1847: La guerre civile de l’intérieur

250 ans dans la vie des VaudoisLe Moudonnois Edmond Tissot a laissé un témoignage pittoresque de la guerre du Sonderbund.

Artilleurs fédéraux à la bataille de Lunnern, dans le canton d’Argovie, le 12 novembre 1847. Gravure éditée à Zurich en 1849.

Artilleurs fédéraux à la bataille de Lunnern, dans le canton d’Argovie, le 12 novembre 1847. Gravure éditée à Zurich en 1849. Image: Musée militaire vaudois

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«Un boulet passe à côté de moi et frappe, avec un bruit sourd, trois hommes de l’une des pièces. L’un le reçut dans le ventre et fut tué net; les deux autres eurent un bras emporté. L’un d’eux, le brave Savary, de Payerne, poussait des cris lamentables. Je courus à lui en lui disant: «Taisez-vous, vous mettez le désordre dans la batterie! – Mais, me dit-il, je suis blessé. – Je le vois et je vous plains, mais vous ne souffrez pas, faites-vous conduire à l’ambulance.»

Cette scène guerrière tragicomique se déroule le 13 novembre 1847, aux portes de Fribourg, dans le cadre de la guerre du Sonderbund. L’auteur de ces lignes, si soucieux d’ordre, est un jeune lieutenant d’artillerie de Moudon, Edmond Tissot, futur colonel. Le boulet, lui, a été tiré par un canon fribourgeois, abrité dans la redoute de Bertigny, l’une des trois construites pour interdire l’accès à la ville aux troupes fédérales. Un ouvrage sur lequel les hommes de Tissot (des vignerons de Lavaux, qui valent à la batterie le surnom malicieux de «La Soif») s’apprêtaient à ouvrir le feu. Les Confédérés se retirent avec cinq morts et une cinquantaine de blessés, dont trois décéderont de leurs blessures.

19?000 Vaudois mobilisés
L’attaque a lieu dans le cadre de la campagne menée par le général Dufour contre les troupes des cantons catholiques séparatistes du Sonderbund. Nommé commandant en chef de l’armée fédérale en octobre, le Genevois a rassemblé 100?000 hommes, dont 19?000 Vaudois. Il base sa stratégie sur la rapidité et l’intimidation, espérant pousser ses adversaires à une reddition rapide et limiter les pertes humaines. C’est ainsi que le 13 novembre au matin, il adresse cette sommation aux autorités fribourgeoises: «Songez aux maux incalculables qui seraient la suite d’une attaque de vive force et à l’impossibilité de calmer la fureur des soldats dans de telles circonstances. Ouvrez donc vos portes aux troupes fédérales. Il n’y a pas de déshonneur à céder à la force.»

Le plan de Dufour est un succès, Fribourg capitule. «Le lendemain, 14 novembre, on nous distribua un petit verre d’eau-de-vie et des vivres; j’eus pour ma part une belle miche de pain arrivé de Moudon pendant la nuit», se réjouit le lieutenant Tissot. Le canton s’est engagé à quitter le Sonderbund, à déposer les armes et à subvenir aux besoins des 10?000 à 12?000 hommes qui vont occuper la ville.

Avant même le début du conflit, Dufour n’a cessé d’exhorter ses hommes à la mesure: «Il faut qu’on puisse dire de vous: ils ont vaillamment combattu, quand il l’a fallu, mais ils se sont montrés partout humains et généreux, écrit-il lors de l’entrée en campagne. Je mets donc sous votre sauvegarde les enfants, les femmes et les vieillards et les ministres de la religion. Celui qui porte la main sur une personne inoffensive se déshonore et souille le drapeau.» Le message du gouvernement fédéral allait dans le même sens: «Vous n’oublierez jamais que ce sont, pour la plupart, des hommes égarés, des Confédérés, des frères que vous devez faire rentrer dans le devoir.»

La victoire acquise, Tissot tient lui aussi à éviter les débordements. D’un de ses hommes maltraitant un Fribourgeois, il écrit: «Je fis à ce soldat d’amers reproches, et comme il continuait à frapper le pauvre diable et qu’il me traitait de ristou et d’aristocrate, je ne pus m’empêcher de le traiter de lâche et de gredin, et de lui allonger un coup de pied dans un endroit sensible.»

Entré dans Fribourg, il doit calmer ses soldats qui font du tapage, puis «aller faire la police chez Mme De Reynold, grande et belle femme, qui me reçut du haut de sa grandeur, disant que nos soldats étaient mal élevés, de vrais sauvages, menaçant de tout casser».

Le lieutenant et ses hommes demeurent en ville quelques semaines. Ils ne participent pas à la deuxième phase de la guerre, plus violente (plus de 150 morts et près de 700 blessés), menant aux redditions de Zoug, de Lucerne, des cantons primitifs et du Valais, après quoi la coalition du Sonderbund disparaît. A Fribourg, Tissot passe à l’infirmerie, visiter «entre autres le brave artilleur Savary». Il assiste à l’enterrement d’un soldat: «Nous dûmes attendre longtemps par un froid de loup, battant la semelle pour nous réchauffer. On avait oublié de faire creuser la fosse.» Les soirées sont occupées par des parties de cartes entre officiers. «Pour un souper, nous fîmes venir une bourriche d’huîtres. Plusieurs d’entre nous n’en avaient jamais mangé et ne savaient comment s’y prendre.» Les soldats sont licenciés pour Noël: «Le 25 décembre, écrit Tissot, je rentrai dans mon cher Moudon, auprès de mes parents et de ma chère petite sœur, tout heureux d’avoir pu terminer honorablement cette campagne.»

Source: Souvenirs d’un vétéran de Moudon sur la guerre du Sonderbund en 1847, Edmond Tissot, Ed. Payot, 1911.

Créé: 02.05.2012, 21h38

Dossiers

L'essentiel

Décembre 1845: Pour se protéger face aux cantons libéraux, les cantons ruraux, catholiques et conservateurs – Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zoug, Fribourg et Valais – concluent un pacte défensif secret, qualifié plus tard de «Sonderbund» ou alliance séparée.

Juin 1846: La presse révèle l’existence du Sonderbund.

20 juillet 1847: La Diète fédérale considère que l’alliance viole le Pacte fédéral de 1815 et exige sa dissolution.

Octobre 1847: Le Sonderbund mobilise, l’armée fédérale est mise sur pied.

4 novembre 1847: La Diète décide de faire respecter par les armes l’arrêté de dissolution du Sonderbund. La guerre civile peut débuter.

Cette année-là...

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Lausanne: Mise en service de l’usine à gaz d’Ouchy.

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