1770: les Lumières d'Yverdon

250 ans dans la vie des VaudoisUn certain Fortuné-Barthélemy de Félice réalise une Encyclopédie protestante.

Planche de l'<i>Encyclopédie d’Yverdon</i> représentant l'économie rustique.

Planche de l'Encyclopédie d’Yverdon représentant l'économie rustique. Image: BCU- Lausanne

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Dans les années 1770, Y verdon rivalise avec Paris. Non pas parce que l’on s’y «amuse davantage en 15?jours qu’à Berne en un an», comme le déclare le bailli De Weiss. Mais parce que de presses installées à la rue du Lac sort une Encyclopédie autre que celle que Diderot et d’Alembert viennent de publier dans la Ville Lumière. De 1770 à 1780, Fortuné-Barthélemy de Félice assure la réalisation de 58 volumes in-quarto (proche de l’A4) de L ’Encyclopédie ou dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines, dite Encyclopédie d’Yverdon . Son concepteur est Italien d’origine, professeur d’académie de métier. De son vrai nom Fortunato Bartolomeo De Felice (1723-1789), ce Romain ordonné au sacerdoce de l’Ordre des franciscains s’enfuit en Suisse en 1757 en raison d’un passé aventureux peu compatible avec la fermeté catholique de l’époque. Confirmant son attirance pour les idées de la Réforme, il se convertit au protestantisme et s’installe à Yverdon en 1762, selon son descendant morgien, Christian de Félice.

Cette nouvelle orientation religieuse ne reste pas sans effet sur son futur projet. En terre protestante, on accueille avec intérêt l’Encyclopédie de Paris , mais on émet des réserves quant aux articles relatifs à la théologie, jugés strictement catholiques. Par sa volonté première d’internationaliser l’Encyclopédie et de répandre dans le monde les Lumières helvétiques, Félice concrétise le projet d’une alternative protestante déjà dans l’air depuis plusieurs années. Sans surprise, on dénombre parmi sa trentaine de collaborateurs une grande majorité de personnes acquises à la cause de la Réforme, en tête desquelles le pasteur vaudois Elie Bertrand, ami de Voltaire. Fautes grossières corrigées Dans une lettre rédigée en cette même année 1770, le philosophe français dit d’ailleurs sa préférence pour la version suisse et ses auteurs: «Ils ont l’avantage de corriger beaucoup de fautes grossières qui fourmillent dans l’Encyclopédie de Paris . (…) Pour moi, je sais bien que j’achèterai l’édition d’Yverdon et non l’autre.»

Même s’il n’appréciait pas Voltaire – qu’il considérait comme un ami des philosophes français – et que les encyclopédistes de Paris l’avaient attaqué dans son entreprise, Félice n’a jamais tu ce qu’il devait à Diderot et d’Alembert. Sans oublier de souligner qu’eux-mêmes étaient redevables du Dictionnaire universel des arts et des sciences conçu par Ephraim Chambers en 1728, à Londres.

Quoi qu’il en soit, Félice et ses collaborateurs se font fort de corriger les faiblesses de l’édition parisienne. En accordant une attention toute particulière à la théologie, qu’ils affirment traiter de façon impartiale: «Nous éviterons toutes les critiques directes, mais nous exposerons les faits et les raisonnements, laissant au lecteur le soin de choisir, la liberté d’examiner et le droit de juger.»

Défenseur de la culture italienne, Félice développe les informations relatives à son pays. Et, comme il a pris l’option de correspondre avec des esprits de tout le Vieux-Continent, il ouvre ses pages à bien d’autres nations, à l’opposé du franco-centrisme de Diderot. Logiquement, une section importante est consacrée à la Suisse. Et, grâce à la précieuse collaboration du savant bernois Albert de Haller, la culture allemande est particulièrement bien servie. La somme de savoir contenue dans les 37?000 pages et 75?000 articles de l’œuvre de toute une vie englobe bien d’autres domaines encore: de la gravure à la minéralogie en passant par l’anatomie et la pharmacie.

Pour assurer la diffusion de son Encyclopédie, Félice signe un contrat avec une maison d’édition de La Haye. De Hollande, elle est vendue par souscription dans les différents Etats protestants d’Europe (Scandinavie, Allemagne…) et en Russie. De manière officielle, elle n’atteindra en revanche pas la France – où l’éditeur de l’Encyclopédie de Paris lui barre la route – ni l’Italie, dont le marché est quasi interdit à Félice depuis sa fuite. Source: L’Encyclopédie d’Yverdon: une Encyclopédie suisse au siècle des Lumières , Fondation De Felice, Yverdon-les-Bains, 2003

Créé: 12.01.2012, 23h16

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12 janvier A New York, l’affrontement entre colons et soldats britanniques préfigure la Guerre d’indépendance.

Etats-Unis Fondation de la ville de Chicago.

20 avril Le navigateur britannique James Cook est le premier Européen à débarquer sur la côte orientale de l’Australie.

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