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ÉditorialUne prière pour les ponts italiens

Tous les partis de la majorité saluent l’éviction de la famille Benetton du système autoroutier transalpin et son remplacement par l’État. Mais, miracle de la dialectique politique, chacun triomphe pour des raisons opposées. «Bye-bye Benetton, les autoroutes reviennent au peuple», affirme le blog de M5S. «Nous avons gagné contre les solutions populistes et coûteuses», répond le PD. Italia Viva, le parti de Matteo Renzi, se félicite d’avoir eu raison «parce que la révocation de la concession était impossible». LeU, à gauche du PD, salue en revanche le retour des monopoles d’État.

Lire aussi: «Les Benetton poussés hors des autoroutes»

Les seuls à ne pas triompher sont les Italiens. Tout d’abord les parents des 43 victimes du pont Morandi, qui attendent depuis deux ans l’ouverture du procès et se méfient d’un accord passé entre les deux coresponsables de la tragédie: l’État et le groupe Benetton.

Le reste de la population ensuite. Car le réseau autoroutier transalpin est en ruine. Depuis 2013, ce sont six ponts ou viaducs qui se sont effondrés dans la péninsule. Le dernier, à Capriola, s’est écroulé le 6 avril. La circulation réduite en raison du lockdown a empêché une tragédie comme celle du pont Morandi. Des morceaux de tunnel tombent régulièrement sur la chaussée en Ligurie.

Le groupe Benetton est certainement coupable. Alors que la concession autoroutière leur avait été concédée avec des conditions très généreuses, il n’a pas fait les investissements nécessaires. L’État italien fera-t-il mieux? Rien ne l’indique. Son entrée au capital d’Alitalia n’a guère résolu la crise de la compagnie et a coûté des dizaines de milliards aux contribuables.

Les automobilistes transalpins semblent condamnés à faire le signe de la croix chaque fois qu’ils s’engagent sur un pont.