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ÉditorialUnies pour que recule la culture du viol

Des images fortes, des témoignages bouleversants, des sons glaçants même, ont accompagné le procès du magnétiseur d’Orbe, condamné lundi pour avoir abusé de nombreuses patientes.

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Une tension émotionnelle à la mesure de ce #metoo à la vaudoise, où une vingtaine de femmes, employées respectables, mères de famille, filles, sœurs ont osé surmonter mille freins pour dénoncer les humiliations qu'elles avaient subies par celui en qui elles avaient placé leur confiance, parfois leur dernier espoir. Certaines l’ont fait en cachette de leur entourage, pas prêtes à assumer un viol qu’elles croient encore avoir provoqué. Elles ont rassemblé leurs forces jusqu’aux sanglots irrépressibles, jusqu’à l’évanouissement. Elles sont restées dignes, délivrant des faits bruts, sans chercher à accabler, prêtes, pour certaines, à pardonner.

«De l’abus, seul l’abuseur est coupable»

Ce courage, elles l’ont puisé dans le collectif et cela a payé. Seules, elles n’auraient peut-être jamais pu. Isolées, paralysées de peur, muettes de honte, incapables de refaire confiance à un thérapeute, elles peinaient à considérer un fait indiscutable: de l’abus, seul l’abuseur est coupable.

Une avocate l’a relevé. En recevant la première plaignante, elle redoutait de demeurer désarmée, dans un scénario de «la parole de l’un contre celle de l’autre», où le doute finit par profiter à l’accusé. Mais l’ampleur de l’affaire a tout changé, comme l’a mis en exergue le Parquet: «Les déclarations des victimes se renforcent et, ensemble, ôtent de tout doute.» La «culture du viol» est bien parmi nous et laisse voir des prévenus se lavant de tout crime et des victimes persuadées d’être responsables jusque dans les prétoires.

Puisse ce procès hors normes, à l’effet cathartique ressenti par toutes les plaignantes, desceller des secrets et donner à d’autres l’impulsion de dénoncer. Dans ce feuilleton de l’horreur déroulé sur dix ans, il a suffi d’une plainte pour briser le tabou installé par un gourou ivre d’emprise sur autrui.

Ces femmes le disent, elles ont aussi parlé pour que d’autres ne subissent jamais leur sort. Poursuivre en justice, si douloureux soit le chemin, est le prix à payer pour plomber cet odieux héritage du patriarcat. Sur le versant légal, puisse la révision en cours du Code pénal et sa redéfinition du viol faire avancer aussi la cause des brisé.e.s de l’intimité.