1823: un vapeur change le Léman

250 ans dans la vie des VaudoisLe consul des Etats-Unis en France révolutionne les transports lacustres. Une saga débute

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Printemps 1823, un Américain s’apprête à mettre le feu au lac: les premiers panaches de vapeur font leur apparition sur le Léman. Inauguré le 18 juin, le Guillaume-Tell d’Edward Church met un terme à la domination des barques à voiles latines. Avec son drôle de navire, le consul des Etats-Unis en France fait entrer la Suisse dans l’ère des transports modernes, ceux mus par une force mécanique.

Le diplomate, infatigable promoteur de l’invention de son compatriote Robert Fulton, va provoquer un incroyable engouement pour les bateaux à vapeur. Toujours plus rapides, toujours plus grands, ils démocratisent rapidement le transport de passagers le long des rives lémaniques.

Edward Church jugeait cette révolution inévitable dans une lettre publiée en décembre 1822 dans la Gazette de Lausanne: «Appelé l’année dernière à visiter les bords de votre lac, je ne pouvais considérer sans un sentiment de surprise, toutes les facilités que la nature a déployées autour de vous pour la navigation nouvelle, et voir d’autre part une nation libre, éclairée, ingénieuse, placée au centre de l’Europe, demeurer jusqu’à présent privée de ce bienfait des sciences et des arts, tandis que par une bizarrerie inconcevable, plus de cinq cents de ces bateaux répandent la grande découverte de Fulton dans les quatre parties du monde.» Le consul américain annonçait avoir reçu l’accord des gouvernements vaudois et genevois pour lancer un vapeur.

Construit à Bordeaux et équipé d’une machine anglaise, le Guillaume-Tell fonce à 13?km/h. Il relie chaque jour Genève à Ouchy en six?heures, contre une journée de chemins défoncés en diligence. Garantissant des horaires fixes, et le chauffage en hiver pour les passagers de première classe, le petit navire offre un confort inégalable. Les voyageurs ont le choix entre rester sur le pont, abrité par une tente, ou utiliser deux petits salons «décorés et meublés avec élégance» situés dans la coque en bois. Celle-ci mesure environ 23?mètres, soit la taille de la Vaudoise des Pirates d’Ouchy (aujourd’hui, les plus grands vapeurs de la CGN affichent 78?mètres de long).

Le succès est au rendez-vous. Avec 200?places seulement, l’embarcation est souvent bondée. Edward Church a gagné son pari: les riverains du Léman sont tombés amoureux des vapeurs. Des souscriptions sont lancées à Lausanne et à Genève pour la construction d’autres navires. Un premier concurrent, le Winkelried genevois, fait ses premiers tours de roues une année après le pionnier. En 1826, une société lausannoise met à l’eau le Léman, un géant avec ses 500?places et une vitesse de croisière de 18?km/h.

Concurrence acharnée
La guerre entre les deux villes pour la domination du Léman ne fait que commencer. Toujours plus grands, toujours plus rapides, les vapeurs se livrent une concurrence sévère. Devenu obsolète, le Guillaume-Tell sera démantelé déjà en 1836. La même année, les coques en fer apparaissent. Au fil des innovations techniques et de l’augmentation du nombre de places, les profits des sociétés de navigation fondent.

Les trois principales signent de premiers accords en 1844, notamment pour coordonner leurs horaires et tarifs. L’arrivée d’un redoutable concurrent en 1855, le chemin de fer, amplifiera ces rapprochements pour les parachever en 1873 par la naissance de la Compagnie Générale de Navigation (CGN). Après un quart de siècle de domination sans partage, les vapeurs du Léman perdent le monopole des transports performants, même s’ils resteront encore, pour quelques années, plus rapides et moins chers que le train.

Retour en 1823. Edward Church revend à la fin de l’année le Guillaume-Tell. Le consul américain récidive l’année suivante sur le lac de Constance. L’engouement pour la vapeur s’étend aux autres lacs suisses. En 1826, l’Union relie Yverdon à Bienne. Le Minerva apparaît sur le lac de Zurich en 1835. Quant au lac des Quatre-Cantons, il attendra jusqu’en 1837 pour découvrir les joies de la navigation mécanique. Mais les vapeurs ne deviendront de véritables monuments du tourisme helvétique qu’à la fin du XIXe siècle. (24 heures)

Créé: 27.03.2012, 22h40

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