Passer au contenu principal

La rédactionUne époque formidable pour les pédophiles

On dit que la réalité dépasse la fiction. Le scandale qui vient d’éclater à Berlin le confirme une nouvelle fois. «C’est monstrueux», a résumé la ministre régionale de l’Éducation pour qualifier une affaire qui contient tous les ingrédients d’un film d’horreur: des enfants violés, les prédateurs sexuels protégés par les autorités, des appels au secours ignorés…

Les autorités sont censées protéger les enfants. C’est le contraire qui s’est produit! Pendant plus de trente ans, de la fin des années 60 à 2003, les services sociaux de Berlin ont confié en toute connaissance de cause la garde d’enfants à des pédophiles, croyant bien faire pour leur socialisation. Le concierge Fritz H. a pu ainsi violer ainsi au moins neuf garçons sans jamais être inquiété.

«Une atmosphère de tolérance qui faisait que les abus sexuels à l’école, à l’église, dans les associations sportives, et souvent au sein de la famille, étaient étouffés et jamais dénoncés»

On ignore encore le nombre de victimes de cette pratique acceptée par les services de protection de l’enfance. Un groupe de travail de l’Université de Hildesheim, qui vient de rendre un rapport intermédiaire, mène actuellement une enquête approfondie dont les conclusions seront publiées en 2021.

Pour comprendre cette affaire, il faut replonger dans les années 60 et 70. C’était l’époque où le pédophile français Gabriel Matzneff vivait en toute impunité avec des «gamines». Il appartenait à cette mouvance «progressiste» qui considérait que les rapports sexuels entre adultes et enfants n’étaient pas préjudiciables. Une atmosphère de tolérance qui faisait que les abus sexuels à l’école, à l’église, dans les associations sportives, et souvent au sein de la famille, étaient étouffés et jamais dénoncés.

Il y a quarante ans, lors de leurs premiers balbutiements politiques, les écologistes allemands de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avaient voté en faveur de la légalisation des rapports sexuels avec les enfants à la condition qu’ils soient… «consentants». On croit rêver, non? Vous le voyez, le film d’horreur?

Un professeur influent

À Berlin, l’acteur principal du film est le sexologue Helmut Kentler, fêté dans les années 60 et 70 comme le grand spécialiste d’une éducation sexuelle des mineurs «émancipée». Comme Gabriel Matzneff en France, le professeur était interrogé à la radio et la télévision. Sa position lui donnait de l’influence dans les milieux politiques et scientifiques.

Le sexologue considérait sa méthode efficace pour deux raisons. D’un côté, elle permettait la resocialisation d’enfants dans des situations désespérées. De l’autre, les pédophiles pouvaient vivre discrètement leur sexualité. Une opération «win-win», dirait-il aujourd’hui. L’administration berlinoise n’a pas seulement toléré ces pratiques. «Elle les a encouragées», conclut le rapport qui évoque un véritable «réseau» de pédophiles qui profitaient de la situation.

Comme toujours, la justice sera la grande absente de l’affaire. Les faits sont prescrits et les responsables sont morts. Il ne reste plus qu’une chose à faire pour sauver la face: s’excuser auprès des victimes.

5 commentaires
    Michèle Herzog

    En Suisse aussi les très graves abus pratiqués de 1930 à 1981 n'ont été étudiés que dès 2014 ... Aucunes sanctions contre les coupables car les faits sont prescrits. Et pour les abus qui continuent, impossible de les dénoncer ! Les autorités les reconnaîtront dans 30 ans ... Il faut que cela cesse !