1810: une loi pour les catholiques

250 ans dans la vie des VaudoisAprès avoir été privés de cultes en 1536, leur sort s’améliore progressivement.

L’église Saint-Etienne, rue de la Mercerie, en 1858, sur une estampe de Johann Baptist Isenring. Arsenal jusqu’à l’indépendance vaudoise, elle accueillit catholiques et protestants allemands dès 1812.

L’église Saint-Etienne, rue de la Mercerie, en 1858, sur une estampe de Johann Baptist Isenring. Arsenal jusqu’à l’indépendance vaudoise, elle accueillit catholiques et protestants allemands dès 1812. Image: Musée historique de Lausanne

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Catholiques et protestants vaudois n’ont pas toujours vécu en bonne harmonie, comme c’est le cas aujourd’hui. Petit flash-back pour comprendre cette évolution. Depuis 1536, le Pays de Vaud est sous la coupe des Bernois, qui imposent la Réformation. L’évêque du diocèse est contraint de s’enfuir par un souterrain. Le culte catholique est alors interdit, sauf dans les dix communes groupées en trois paroisses d’Echallens, d’Assens et de Bottens. Car dans cette partie du bailliage commun (Berne et Fribourg) une sentence arbitrale de 1484 va déboucher sur une votation, appelée le Plus, qui ne donne pas de majorité à la Réforme. Au XVIIIe, la situation évolue pourtant. Dès la moitié du siècle, la messe est tolérée dans les demeures des étrangers. Le cas le plus connu est celui de la baronne Olcah, qui s’installe à Lausanne à partir de 1793 dans une maison entourée de vignes, l’Avant-Poste.

Une liberté de culte relative
Ni la révolution vaudoise, en 1798, ni l’acte de Médiation imposé en 1803 par le premier consul ne modifient la situation. Même si le dernier article de la première Constitution du nouveau canton de Vaud déclare: «La liberté pleine et entière du culte des communions actuellement établies dans le canton est garantie». En fait, le régime des cultes ne correspond pas à la «liberté pleine et entière» comme nous le comprenons aujourd’hui. Les catholiques sont alors trois mille dans le canton mais seulement cinq cents en dehors du district d’Echallens.

Les choses bougent pourtant durant cette période agitée. En octobre 1802, une messe est célébrée dans le chœur de la cathédrale, à la demande du Sénat helvétique installé très provisoirement à Lausanne. Cette même autorité fait pression pour que cette pratique se poursuive. La réponse des Vaudois est négative, mais une brèche s’est ouverte dans laquelle vont s’engouffrer, en 1806, l’ambassadeur de France et le nonce apostolique. Ils appuient une pétition qui demande la mise à disposition d’un local pour exercer le culte catholique. Des demandes similaires proviennent de Morges, de Nyon et d’Yverdon.

Tout s’accélère dès lors. En 1807, le Conseil d’Etat envisage de construire une nouvelle église pour les protestants de langue allemande et les catholiques. Après de nouvelles pressions, dont celles de l’archevêque de Paris, oncle de Napoléon, le Grand Conseil adopte le 2 juin 1810 une loi qui établit le statut des catholiques. L’article premier précise que la célébration d’un culte est soumise à la permission du Conseil d’Etat. Notons également la teneur de l’article 6: «Le bâtiment du culte n’aura ni clocher, ni cloche…» Cet article ne sera abrogé qu’en 1878.

Cette loi ne va cependant rien résoudre. Car le canton se réserve le droit de nommer le ministre du culte. Ce qui est inacceptable pour l’évêque du diocèse, basé à Fribourg. Les choses suivent malgré tout leur cours. Le Conseil d’Etat achète l’ex-arsenal aménagé dans l’ancienne église Saint-Etienne à la Mercerie, à l’usage des cultes catholiques et protestants allemands. Dans un arrêté de 1812, on accorde ainsi la jouissance gratuite de la chapelle, à des heures fixes, et avec l’obligation de cacher les objets du culte une fois l’office terminé. Mais les catholiques refusent et célèbrent leur messe juste à côté, dans une maison privée.

Tout change, le jour de Pâques 1814. Après la défaite de Napoléon, une armée autrichienne traverse la Suisse et arrive à Lausanne. Et le 4 avril 1814, le général Juyer prie le Conseil d’Etat de mettre à disposition une église pour célébrer tous les jours «les saints mystères».

Le Conseil d’Etat ne peut pas refuser. La messe sera célébrée, chaque dimanche, en l’église Saint-Etienne. Et le 26 juin 1817, le gouvernement lâche encore du lest et écrit à l’évêque du diocèse. Il ne nommera pas un ministre du culte qui n’aurait pas reçu son autorisation. La loi entre alors de fait en application.

Sources:
Eglise et vie catholique à Lausanne, du XIXe siècle à nos jours, Bernard Secrétan, Bibliothèque historique vaudoise, 2005.
Les catholiques, Philippe Gardaz, article tiré de textes consacrés à «Vaud sous l’acte de Médiation, 1803-1813, la naissance d’un canton confédéré», Bibliothèque historique vaudoise. (24 heures)

Créé: 08.03.2012, 22h22

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L'original de la loi de 1810, entreposé aux archives cantonales vaudoises. (Image: Florian Cella)

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