1910: Les exploits du gamin volant

Les 250 ans de 24 heuresEn mai de cette année-là, Ernest Failloubaz vole sur un monoplan de René Grandjean

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En Europe, au début du XXe siècle, les pionniers font des sauts de puce plus qu’ils ne volent. Mais l’arrivée sur le Vieux-Continent de Wilbur Wright, en 1908, change tout.

L’avion de cet Américain, qui peut voler pendant près d’une heure, éblouit les spectateurs des premiers meetings aériens. La traversée de la Manche par Louis Blériot, le 25 juillet 1909, finit de marquer les esprits.

La fièvre de l’aviation atteint aussi la Suisse. Les premiers essais ont lieu à Genève. Alexandre Liwentaal réussit un bond de 25?mètres à Vernier, en septembre 1909. Henri et Armand Dufaux font décoller leur appareil le 24 décembre: l’avion s’écrase après quelques secondes de vol.

C’est à Avenches que le premier vol digne de ce nom a lieu, le 10 mai 1910. On le doit à un constructeur de génie, René Grandjean, et à un as du pilotage, Ernest Failloubaz. Grandjean a 26?ans. Né à Bellerive, dans le Vully, il a passé une partie de son enfance à Paris. De retour au pays, il apprend le travail du bois et la mécanique dans la scierie paternelle. Il entend parler d’aviation en Egypte alors qu’il sert de chauffeur à un prince. L’idée de construire un avion l’obsède tout de suite. Il s’installe chez ses parents pour réaliser son projet avec une photo pour tout modèle.

Un vrai poids plume
Né à Avenches, Failloubaz a 17?ans. C’est un orphelin qu’une fortune attend. Autant Grandjean a bourlingué, autant Failloubaz est attaché à sa ville, qu’il ne quittera pour ainsi dire jamais. Comment se rencontrent-ils? Nous l’ignorons. Mais le jeune homme est souvent dans le Vully pour y voir son tuteur. Grandjean trouve en Failloubaz une oreille attentive. Sans doute pense-t-il à faire de lui son pilote, car c’est un poids plume. Un avantage pour ces appareils légers, fragiles et faiblement motorisés. Lorgne-t-il sa fortune? Sûrement pas. Son travail en Egypte lui a laissé des économies.

Le jour dit, Ernest Failloubaz fait rouler l’appareil sur l’Estivage, un champ d’Avenches. Pragmatique, René Grandjean souhaite aller pas à pas afin de maîtriser tous les aspects jusqu’au vol. Failloubaz, lui, est instinctif, insatiable de surcroît. Ce garçon timide et curieux possède un don pour la conduite. Il aime la vitesse, a d’abord eu un vélo, puis une moto, enfin une automobile. Ce 10 mai, il prend de la vitesse et s’envole. Sa maîtrise immédiate de l’appareil stupéfie Grandjean. Failloubaz impressionne chaque fois qu’il vole pour la première fois sur un nouvel avion. Et il ne casse jamais rien.

Cinq jours plus tard, René Grandjean tente de voler, mais il manœuvre trop brusquement et l’engin s’écrase. Privé d’avion, mais ayant goûté au vol, Ernest Failloubaz ne peut attendre. Il se rend à Paris pour acquérir deux appareils, dont un Blériot. Dès lors, les chemins des deux hommes vont peu à peu se séparer. Alors que Failloubaz prend de l’assurance et de la hauteur, Grandjean ne cesse de casser et de réparer son avion. Un mois après l’exploit des frères Dufaux, qui ont traversé le Léman de Noville à Genève, Failloubaz réalise le premier vol entre deux villes suisses, Avenches et Payerne.

Descentes en vol plané
Une rivalité s’engage entre les deux cités pour organiser le premier meeting aérien du pays. Ce dernier a lieu à Avenches, le 2 octobre. Failloubaz vole à 200 mètres de hauteur et impressionne la foule avec ses descentes en vol plané. Le couronnement survient quelques jours plus tard, au meeting de Berne. Avec Emile Taddeoli, ancien pilote automobile genevois, ils impressionnent le Conseil fédéral.

Les autres pilotes engagés, dont Grandjean, ne les égalent de loin pas. Failloubaz reçoit le brevet No 1, Taddeoli le No 2. Grandjean rentre bredouille. Pis, les autorités d’Avenches, qui l’accusent d’avoir voulu favoriser Payerne, le chassent du terrain d’aviation de la ville.

Dès lors, les trajectoires des deux amis vont s’inverser. Failloubaz rachète la licence des avions Dufaux, crée une usine et une école de pilotage à Avenches. Mais, s’il est un grand pilote, il est un piètre entrepreneur. Toute routine l’ennuie. Sa fortune fond comme neige au soleil. Le voici ruiné en 1913. Tuberculose, alcool, il meurt en 1919, oublié de tous à 27?ans. Quant à Grandjean, il apprend à voler à Dübendorf, et gagne plusieurs prix. Inventeur de génie, il réalise le premier atterrissage sur neige avec un avion muni de skis en 1912, à Davos. Puis il perfectionne les hydravions. En 1915, il part pour Paris poursuivre sa carrière.

Sources: Pilote No 1… ou le gamin volant et Mémoires et histoire de René Grandjean, Henry Sarraz, Ed. Cornaz, 1964, et de la Thièle, 1978.

Créé: 02.08.2012, 21h34

Dossiers

Cette année-là...

22 février Pour la première fois, une armée sino-mandchoue entre à Lhassa, au Tibet, sans y avoir été invitée.
31 mai Indépendance de l’Union d’Afrique du Sud, regroupant les colonies britanniques et les anciens Etats boers.
25 juin Les Ballets russes créent, à Paris, l’Oiseau de feu, d’Igor Stravinski.
20 novembre Début de la révolution mexicaine, et de la gloire de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata.
10 octobre Pogrom contre les 6000 Juifs de Chiraz, en Iran.

Foule sur le pont Bessières

Le pont, qui passe au-dessus de la rue Saint-Martin, est inauguré le 24 septembre 1910. L’ouvrage, conçu par Eugène Jost, a été un peu simplifié, car jugé trop onéreux dans son concept d’origine. Les tourelles de style néomédiéval sont devenues des obélisques de style Louis XVI. Un don
de 500 000 francs du banquier et bijoutier Charles Bessières a permis sa construction.

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