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Phénomène rareUne spatule blanche a passé le cap de l’an à Chavornay

L’échassier est rarement observé en Suisse en plein hiver. Si un coup de froid pourrait le pousser à reprendre sa route vers la Méditerranée, il semble se plaire à l’étang du Creux-de-Terre.

La spatule blanche est un peu plus petite que le héron cendré et est facilement reconnaissable à la forme particulière de son bec dont elle tire son nom.
La spatule blanche est un peu plus petite que le héron cendré et est facilement reconnaissable à la forme particulière de son bec dont elle tire son nom.
RÉMY MEYLAN – DR

Non, ce n’est pas un héron albinos ni une grande aigrette dont la svelte silhouette blanche est devenue commune dans la plaine de l’Orbe depuis une vingtaine d’années. C’est un membre d’une autre famille des échassiers qui fait le bonheur des ornithologues depuis quelques jours aux étangs du Creux-de-Terre, à Chavornay: la spatule blanche. Un oiseau «très rare», selon les critères adoptés par le site de référence ornitho.ch, où ses observations sont référencées depuis son arrivée dans la région juste avant Noël.

Avec sa compagne América Croisier, Rémy Meylan fait partie de ceux qui sont venus spécifiquement à Chavornay dans l’espoir de l’apercevoir. Il n’a pas été déçu. «C’est un bel oiseau que je suis ravi d’avoir vu pour la première fois, explique-t-il. D’autant plus qu’il ne devrait pas être ici à ce moment de l’année.»

Une présence rare en janvier

Observée à 59 reprises seulement entre 1900 et 2003, la spatule a pris l’habitude de montrer son large bec plus régulièrement dans les parages lors des périodes migratoires d’automne et de printemps. «En janvier par contre, si ce n’est pas une première, c’est tout de même beaucoup plus rare», relève Christophe Sahli. Pour le biologiste, collaborateur scientifique à l’Association de la Grande Cariçaie, la jeune spatule de Chavornay s’est arrêtée ici parce qu’elle a trouvé de quoi subvenir à ses besoins sans aller plus loin au sud. «C’est un oiseau qui vient de l’est ou du nord-est de l’Europe et qui ne migre pas très loin. On le retrouve en principe pour l’hiver sur le pourtour méditerranéen. Mais avec le réchauffement climatique, on en observera sans doute de plus en plus dans la région.»

L’échassier pourrait d’ailleurs tout à fait passer l’hiver ici. «Mais un gros coup de froid lui fera reprendre son chemin vers le sud», souligne-t-il. Surtout si la météo venait à faire geler les étangs ou bords de lac où il se sustente. L’oiseau se nourrit exclusivement en milieu aquatique grâce à son bec dont la forme particulière lui a valu son nom. «Il le plonge dans l’eau et secoue sa tête latéralement pour filtrer l’eau et retenir les aliments – végétaux ou petits crustacés – qu’il y trouve», souligne-t-il.