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Exotisme vaudois (24/41)Une cueillette de plantes sauvages à cuisiner et à déguster après la balade

Près de chez elle, au Sentier, Myriam Matouschek propose de partir à la découverte de plantes médicinales et comestibles,puis de préparer un repas avec la récolte

Liée à la nature
Myriam Matouschek a une approche holistique des plantes. “Quand on les mange, il y a l’esprit du lieu qui remonte.”.
Liée à la nature
Myriam Matouschek a une approche holistique des plantes. “Quand on les mange, il y a l’esprit du lieu qui remonte.”.
MARIUS AFFOLTER

Fût un temps, avant l’apparition de l’agriculture, où les hommes étaient des chasseurs-cueilleurs. Ils avaient une fine connaissance des végétaux qui pouvaient les nourrir et les soigner. Ce savoir s’est peu à peu perdu. Myriam Matouschek, en herboriste qualifiée, propose de redécouvrir ces plantes sauvages aux vertus trop méconnues. Et, fraise des bois sur le gâteau, la cueillette organisée au Sentier dans le cadre des activités du Parc Jura vaudois est suivie d’une collation préparée par les participants à cette sortie botanique.

«Il y a déjà beaucoup de plaisir à aller chercher une salade dans son jardin, mais la cueillette sauvage permet une rencontre plus profonde et respectueuse de son environnement, déclare notre guide dans son introduction à la balade. C’est aussi l’occasion de prendre conscience de la richesse du végétal et de l’importance de la biodiversité.» Pour Myriam Matouschek, la mauvaise herbe n’existe pas: «Il s’agit d’une notion de jardinier, qui n’a aucun sens dans la nature, où ces dites mauvaises herbes dévoileront au contraire de grandes qualités curatives et gustatives.»

«Les «mauvaises herbes» ont de grandes qualités curatives et gustatives.»

Myriam Matouschek

Fondatrice du Berkana Espace santé qu’elle a ouvert il y a une quinzaine d’années dans une ferme horlogère de la vallée de Joux, Myriam Matouschek a plus d’une corde à son arc. Formée en cuisine anthroposophique, en soins infirmiers, y compris psychiatriques, et en thérapies alternatives, notamment à l’école lyonnaise de plantes médicinales, cette Vaudoise ayant grandi en Lavaux pratique aussi divers massages. À côté de ses différents stages et ateliers du bien être, elle donne des cours d’herboristerie familiale et de phytothérapie à L’Alchémille.

Garde-manger à ciel ouvert

C’est donc en toute confiance qu’un groupe de seize personnes, dont deux jeunes hommes, se sont réunies au Sentier dimanche 26 juillet pour partir à la découverte de plantes sauvages présentant un intérêt particulier. À la question de savoir quelles sont celles qu’on a déjà l’habitude de ramasser, les participants citent la dent-de-lion, l’ail d’ours, l’ortie, le serpolet, le cerfeuil et le plantain. Puis, panier en osier sous le bras et casquette bien vissée sur la tête car le soleil tape fort, le groupe se lance sur le chemin qui mène à la forêt du Risoud pour en découvrir des nouveautés dans cet immense garde-manger à ciel ouvert.

Quelques mètres seulement après le départ, notre guide s’arrête pour un premier repérage. S’il y a une plante qu’on ne peut pas rater, c’est bien l’imposante gentiane, très présente dans nos pâturages, connue pour sa tonicité et son alcool digestif. C’est l’occasion de préciser qu’il s’agit d’une plante protégée, et qu’il ne faut pas la confondre avec le vératre, un violent poison. Pour cela, il s’agit d’observer la disposition des feuilles, opposées pour la gentiane, alternées pour le vératre. Pour les détails, il est utile d’avoir une loupe dans son panier. Certains utilisent leur smartphone avec une application permettant d’identifier les végétaux.

Éviter les plantes toxiques

Évidemment, la crainte des ignorants, c’est de cueillir et d’ingérer du poison. Le plus simple, conseille Myriam Matouschek, c’est d’apprendre à reconnaître les plantes toxiques dans les livres et surtout sur le terrain avec une personne qualifiée. «Il y a en une douzaine seulement qui sont vraiment dangereuses, dont les fameuses ciguës, et certaines familles, comme les renonculacées. Les autres ne posent que des problèmes digestifs sans conséquences graves.» Notre accompagnatrice donne quelques recommandations pour la cueillette: surtout, ne pas se montrer avide. On ne prend que ce dont on a besoin. Ne pas déraciner les plantes, ne pas prendre des touffes, qui pourraient contenir une intruse à risque, et séparer la récolte dans différents sacs de toile ou dans des boîtes.

Parvenus dans une clairière verdoyante et fleurie, c’est l’abondance. Ici, des petites pimprenelles, là, du thym serpolet, et du millepertuis perforé. Plus loin, dans un sous-bois moussu, garni de fraises des bois, on découvre l’achillée, ainsi nommée parce que le médecin du héros grec Achille lui recommandait d’emporter cette plante cicatrisante avec lui lors de ses campagnes guerrières. Pour ses vertus hémostatiques, on la surnomme aussi l’herbe du charpentier, et pour sa forme, les sourcils de Vénus.

Au fur et à mesure de la balade, le panier se remplit encore de feuilles de framboisier, de sarriette, de cumin des prés et d’alchémille, la «dame d’argent», utilisées lors de règles douloureuses et les diarrhées. On s’arrête aussi pour parler des vertus de l’ortie et du rumex commun. On cueille encore des berces et des épinards sauvages. «Faut-il s’inquiéter du pipi des renards?» demande une dame. Non, répond notre spécialiste. «On fait trop peur aux gens. L’échinococcose ne se transmet pas par l’urine, mais par les crottes. Il suffit de regarder s’il y en a et d’éviter la cueillette aux alentours.»

De retour à la ferme, arrive le moment de hacher la récolte (à nettoyer selon le lieu de cueillette), et de préparer trois plats d’apéritif: un beurre à l’alchémille et au plantain, une soupe froide de melon, serpolet et pimprenelle, et un pistou aux feuilles de fraisier et de framboisier, d’achillée et de cumin. Tout le monde met la main à la pâte dans une ambiance de franche camaraderie. Et la dégustation accompagnée de sirop de sureau, de vin et de cidre ravit les participants. Prochaine sortie agendée le 19 août.