Près de 120 activistes du climat condamnés

Justice Des militants d’Extinction Rebellion ayant participé à des blocages veulent poursuivre le débat dans l’arène judiciaire.

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En compagnie de dizaines d’autres activistes d’Extinction Rebellion (XR) avec qui il formait une barrière humaine, Laurent a participé au blocage de l’avenue de Rhodanie, fin septembre. Lorsque le commandant de la police municipale de Lausanne, Olivier Botteron, leur a donné dix minutes pour quitter la chaussée sous peine d’être dénoncés à la justice, le trentenaire n’a pas bougé. Comme beaucoup d’autres restés sourds face à la sommation, il a attendu d’être délogé de force par la police. Qui a ensuite relevé les identités.

Les sympathisants du mouvement, qui prône la désobéissance civile non violente pour pousser les gouvernements à agir en faveur du climat, avaient une idée de ce qu’ils risquaient. Ils sont désormais fixés. Pour cette action menée au nom de l’urgence climatique, Laurent a récemment reçu sa condamnation, sous la forme d’une ordonnance pénale du Ministère public. Reconnu coupable d’entrave aux services d’intérêt général, d’empêchement d’accomplir un acte officiel, de violations des règles de la circulation routière et d’avoir contrevenu à la loi sur les contraventions, le jeune homme a été condamné à une peine de 20 jours-amendes à 50 francs avec sursis, à une amende de 300 francs et devra s’acquitter des frais de procédure, qui se montent à 200 francs.

Procès en vue

Laurent est loin d’être un cas isolé. Pour les blocages de XR, dont celui du pont Bessières une semaine plus tôt, les condamnations se sont abattues comme une averse. «117 ordonnances pénales ont été notifiées aux personnes identifiées et dénoncées par la police municipale de Lausanne pour des actes contraires au Code pénal. Parmi ces condamnations, une personne a été dénoncée pour violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires», précise Éric Cottier, procureur général, ajoutant que d’autres militants ont été dénoncés pour des contraventions au règlement général de police lausannois.

Matthieu Devanthéry, étudiant vaudois de 29 ans, a écopé de la même condamnation que Laurent. Seul le montant des jours-amendes varie. «Cette sentence est très brutale, car nous n’avons rien cassé et nous n’avons pas fait preuve de violence», lâche le jeune homme, qui a décidé de s’opposer à sa condamnation. Comme l’immense majorité des activistes condamnés.

Outre son effet suspensif, l’opposition vise surtout à poursuivre le débat sur l’urgence climatique, en le déplaçant de la rue à l’arène judiciaire. Car la procédure est claire: lorsqu’il y a opposition à une ordonnance, le procureur chargé de l’affaire doit réentendre la personne condamnée. Si le magistrat confirme sa décision, la prochaine manche se jouera au Tribunal de police. «Nous voulons nous servir de la justice pour faire entendre notre cause, quitte à multiplier les recours jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme», confie Laurent.

Tenir compte des mobiles

La stratégie n’est pas inédite en terre vaudoise. D’autres activistes du climat s’y sont déjà essayés. À l’image de douze militants de Lausanne Action Climat, condamnés pour avoir organisé une partie de tennis sauvage dans l’agence Credit Suisse de Saint-François pour dénoncer les investissements de la banque dans les énergies fossiles. Leur procès se tiendra début 2020. Pour les défendre, leur avocate de la première heure, Me Irène Wettstein, a convaincu douze pointures du barreau, dont deux anciens bâtonniers sensibles à la cause, de les défendre bénévolement.

La femme de loi fera-t-elle de même pour Extinction Rebellion? «Ils trouveront des avocats sans peine», esquive Me Wettstein, qu’on devine intéressée par la problématique mais qui ne représentera pas les militants XR pour être intervenue comme observatrice juridique lors de leurs deux dernières actions. «Les ordonnances pénales rendues n’examinent les mobiles à aucun moment alors qu’ils sont au cœur du dossier, il faut en tenir compte. Ces activistes font valoir un droit fondamental: celui de vivre dans un environnement sain. Avec la situation du jour, on risque de se retrouver dans un procès avec plus de 100 personnes, qui risquent d’être condamnées et potentiellement emprisonnées. Je ne peux m’empêcher de penser aux milliers d’objecteurs de conscience qu’on a mis en prison. Des décennies plus tard, on a réalisé qu’on avait eu tort.»


Un premier jeune militant au tribunal

Les témoignages de soutien du Prix Nobel Jacques Dubochet et du député popiste Vincent Keller n’y ont rien changé: Zakaria Dridi, «le premier jeune militant du climat à avoir été convoqué par une autorité de jugement», d’après les activistes, a été condamné mardi par le Tribunal des mineurs, à Lausanne.

Après avoir été cité à comparaître en juin, ce gymnasien écope de 6 demi-journées de travaux d’intérêt général avec sursis pour avoir occupé les locaux lausannois des Retraites Populaires, lors d’un sit-in organisé le 15 mars dernier à l’occasion de la Grève internationale pour le climat. Accompagné d’autres manifestants, il avait refusé de quitter les lieux alors que la police lui ordonnait de le faire.

Pour rappel, le but de l’action était alors de dénoncer les investissements dans les énergies fossiles dans la société de prévoyance professionnelle et d’assurance vie. «J’irai contester ce jugement devant le Tribunal cantonal», annonce le candidat du POP aux dernières fédérales. Et de reprendre: «Les 17 autres personnes présentes et qui sont restées dans les locaux de Retraites Populaires ont reçu une comparution au tribunal et seront prochainement jugées, assure-t-il. Dans mon cas, l’infraction pénale retenue a été: «empêchement d’accomplir un acte officiel» ainsi qu’une série d’infractions à la loi sur les contraventions.» Le jeune homme doit, en outre, s’acquitter de 150 fr. de frais de justice.

Antoine Hürlimann

Créé: 06.11.2019, 19h00

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