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CyclismeUn Tour féminin pour enfin lancer un cercle vertueux

La Grande Boucle devrait avoir une petite sœur dans un peu moins de deux ans. L’occasion de montrer que les femmes savent faire encore mieux le spectacle.

Elizabeth Deignan (à droite), lors de sa victoire sur «La Course by Le Tour de France», devant Marianne Vos.
Elizabeth Deignan (à droite), lors de sa victoire sur «La Course by Le Tour de France», devant Marianne Vos.
AFP

Les JO, relancés en 1896, ont attendu 1912 pour intégrer les femmes. À l’époque, pour Pierre de Coubertin, «le rôle de la femme reste ce qu’il a toujours été: elle est avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille et doit être élevée en vue de cet avenir immuable». Le football, dont la première Coupe du monde masculine a eu lieu en 1930, a dû patienter jusqu’en 1991 pour avoir son pendant pour ces dames. Et le Tour de France, alors?

Un premier avait eu lieu en 1955 et été organisé en lever de rideau par le Tour lui-même entre 1984 et 1989. Puis, lors des trente dernières années, plusieurs tentatives ont fait long feu. Amaury Sport Organisation a lancé en 2014 une course d’un jour en marge de la Grande Boucle appelée «La Course by Le Tour de France». Pas de quoi permettre aux femmes de se mettre en valeur.

Un nouveau projet devrait voir le jour en 2022. Du moins, c’est ce qu’a soufflé le patron Christian Prudhomme aux filles de «Donnons des Elle au vélo». Un peloton féminin a effectué cet été le parcours du Tour en avance, «un projet humain, militant et sportif, dans cet ordre», indique Claire Floret, porte-parole de sa bande de baroudeuses.

«Globalement, il y avait deux axes dans notre démarche. Inciter les organisateurs à mettre en place des courses par étapes féminines bien médiatisées et avec les standards de la Grande Boucle au niveau de l’organisation. Le deuxième, c’est de participer au développement du cyclisme féminin. On a invité les gens à venir avec nous, pour inciter à s’essayer à la bicyclette. Objectifs atteints, puisque ça s’est décanté.»

«Je ne pense pas que l’argent soit le principal problème. C’est davantage un souci de publicité et de place dans les médias», décrypte quant à elle la Suissesse Marlen Reusser, au matin d’une nouvelle étape du Giro Rosa, qui se court ces jours dans l’anonymat ou presque en Italie. L’épreuve n’est tout simplement pas filmée, par manque de moyens, beaucoup, et de volonté, aussi. Pour la Bernoise, il n’y a pas photo, «le Tour de France féminin, ce serait la plus grande compétition qu’on pourrait avoir. Comme pour celui des hommes, tout le monde serait là, tout le monde s’en occuperait.»

«Les choses avancent dans le bon sens et on ne reviendra plus en arrière.»

Lizzie Deignan, vainqueur de «La Course by Le Tour de France»

De quoi enclencher un cercle vertueux pour la discipline, selon la Suissesse: «Si on peut avoir ce genre de courses au calendrier, ça offrira plus de places dans les médias. Si ça pouvait être diffusé sur Eurosport par exemple, les gens pourraient se rendre compte du niveau, ils s’y intéresseraient et les sponsors suivraient. Parce que si on court et que personne ne regarde, ça ne sert à rien. Il suffit de montrer aux spectateurs, car vu tout ce qu’il s’y passe, ça va intéresser.»

«On vit une période assez excitante dans notre sport, annonce pour sa part Lizzie Deignan, gagnante de «La Course by Le Tour» cette année à Nice. Les choses avancent dans le bon sens et on ne reviendra plus en arrière. Si tu es une jeune fille et que tu te lances dans le vélo aujourd’hui, tu peux enfin te projeter dans le futur en tant que cycliste professionnelle.» Comme quoi, contrairement à ce que disait le Baron, rien n’est immuable.

Le sourire de «Lizzie» Deignan.
Le sourire de «Lizzie» Deignan.
AFP