1875: l’invention de Peter

Un Moudonnois visionnaire trouve la recette du chocolat au lait… à Vevey

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Daniel Peter appartient aux plus géniaux inventeurs de la grande et belle saga du chocolat, ce noble aliment sucré produit à partir de la fève de cacao.

Qui aurait dit que Daniel Peter, fils de boucher né à Moudon le 9 mars 1836 dans une famille alsacienne établie en Pays de Vaud à la fin du XVIIe siècle – après la révocation de l’Edit de Nantes – se destinerait à l’industrie chocolatière? Et en assurerait en partie sa renommée en inventant le chocolat au lait en 1875?

Daniel est intellectuellement précoce mais son père, peu fortuné, n’a pas les moyens de payer des études à son rejeton. Sa mère voit en son fils, également ouvert d’esprit et droit, un futur ministre de l’Evangile. Féru de latin, Daniel, alors qu’il n’a que 16?ans, enseigne momentanément cette langue – pas encore morte –, au collège de Moudon. Puis son père l’envoie en apprentissage à Vevey. Chez la veuve Clément, qui tient rue de Lausanne une épicerie, où elle vend entre autres du tabac et des chandelles. Quatre ans plus tard, Daniel prend la direction de l’affaire avec son frère Julien.

Mais la découverte du pétrole et l’arrivée du gaz vont progressivement souffler les bougies des frères Peter, qui ont déménagé à la rue des Bosquets en 1862, là? même où un certain Henri Nestlé planche sur la formule de… la farine lactée. Tout en exploitant des eaux minérales (déjà!) et des limonades gazeuses.

Il épouse une fille Cailler
La capitale de la Riviera est un centre commercial et vit sa révolution industrielle depuis quelques décennies. Dans ce cadre de rêve, vivent et travaillent, outre Nestlé, Louis Ormond et sa prospère manufacture de tabac. Mais encore plusieurs chocolatiers, dont le plus ancien n’est autre qu’un certain François-Louis Cailler.

Cherchant une idée pour suppléer ses cierges bientôt moribonds, Peter va d’abord trouver une femme en 1863: Fanny… une des filles de Cailler. Joignant l’utile à l’agréable, Daniel se lance dans le chocolat. Et fonde avec son cadet sa propre fabrique le 12 janvier 1867: Peter Cailler et Cie. Il a 31?ans et les perspectives économiques de l’industrie chocolatière l’encouragent. Il croit en ce produit et à son implantation dans les foyers – «de par sa valeur nutritive», écrit-il.

La concurrence étant rude dans le domaine, Peter tient à se démarquer. Il écrira, trente?ans plus tard, à un banquier veveysan, en vue de revendre son usine: «Si je voulais prendre rang à côté des fabriques existantes, je devais chercher à fabriquer une spécialité. Si je parvenais à allier le lait au chocolat, dans un état qui en assure la conservation et le transport facile, je ferais œuvre utile pour beaucoup. Tout en m’assurant la propriété d’une industrie difficilement exploitée par le premier venu et par conséquent à l’abri de la concurrence.»

Daniel Peter travaille d’arrache-pied pour trouver sa formule magique. Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, le visionnaire tâtonne. L’entrepreneur se documente beaucoup et teste diverses alliances. Sans jamais renoncer… et en faisant attester ses recherches par son notaire. Il touche presque au Graal. Mais déchante: son chocolat au lait liquide a le goût de beurre rance.

Mais à force de courage, d’abnégation et de connaissances accumulées, il résout l’équation: lait-sucre-cacao. Plus tard, il «solidifie» sa boisson chocolatée pour en faire la première plaque de chocolat au lait: Gala Peter. Le succès et les distinctions pleuvent. En Suisse, comme à l’étranger.

Les affaires sont florissantes et Peter, municipal veveysan de 1893 à 1896, fusionne en 1904 avec Kohler. Avant de faire entrer la fabrique Cailler dans le consortium. L’entité s’unit en 1929 à Nestlé, aujourd’hui numéro un mondial de l’agroalimentaire. Daniel Peter est décédé dix ans plus tôt, à l’âge de 83?ans. Ce pionnier du chocolat est l’arrière-grand-père d’un autre pionnier suisse: l’astronaute Claude Nicollier.

Sources: Pionniers suisses de l’économie et de la technique, Aymon de Mestral. Editions Pierre Boillat, 1957. Musée historique de Vevey; Archives historiques Nestlé, Vevey. (24 heures)

Créé: 13.06.2012, 22h50

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