousonna

Des fouilles au niveau de la route de Chavannes ont livré des vestiges révélateurs sur les origines du Lausanne antique. Une exposition est à voir au Musée cantonal d’archéologie.

Achevée en janvier dernier, cette fouille spectaculaire a mis au jour une portion du Lousonna antique, mais surtout un tumulus de l’âge du bronze, visiblement reconverti en sanctuaire de tradition celtique, après la guerre des Gaules.
Achevée en janvier dernier, cette fouille spectaculaire a mis au jour une portion du Lousonna antique, mais surtout un tumulus de l’âge du bronze, visiblement reconverti en sanctuaire de tradition celtique, après la guerre des Gaules.
Archeodunum SA

On en sait plus sur les origines de Lausanne. Achevées en janvier 2020, des fouilles engendrées par la construction d’un immeuble locatif ont permis aux archéologues de découvrir un site exceptionnel.

Les objets à peine sortis de terre et restaurés sont visibles au Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne. Ils témoignent d’un site paradoxalement déjà connu: autour du futur Lousonna se trouvaient une nécropole du néolithique moyen puis une autre du bronze final.

Jusque-là, rien de surprenant. La fouille livre par ailleurs un vaste tumulus, de 30 m de diamètre, avec en son cœur encore le défunt et ses viatiques pour l’au-delà. Sauf que, des siècles plus tard («autour de 50 av. J.-C., difficile d’être plus précis», avancent les archéologues), le monument est à nouveau utilisé: des poteaux, peut-être des barrières, des restes d’ossements humains et animaux, de la céramique, dont des restes d’amphores… «Il y a aussi quelques pièces d’armements, qui pouvaient être romains ou gaulois, ajoute Lionel Pernet, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire. Beaucoup d’éléments qui évoquent un sanctuaire. Et nous avons très peu de points de comparaison dans la région pour cette période.»

Trophées humains

Les vestiges évoquent en effet volontiers les pratiques cultuelles gauloises, où se mêlent expositions de corps humains et rites sacrificiels avec dépôts de parties animales choisies dans des fossés. Des pratiques qui disparaissent peu à peu avec l’arrivée définitive de Rome.

Ces grandes dalles, récupérées de la nécropole du néolithique, ont servi de marqueurs aux structures plus tardives, notamment cet important tumulus du bronze final.
Ces grandes dalles, récupérées de la nécropole du néolithique, ont servi de marqueurs aux structures plus tardives, notamment cet important tumulus du bronze final.
Archeodunum SA
Tombe en coffre du néolithique moyen. Inhumer le défunt dans un coffre de dalles est une pratique déjà attestée à Pully. On parle même de «type Chamblandes» pour qualifier ces cistes où peuvent se regrouper plusieurs individus.
Tombe en coffre du néolithique moyen. Inhumer le défunt dans un coffre de dalles est une pratique déjà attestée à Pully. On parle même de «type Chamblandes» pour qualifier ces cistes où peuvent se regrouper plusieurs individus.
Archeodunum SA
Le Musée cantonal en profite pour exposer une partie des monnaies issues des dernières fouilles de l’Université de Lausanne au Boulodrome de Vidy. Des pièces qui évoquent le quotidien de la population, qui coupait parfois des pièces pour faire de la petite monnaie.
Le Musée cantonal en profite pour exposer une partie des monnaies issues des dernières fouilles de l’Université de Lausanne au Boulodrome de Vidy. Des pièces qui évoquent le quotidien de la population, qui coupait parfois des pièces pour faire de la petite monnaie.
MCAH
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Avec une prudence de Sioux, les spécialistes se demandent si l’emplacement de l’ancien tumulus et sa mémoire n’ont pas été repris par nos lointains aïeux, dans un périmètre où les fouilles récentes livrent de plus en plus de vestiges assimilables à une occupation gauloise du futur vicus de Lousonna. À se demander quel a été le rôle de ce site, alors que les chercheurs imaginaient jusqu’ici surtout les débuts du Lausanne celtique à la Cité. «C’est une découverte majeure pour la connaissance des origines de Lousonna», souligne le responsable de l’opération, Romain Guichon, de la société Archeodunum mandatée par l’archéologie cantonale vaudoise.

À Chavannes, le potentiel lieu de culte ne survivra toutefois pas à l’installation de l’agglomération (vicus) romaine. Sous Auguste, le tout est recouvert, scellé, et réoccupé par des habitations tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Les fouilleurs ont dégagé une portion de rue, une cour, peut-être une forge. Des vestiges plus ordinaires, on dira.

Les études se poursuivent. Une partie des objets est à découvrir d’ici là et jusqu’à fin octobre au Musée de Rumine, qui expose en parallèle une série de monnaies issues des fouilles de l’Université de Lausanne, à Vidy. Visites guidées et programme sur www.mcah.ch.