Passer au contenu principal

Directement de l’école d’art à la galerieInvasion non agressive chez Fabienne Levy

La Lausannoise avait envie de voir ce que des étudiants pouvaient faire de son espace. Elle leur a laissé les clés de l’étage, au-dessus du monde mutant de la Mexicaine Daniela Edburg.

Sur les soixante dossiers reçus pour ce premier Space Invasion de la galerie Fabienne Levy à Lausanne, neuf propositions ont été retenues.
Sur les soixante dossiers reçus pour ce premier Space Invasion de la galerie Fabienne Levy à Lausanne, neuf propositions ont été retenues.
Neige Sanchez

Pas de nom, pas d’étiquette. Qui peut dire que ce sont des étudiants, et non des artistes confirmés, qui exposent à l’étage de la galerie Fabienne Levy? Même une invasion d’étudiants! Il faut dire que c’est comme ça que la galeriste conçoit les choses et les a imaginées. Brut, l’espace s’y prête. Encore dans son décor de chantier, avec ses poutres et son sol à nu, il joue même à la métaphore d’un coup d’essai transformé en une généreuse réussite. Parce qu’être galeriste, c’est aussi faire un boulot d’enquêteur. «À force de tourner dans les foires et dans les galeries, on voit toujours les mêmes. J’ai voulu élargir l’entonnoir», se félicite celle qui est sur la place lausannoise depuis bientôt une année.

Habituellement, le chemin se mérite, tracé dans les expositions de fin d’année ou de scolarité mais rarement aussi direct et si peu filtré. Quelle belle idée donc! Quel coup de poker aussi. Qui peut bien se déplacer pour des carrières naissantes? Le soir du vernissage, il y avait les amis, la famille, des profs, mais pas que… La curiosité a gagné. «Et l’envie, s’enthousiasme Fabienne Levy. Il faut dire qu’ils ont fait un boulot formidable. Il y a eu des ventes, j’ai aussi envoyé des infos à mes clients, ça a marché pour certains. D’ailleurs parmi les choses que les artistes ont dû apprendre, faire un prix n’était pas la plus simple. Mais je les ai laissés faire et l’entier leur revient.»

Parmi les choses que les jeunes artistes ont dû apprendre, faire un prix n’était pas la plus simple. Mais je les ai laissés faire et l’entier leur revient.»

Fabienne Levy, galeriste

Des prix qui vont de 280 francs pour un tirage photo, à 6500 francs pour une installation complète, avec une moyenne en dessous de 1000 francs. La Tessinoise Viola Poli, 28 ans, étudiante en master arts visuels à la HEAD, à Genève, a travaillé le fer à béton et les briques, dont certains éléments ont été prélevés sur place. Une habitude. Comme une appétence pour les formes urbaines, les matières industrielles qui, une fois détournées, dansent dans l’espace – on dirait même des corps! – et filent un double discours. «C’est une super occasion pour apprendre à travailler pour un espace d’exposition et avec ses contraintes, souligne-t-elle. Une opportunité aussi d’aller au contact avec le monde extérieur.» La rencontre et l’échange. Les explications et les discussions. Le soir du vernissage, tous tournaient comme un essaim bourdonnant dans la galerie, ravis de faire le job. Le concept Space Invasion de Fabienne Levy n’a pas volé sa dénomination, si son espace s’est laissé envahir, c’est pleinement: l’expérience doit être formatrice.

Des envies d’expansion

Sur les soixante dossiers reçus en provenance des écoles d’art romandes (ECAL, HEAD), neuf propositions ont été retenues autour de la citation du physicien américain Frank Oppenheimer «Scientists and artists are the world’noticers. Their job is simply to notice what other people cannot.» Traduisez, les scientifiques comme les artistes ont des rôles d’observateurs, d’éclaireurs. «Il fallait un thème pour mener cette expérience. Ce qui permet également, reprend la galeriste, d’avoir la vision de plusieurs artistes sur un sujet.»

L’exposition est aussi un voyage à travers différents matériaux, l’alu pour Julie Ryser et la porcelaine pour Emma Rssx.
L’exposition est aussi un voyage à travers différents matériaux, l’alu pour Julie Ryser et la porcelaine pour Emma Rssx.
Neige Sanchez

Le Genevois Sylvain Gelewski a saisi, dans un dégradé de rouge, les couleurs changeantes des arbres sous l’impact du soleil, la Coréenne Yoonjae Lee détaillait la multiplicité calendaire dans le monde à travers un ready-made, en même temps qu’elle affichait notre rapport au temps. Il y avait encore le Mexicain César Axel avec sa mise en abyme miroitante, véritable piège à amateur de selfies et… invitation à réfléchir. Ou le photographe Bernois Gian Losinger travaillant sur le plastique, ce mal aimé qui peut avoir une si belle plastique. «Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux visions unilatérales.» Fabienne Levy abonde, elle qui rêve déjà de sortir son concept de ses murs pour envahir d’autres lieux en ville de Lausanne.

Lausanne, galerie Fabienne Levy
Du 26 août au 4 sept, ma-sa
www.fabiennelevy.com