Il y a 10 ans, ils découvraient la politique grâce à la Constituante

AnniversaireLors de la révision de la Constitution vaudoise, en vigueur depuis le 14 avril 2003, la Commission consultative des jeunes avait fait des propositions avant-gardistes. Quel regard ses membres portent-ils aujourd’hui sur cette épopée législative?

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«La révision de la Constitution est un travail qui ne se fait qu’une fois tous les deux siècles. C’est hallucinant d’avoir pu participer à cette aventure», s’enthousiasme aujourd’hui encore Romain Miceli, 30 ans. Il a fait partie de la Commission consultative des jeunes (CCJ), chargée de relire le projet au nom de la nouvelle génération. Composée d’une vingtaine d’autres gymnasiens et apprentis, à l’époque âgés de 17 à 19 ans, elle était animée par les visées idéalistes des premiers et les points de vue plus pragmatiques des seconds. «On était intéressé et passionné par tout ce qui se faisait», lance Michèle Müller. C'était un terreau fertile pour le partage d’idées. «De manière générale, il y avait un sentiment d’espoir et de changement imminent, se souvient Yvan Rytz. On croyait qu’on pouvait tout changer par la plume et les votes». Une impression renforcée par la possibilité d’assister à la besogne des politiciens. «On avait la chance d’avoir un jour de congé par semaine pour suivre le travail de l’Assemblée constituante», évoque avec nostalgie Antoine Verdon.

Ce remue-méninges a engendré plusieurs propositions présentées à l’Assemblée constituante, en première lecture. Aucune n’a été directement adoptée mais certaines ont été reprises par la suite. A l’instar du PACS (entré en vigueur à l’échelon suisse en 2007) ou de la gratuité des transports, encore dernièrement abordée par la Commission cantonale des jeunes (lire ci-contre). Autre thème porteur, un Parlement cantonal des jeunes ne s’est jamais créé mais plusieurs villes se sont dotées d’un tel organe.

Le «club des cinq»
En raison d’examens ou de désintérêt progressif, la CCJ a perdu des membres en cours de route. Un noyau dur s’est alors formé. Il regroupait les quatre coprésidents et une figure féminine. «Les gymnasiens de l’époque ont pris le leadership, raconte Yvan Rytz. On avait tous les cinq de grandes gueules et on a eu des débats nourris». Les discussions dans les bistrots se sont multipliées. «C’était assez foisonnant entre nous», note Michèle Müller. Fait remarquable, ce club informel fonctionnait presque comme un mini-parlement tant il était possible de retrouver les tendances libérale, Verte, Vert’lib, socialiste et d’extrême gauche. «On jouait involontairement chacun un rôle», remarque Romain Miceli.

Mais s’engager corps et âme dans cette noble tâche n’a pas suffi à attirer l’attention des membres de la Constituante. «Les propositions ont été très peu discutées, se souvient Pablo Cruchon. La CCJ pouvait être perçue comme un alibi politique. Heureusement, les Verts et les socialistes nous ont proposé de reprendre les amendements en leur nom.» Puis, juste après la première ébauche, le couperet est tombé: la commission était sommée de cesser son activité. «Sur le moment, on était terriblement déçu de s’arrêter en plein processus», se rappelle Michèle Müller.

Tremplin politique
Cette expérience législative a esquissé quelques profils politiques. «J’ai attrapé le virus», confie Yvan Rytz, plus jeune député élu au Grand Conseil vaudois alors qu’il avait 18 ans. Inscrit auprès des Verts, le Nyonnais a aussi endossé les fonctions de conseiller communal et de secrétaire général ad interim du parti. Sans compter la création des jeunes Verts vaudois avec Pablo Cruchon. Affilié au même parti, Antoine Verdon a intégré l’organe délibérant lausannois à 20 ans et a notamment déposé une motion prônant la mise sur pied d’un parlement communal des jeunes. «J’ai décidé de me consacrer à une chose très importante: comment faire pour que les jeunes s’intéressent à la politique et s’y investissent». Mais ses études de droit et la création de l’entreprise Sandbox (un réseau mondial mettant en relation les jeunes entrepreneurs) l’ont progressivement éloigné du giron politique.

