1886: très vilain phylloxéra

Les 250 ans de 24 heuresLa longue lutte contre le puceron va remodeler le vignoble vaudois

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L’événement secoue le monde viticole vaudois. Le 8 juillet 1886, le Département de l’agriculture fait parvenir une circulaire annonçant la découverte du phylloxera dans la région de Founex. L’exportation de tout produit de la vigne provenant du cercle de Coppet est interdite. L’ennemi, un petit puceron qui s’attaque aux racines de la vigne et qui la tue en moins de trois ans, a été identifié en 1854 par Asa Fitch, l’entomologiste de l’Etat de New York. Cet insecte nuisible gagne l’Europe dès la fin de la décennie, sans doute à travers l’importation d’un cépage américain, jugé peu sensible à une autre maladie, l’oïdium.

En 1861, il est signalé dans le Gard, près de Roquemaure, puis treize ans plus tard dans le canton de Genève et, ensuite, du côté de Neuchâtel. Vaud est cerné. Et une longue bataille, à laquelle il s’est préparé, commence. En 1878, le gouvernement adopte une loi d’assurances mutuelles contre les pertes que pourrait occasionner l’invasion du phylloxéra.

Vignes séquestrées
Une surveillance étroite s’organise aussi. Le vignoble – 6600 hectares (20% du vignoble suisse) – est subdivisé en secteurs de 15 à 20 hectares. Ils sont examinés deux fois l’an par un «visiteur» spécial payé par l’Etat. Lui-même supervisé par une soixantaine de commissaires du Département de l’agriculture.

Dès qu’un foyer est signalé, la vigne est séquestrée. On arrose le sol de pétrole à raison d’un litre par cep pour stériliser la couche superficielle de terre et empêcher l’essaimage. Puis des ouvriers entrent en scène et administrent du sulfure de carbone en forant quatre trous autour de chaque cep. Une opération répétée au bout de 6 à 8?jours pour atteindre les pucerons éclos après le premier traitement. En automne, on procède à la destruction définitive des vignes contaminées.

Cette lutte radicale fait sourire à l’étranger, en France notamment. «Les Suisses ont trouvé un héroïque remède contre le phylloxéra, ils tuent la vigne. O naïveté helvétique.» Mais pour Jean Dufour, directeur de la station viticole de Lausanne, il n’y a pas d’autres solutions: «Tuer la vigne malade est le seul moyen d’anéantir les légions d’insectes sur les racines profondes».

La méthode a du bon. L’invasion reste lente, surtout les six premières années. Puis les destructions s’accentuent avec trois pics en 1899, 1903 et 1904. En dix-huit ans, 1% du vignoble disparaît. En 1916, 5% des cultures ont été éradiquées. Les mesures ont limité les dégâts mais n’ont pas empêché la dissémination de la maladie. Rolle est atteint en 1888, Lavaux suit, puis Aigle, douze ans plus tard.

Les traitements provoquent la grogne. Les vignerons d’Arnex se révoltent: «Nous vous demandons de suspendre la lutte contre le phylloxéra. Chez nous, il ne se développe pas de manière importante grâce à une culture soignée de la vigne.» Ce qui est faux. Tout finit pourtant par rentrer dans l’ordre. Cette lutte coûte cher. Le sulfure de carbone vaut de 34 à 38?francs les 100?kg. La facture annuelle s’établit entre 100?000 et 250?000 francs (de l’époque).

Et la vraie solution pour éradiquer le phylloxéra est ailleurs. On s’aperçoit rapidement que le dépérissement n’apparaît pas sur les plants américains, que leurs racines sont beaucoup plus résistantes. Dès 1869, on prône, en France, des cours de greffage sur porte-greffe résistants afin de régénérer la vigne attaquée.

Vaud emboîte le pas trente ans après, dans la région de Coppet. Pour Jean Dufour, directeur de la station viticole de Lausanne, cette reconstitution du vignoble s’avère une évidence: «On ne peut plus l’arrêter, on ne reviendra plus en arrière.» L’histoire va lui donner raison. En 1936, la reconstitution arrive à terme dans le canton.

Sources: Guide du vigneron dans la lutte contre le phylloxera, Jean Dufour, 1898. Le phylloxera dans le canton de Vaud ou la vraie histoire d’un puceron, Caroline Isoz, 1988.

Créé: 28.06.2012, 22h15

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