1785: Beckford, le calife vaudois

250 ans dans la vie des VaudoisLa carrière de l’excentrique auteur anglais connaît un virage crucial sur les bords du Léman

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quand l’écrivain William Beckford s’installe avec son épouse Lady Margaret sur les rives du Léman, dans le château de La Tour-de-Peilz, en 1785, le prince déchu est en quête de quiétude. Sa réputation de «fils le plus riche d’Angleterre», selon les termes de Lord Byron, a du plomb dans l’aile depuis les rumeurs sur sa bisexualité.

Surpris avec le jeune William Courtenay, âgé de 16?ans, dans une chambre du château de Powerdham, le sujet de Georges?III voit son brillant élan stoppé net. L’exil?lui paraît le choix le plus judicieux. Passionné par l’Orient, polyglotte, critique d’art, ce fils d’un maire de Londres, devenu héritier à 10?ans de l’une des plus grosses fortunes du royaume grâce à des plantations de canne à sucre en Jamaïque, ne rechigne jamais à goûter aux joies d’une vie débridée, à braver les interdits moraux, à humer le parfum du scandale.

«En trois jours et trois nuits»
Il se vante d’avoir rédigé Vathek, son œuvre majeure (lire ci-dessous), «en trois jours et trois nuits», en 1782, dans la foulée d’une fête de Noël étirée, cloîtré avec des amis dans la maison familiale de Splendens, à Fonthill. Un huis clos qui laisse libre cours à bien des fantasmes de la part des observateurs.

Après l’affaire de Powerdham, William Beckford s’établit donc à La Tour-de-Peilz, sur cet arc lémanique qu’il connaît bien. «Ce pays de la fraîcheur et de la verdure, des bois de châtaigniers et des bosquets en coteau», écrit-il. En 1783, il y effectue son voyage de noces. Six ans auparavant, l’adolescent avait l’habitude de rendre visite à un certain Voltaire à Genève, ainsi qu’au Salève: «Si je ne pouvais aller rendre visite de temps en temps à Voltaire, et aux montagnes très souvent, j’en mourrais.»

Vathek dans la douleur
Les trois petites années passées en terre vaudoise seront cruciales à plus d’un titre dans son parcours. Au bonheur de la naissance de ses filles, Margaret et Susan, succède la peine de la perte de son épouse. Dans la foulée, il apprend que le révérend Samuel Henley, à qui il a laissé un manuscrit de Vathek, écrit en français, a publié une traduction anglaise outre-Manche en dépit de son vœu de faire paraître la version française en premier.

Qu’à cela ne tienne, William met les bouchées doubles pour concrétiser son projet avec l’aide du pasteur vaudois David Levade. Un doute subsiste quant à savoir s’il était en possession d’un autre manuscrit en français ou s’il dut traduire la version anglaise de Henley. Quoi qu’il en soit, la version dite lausannoise du roman paraît chez l’imprimeur-éditeur Isaac Hignou à la fin de 1786 (bien que la couverture mentionne 1787).

Peu satisfait des services de traducteur de Levade, William Beckford remet aussitôt l’ouvrage sur le métier avec son ami et médecin François Verdeil. Une nouvelle édition paraît à Paris, chez Poinçot, toujours en 1787. Levade n’apprécie guère ces méthodes: «Je me suis repenti d’avoir cédé à ses sollicitations, l’ouvrage ne me paraissant ni moral ni intéressant», s’insurge-t-il dans une note retrouvée dans un exemplaire de Vathek. «Je dus menacer M. Beckford de mettre dans les papiers publics cette infidélité, qui fit qu’on arrêta à la douane de France l’envoi de l’imprimeur Hignou de 300?exemplaires qu’il envoyait à Paris.»

L’essentiel reste que William Beckford, 27?ans, s’est réapproprié l’œuvre qui lui a fait traverser les siècles et qui continue d’être vendue en librairie aujourd’hui.

Un extravagant
Il reviendra séjourner sur les bords du Léman. A Evian d’abord, en 1789. Puis, contexte révolutionnaire aidant, à Lausanne, où il est prié le jour de son arrivée de «partir immédiatement, et que si lui ou ses gens s’y trouvaient encore le lendemain matin à sept heures, ils seraient tous arrêtés», selon un témoin de l’époque.

Outre ses pérégrinations en Espagne et au Portugal (qui inspirèrent ses Letters from Italy with Sketches of Spain and Portugal), les hauts faits du reste de son long parcours – il meurt à 84?ans – sont davantage liés à l’impressionnant train de vie de celui que l’on surnomma «Le calife de Fonthill».

Son excentricité atteint son paroxysme dans le projet d’abbaye monumentale construite sur ses terres familiales entre 1796 à 1814 (et dont la tour s’effondra deux fois). Un sens de la démesure que n’aurait pas reniée son personnage emblématique, Vathek. (24 heures)

Créé: 02.02.2012, 22h32

Dossiers

Cette année-là...

Piraterie  Les flibustiers malgaches Zana-Malata mènent des expéditions de razzia d’esclaves et de pillage contre les Comores, l’île de Mafia et la côte orientale de l'Afrique.

Economie Le 6 juillet, le Congrès de la Confédération adopte le dollar comme monnaie unique des Etats-Unis.

1er août La Pérouse entame à Brest ses fameuses expéditions vers l’Asie, l’Amérique du Nord et le Pacifique Ouest, où ses navires sombrent fin 1788.

Excentricité Louis XVI signe la loi instituant que les mouchoirs doivent être carrés.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.