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La rédactionEncore une exposition nationale à un milliard de francs?

Les Suisses n’ont jamais eu autant besoin de se rassembler. C’est dans cette période trouble que l’association Svizra27 a choisi de lancer son appel aux idées, en vue d’une exposition nationale quelque part dans l’un des cinq cantons du nord-ouest du pays, à l’horizon 2027.

À l’heure où nos autorités et nos banques ont ouvert les coffres et déboursent des milliards pour sauver ce qui peut encore l’être suite à la pandémie de coronavirus et ses gravissimes conséquences pour l’économie, l’on peut logiquement s’interroger sur le milliard budgété par Svizra27 pour son événement. Comment serait-il financé? Les dirigeants du projet ont déjà un plan: 500 millions proviendraient de la Confédération, 400 millions de soutiens privés et 100 millions seraient mis dans le pot commun par les cantons d’Argovie, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Soleure et Jura.

«Et dans le fond, ça sert à quoi? À rappeler les valeurs d’une nation souveraine, sans doute. À questionner et vivifier l’identité d’un peuple, sûrement»

Ce projet entre en concurrence avec deux autres. Le premier, X-27, regroupe d’anciens collaborateurs d’Expo02. Ils souhaitent mettre sur pied un événement dans le Parc de l’innovation de Zurich, à l’aéroport de Dübendorf, et tablent sur 850 millions de francs. Le second projet, baptisé NEXPO, est issu d’une initiative conjointe lancée par les dix plus grandes villes de Suisse. La décentralisation de cette expo «d’un genre nouveau» en fait sa force. Pour la première fois depuis 1833, l’événement se déroulerait sur tout le territoire helvétique.

Sur la forme, on sait d’expérience que l’organisation d’une exposition nationale coûte un bras et une jambe. Est-ce que ça change une vie? Et dans le fond, ça sert à quoi? À rappeler les valeurs d’une nation souveraine, sans doute. À questionner et vivifier l’identité d’un peuple, sûrement. Si l’on prend le temps de se souvenir d’Expo02 dans la région des Trois-Lacs, entre Morat, Yverdon-les-Bains, Neuchâtel et Bienne, cela a certainement permis de ripoliner les plages concernées. Et aussi de faire rêver (ou pas) des milliers de gamins en course d’école obligatoire. Pour le moins, ça aura permis de faire mieux connaître tout un coin du pays aux autres.

Gouffre ou outil de relance?

Les esprits chagrins diront qu’une exposition nationale est toujours un gouffre à millions et que les dépassements de budget sont inhérents à la démarche (tout comme l’organisation de Jeux olympiques). D’autres esprits, qui préfèrent voir le verre à moitié plein, avanceront l’argument de la relance de l’économie pour construire des infrastructures et les faire vivre durant un temps. Comme souvent, la vérité est sans doute entre les deux.

Quel que soit le projet qui trouvera l’aval du peuple, peut-être pourrions-nous le penser avec créativité et humilité, sans tomber dans la démesure. Je choisis de laisser le mot de la fin à notre Bertrand Piccard national, psychiatre, explorateur, membre du jury de Svizra27 mais aussi souvent philosophe: «Quand on explore, on peut accomplir ce qui semble impossible au départ.»