Dans cette équipe, Romain Miceli est le seul représentant de la droite. Libéral «humaniste», il a présidé les jeunes libéraux vaudois puis la nouvelle entité issue du mariage avec les radicaux. Il a aussi siégé au Conseil communal de Crissier. Mais son poste actuel de chef du service de la Culture, de la Jeunesse et des Sports d’Ecublens ne lui permet pas de cumuler un tel mandat. Sans s’être inscrite à un parti, Michèle Müller a fait une législature au sein du Conseil communal de Saint-Prex, avant de se focaliser sur sa formation universitaire en sciences politiques puis en sciences sociales.

Engagement alternatif
Aujourd’hui, tous les cinq ont interrompu leur carrière politique mais certains poursuivent leur activisme sous une autre forme. «J’ai ressenti le besoin d’étendre l’engagement en donnant des cours en relation avec l’environnement», indique Yvan Rytz, établi dans un écovillage au Royaume-Uni. Pablo Cruchon a également choisi une voie alternative. «Cette année parlementaire m’a permis de me conforter dans mes orientations politiques et de me rendre compte que le travail parlementaire est très intéressant mais pas suffisant pour faire avancer la société», explique l’intéressé, qui a préféré s’investir plus près des gens, en tant qu’animateur socioculturel et secrétaire auprès du syndicat des services publics (SSP).

Quant au texte sur lequel ils se sont penchés durant toute une année, les avis sont partagés. «Si les avant-projets étaient intéressants, le document final est lissé, voire conservateur, critique Pablo Cruchon. Pourtant, Vaud possède les moyens de forger une société plus juste». Autre regret: l’intégration civique des étrangers, qui ont obtenu le droit de vote au niveau communal. «Nous voulions aller plus loin en proposant un droit de vote des étrangers – mais pas d’éligibilité – au plan cantonal aussi», relève Romain Miceli. En définitive, la déception des uns de n’avoir pas pu véritablement influencer la révision de la loi fondamentale côtoie le réalisme des autres. «Pour que la Constitution passe devant la population, il fallait qu’elle soit modérée», met en avant Yvan Rytz. «Dans l’ensemble, on a élaboré une constitution à la vaudoise», conclut Antoine Verdon. (24 heures)

Créé: 14.04.2013, 11h24

La Commission cantonale des jeunes recrute

Le renouvellement de la Commission cantonale des jeunes a démarré. Lancé il y a deux ans, cet organe offre une expérience civique aux 14-18 ans. Les membres (de 15 à 25) sont amenés à prendre position sur des textes de loi qui concernent la jeunesse. Cette commission peut aussi soumettre des propositions au Conseil d'Etat ou aux départements. Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 30 avril.

Pour son premier mandat, la Commission consultative des jeunes a été invitée par le Canton à travailler sur trois sujets:
- La LEO (Loi sur l'enseignement obligatoire) où ses membres ont remarqué un décalage entre les droits (inexistants) et les devoirs (spécifiés)
- Les bourses d'études
- L'article 67 de la Constitution fédérale qui traite de l'encouragement des enfants et des jeunes

De son propre chef, elle a transmis au Conseil d'Etat une proposition documentée à propos des Jeunes en formation postobligatoire (16-25 ans) et transports publics. «Les jeunes parlent toujours des transports publics, explique Frédéric Cerchia, répondant cantonal à la jeunesse. Ce qui les interpelle, c'est les prix qui ne cessent d'augmenter et la desserte.»

Actuellement, la commission se penche sur les chaudes nuits lausannoises. «Nous rédigeons un rapport concernant la fermeture des discothèques à 3h du matin», indique Valentina Russo, présidente de la commission.

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