Plus de 1600 profs signent pour leurs collègues de Prilly

Réforme scolaire Un enseignant sur cinq a signé la pétition lancée suite à la lettre ouverte à Anne-Catherine Lyon.

Photo d'illustration

Photo d'illustration Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Près de 20% de l’ensemble des enseignants de la scolarité obligatoire ont signé la pétition de soutien aux enseignants de Prilly («24 heures» du 15 septembre) sur le «dysfonctionnement» de la réforme scolaire mise en œuvre depuis trois ans. Mille six cents soixante-six signatures sont arrivées au domicile de l’initiatrice Christine Renaudin (lire ci-dessous). De quoi répondre à la question de la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon qui se demandait, au lendemain de la parution de la lettre signée par 30 maîtres de Prilly, si leur cas était représentatif.

A la mi-septembre, ces professionnels avaient adressé à 24 heures une lettre ouverte signée de chacun de leur nom. Ils reprochent au système mis en place par la Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) de laisser de côté les élèves «les plus vulnérables». Le problème est déjà identifié, y compris par les responsables au plus haut niveau: l’organisation des classes dans la voie générale du secondaire (adolescents de 12 à 16 ans) ne permet pas aux maîtres de classe d’encadrer correctement leurs élèves, au risque de les laisser à eux-mêmes. En brisant leur devoir de réserve, les enseignants de Prilly ont fait prendre conscience au public de la gravité du problème.

La récolte de signatures s’est déroulée dans un contexte embrasé par la question politique du quatrième mandat de la conseillère d’Etat (auquel elle a fini par renoncer). Les collègues des 30 profs se sont mobilisés durant trois semaines pour témoigner qu’ils vivaient les mêmes difficultés.

Seul le nombre compte

La pétition a circulé jusqu’au 7 octobre. Son texte engage chaque signataire à appuyer la démarche des profs de Prilly. Christine Renaudin note «l’accueil extraordinairement positif réservé par les directeurs d’établissement, leurs secrétaires et les enseignants». Compte tenu de l’ambiance, les signataires lui ont demandé de ne pas publier leurs noms. A ce stade, seul compte le nombre des paraphes, d’ailleurs certifié par un notaire. Nous avons en outre pu constater de visu que ces signatures et les petits mots joints aux listes existent bel et bien.

La Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) n’a pas encore été saisie du texte. A l’annonce de l’ampleur de la réaction des enseignants, le directeur général Alain Bouquet déclare «prendre acte» et comprendre qu’il y a là «un signe fort de protestation». «C’est une démarche, certes démocratique, mais facile, commente-t-il. Il faut rappeler que la LEO a une légitimité démocratique encore plus forte. J’ajoute que les bons résultats présentés lors du bilan de la mi-septembre procèdent d’une démarche parfaitement honnête, contrairement à ce qu’a très grossièrement prétendu la pétitionnaire sur les ondes.»

Réactions circonspectes

Parmi les défenseurs réguliers des enseignants, les réactions sont circonspectes. Le Syndicat des services publics (SSP) et la Société pédagogique vaudoise (SPV) militent pour une critique concrète et veulent continuer de faire des propositions d’adaptations légales au sein du groupe de travail Département-syndicats. Julien Eggenberger, du SSP, estime que la situation actuelle ne peut pas continuer: «Depuis une semaine, les séances s’enchaînent. Des mesures supplémentaires à ce qui a déjà été accordé en 2014 pourraient intervenir à la rentrée 2017-2018. Il s’agit en particulier de permettre une plus grande marge de manœuvre aux établissements.»

«Je me souviens qu’en 2012, les élèves vaudois ont obtenu la troisième place des résultats PISA en lecture, alors qu’ils en avaient eu de mauvais les années précédentes»

Le président de la SPV, Gregory Durand, reste quant à lui convaincu qu’une réforme scolaire prend du temps et que l’on ne peut pas aujourd’hui «tout jeter pour recommencer»: «Je me souviens, dit-il, qu’en 2012, les élèves vaudois ont obtenu la troisième place des résultats PISA en lecture, alors qu’ils en avaient eu de mauvais les années précédentes. Or cette volée de 2012 avait été entièrement placée sous le régime EVM. Cette précédente réforme a été décriée, mais elle avait aussi des qualités.»

Enfin, du côté des directeurs, le président de l’ADESOV, Marc Ducret, rapporte que son association n’a pas eu l’occasion de parler de la pétition: «Bien sûr que nous sommes au courant, cela dit. Il y a plusieurs postures parmi les directeurs, entre ceux qui, comme moi, sont pour la liberté d’expression et ceux qui ont pensé que l’on faisait un mauvais procès. Je me demande tout de même quel est le but d’une telle pétition et je ne suis pas sûr que l’école ait beaucoup à gagner de ce type de remous.»

Créé: 14.10.2016, 07h16

La pétitionnaire va continuer avec un sondage

La légitimité de Christine Renaudin a été mise en cause par le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Alors qu’elle a fait des remplacements à l’école publique durant six ans, elle n’a pas de titre comme l’a écrit, le 23 septembre, le DFJC: «Madame Renaudin a été employée comme enseignante auxiliaire pour diverses courtes périodes de remplacement, jusqu’en 2013. Madame Renaudin (…) n’est cependant pas enseignante et ne dispose pas des titres nécessaires pour enseigner.» Cette «précision» avait été envoyée à la presse le jour où la pétitionnaire s’est laissé emporter sur les ondes de La Première en traitant le Département de «ramassis de technocrates», ce qu’elle regrette aujourd’hui.

La dame, ancienne cofondatrice des Vert’libéraux, est connue dans le canton pour avoir donné à Daniel Vasella un billet de 100 francs pour des cours d’éthique. En 2008, elle était parvenue à lancer une campagne en faveur d’Evelyne Widmer-Schlumpf. Elle entend aujourd’hui continuer son action en faveur des profs: «Après les vacances, je vais créer un sondage sous forme de dix propositions à cocher, dont l’une sera de savoir s’ils désirent la réintroduction d’une 3e voie d’apprentissage.» Gilles Pierrehumbert, de la Société vaudoise des maîtres secondaires (SVMS), s’interroge: «Je serais intéressé de voir ce qui est attendu de cette démarche. J’imagine que, parmi les signataires, il y a autant de nostalgiques de l’initiative «Ecole 2010» que de partisans de l’école autonome selon Freinet ou Summerhill.»

Articles en relation

«Mme Lyon, l’Ecole vaudoise va mal»

Enseignement Des enseignants signent une lettre ouverte à Anne-Catherine Lyon. Ils expriment le malaise du terrain sur le sort des élèves fragiles, pénalisés par la dernière réforme. Et évoquent une crise de confiance. Plus...

A.-C. Lyon défend une école devenue plus souple

Réforme scolaire Hormis des points noirs qu’il s’agira d’«approfondir», le bilan de la loi sur l’enseignement obligatoire est jugé bon. La conseillère d’Etat se dit prête à rencontrer les enseignants de Prilly. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 décembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...