1983: Delamuraz à la barre

250 ans dans la vie des VaudoisLe Vaudois succède à Georges-André Chevallaz au Conseil fédéral

Jean-Pascal Delamuraz, capitaine au grand cœur, tient la barre d’un navire de la CGN entre Rivaz et Lausanne. A sa gauche, Pierre-François Veillon et l’épouse du Sage, Catherine.

Jean-Pascal Delamuraz, capitaine au grand cœur, tient la barre d’un navire de la CGN entre Rivaz et Lausanne. A sa gauche, Pierre-François Veillon et l’épouse du Sage, Catherine. Image: FABRICE COFFRINI/Keystone

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Le mercredi 7 décembre 1983, à 11h23, les trois cloches de l’église de Gimel se mettent à sonner à toute volée. Elles sont les premières à annoncer que le canton de Vaud a un nouveau conseiller fédéral, élu au premier tour par 124 voix sur 246. Pendant que Jean-Pascal Delamuraz s’adresse aux Chambres pour accepter son élection, les cloches de Longirod, commune d’origine du nouveau conseiller fédéral, prennent la relève, les autorités font hisser les drapeaux, et les écoliers du canton apprennent avec joie qu’ils auront congé le lendemain.

Quatorzième Vaudois à accéder à la charge suprême, celui qu’on surnomme déjà «Delamure» avec un mélange d’affection et de révérence est né le 1er avril 1936 à Vevey. Fils du syndic et garagiste de Paudex, licencié en sciences politiques de l’Université de Lausanne, Jean-Pascal Delamuraz s’amuse à raconter qu’il rêvait, dans ses années de jeunesse, de devenir capitaine au long cours.

Il n’est guère permis d’en douter, tant le pouvoir le fascine. Jean-Pascal Delamuraz tient donc à ne pas traîner dans ses allées: adjoint du directeur administratif de l’Exposition nationale de 1964, municipal à 34 ans, syndic de Lausanne à 38 ans, il sauve le siège radical au Conseil d’Etat en 1981 et siège au Conseil national de 1973 à son élection au Conseil fédéral.

La joie communicative

Partout où il passe, parfois de façon trop fugace, il laisse un sentiment de solidité, de puissance et de bonheur. Aussi incongru que cela puisse paraître à l’heure où les politiciens semblent souffrir mille morts, «Delamure» exhalait le bonheur. Celui que procurent la bonne chère, les crus d’exception et l’exercice de la séduction, persifleront d’aucuns, et ils auront raison. Mais ils oublient l’essentiel: la joie communicative qui le transportait à l’évocation d’un pays qu’il aurait tant aimé emporter dans son tourbillon. Jean-Pascal Delamuraz voyait loin et pensait fort. Trop, parfois, heurtant ainsi des sensibilités qui lui étaient pourtant acquises. Mais la seule raison pour laquelle il se permettait, dans la bonne humeur ressentie et provoquée, de bousculer son environnement était la défense du pays et la détestation des frontières. Il fut donc l’homme des combats pour l’entrée de la Suisse à l’ONU – déjà, pour le GATT et, carburant de son action gouvernementale, pour l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. L’échec du 6 décembre 1992 fut pour lui, dans sa chair d’homme qui aimait tant la vie et le partage, un véritable «dimanche noir»: une expression qui traduit mieux que toute autre l’immense frustration et la défaite de l’amitié.

Repartir au combat

Paradoxalement, la brutalité de l’échec le rendit encore plus populaire, humain dans sa souffrance, courageux dans sa volonté de repartir au combat. Nous nous étions, du moins à ses yeux, cassé la figure, et il fallait dès lors proposer des perspectives au pays, au camp des perdants comme à celui des vainqueurs.

Après s’être ébroué, Jean-Pascal Delamuraz avait ainsi offert à ses concitoyens ce dont ils avaient sans doute le plus besoin dans ces heures cruciales et que les mécaniciens de l’Etat ne peuvent leur donner: la certitude d’être dirigés par un homme de bien, sur lequel ils peuvent compter par gros temps.

Mais l’offensive de la maladie, du cœur puis du foie, a brisé la trajectoire de celui que nous pensions indestructible, fort comme le terroir vaudois où il puisait son énergie. Un jour de mars 1994, à la question de savoir ce qu’il allait faire le jour où il passerait la main, il me répondit: «Je crois que je courrai les océans et que j’écrirai, pour essayer de contribuer, par un autre moyen que le pouvoir, à l’avenir de mon pays.»

Il n’en eut pas le temps. Le 8 octobre 1998, quatre jours après sa mort, plus de 1500 personnes venues de toute la Suisse ont dit adieu, sous les voûtes de la cathédrale de Lausanne, à celui qui restera l’un de leurs plus grands serviteurs.

Créé: 14.11.2012, 22h34

Dossiers

«J’écrirai, pour essayer de contribuer, par un autre moyen que le pouvoir, à l’avenir de mon pays» Jean-Pascal Delamuraz, conseiller fédéral (Image: ARC / Jean-Bernard Sieber)

Cette année là

3 mars Agé de 75 ans, Georges Rémi, alias Hergé, père de Tintin, meurt.
5 juin Yannick Noah remporte le tournoi de Roland-Garros.
16 juin Sally Ride est la première Américaine de l’espace.
21 juillet Record mondial de la température la plus basse: –89,2 degrés à Vostock en Antarctique.
2 août La 100 millionième visiteuse de la tour Eiffel reçoit une voiture.
23 novembre Déploiement des premiers missiles américains Pershing en Europe.

Licio Gelli se fait la belle

Licio Gelli, vénérable maître de la loge maçonnique italienne P2, s’échappe de la prison genevoise de Champ-Dollon, le 10 août 1983, grâce à la complicité d’un maton. Il y était depuis un peu plus d’un an. Voici le mannequin qu’il a utilisé pour tromper ses gardiens.

82

C’est le nombre de places de travail que Matisa décide de supprimer, le 15 février 1983. Les employés de cette entreprise de Crissier, spécialisée dans la fabrication de matériel d’entretien pour les voies ferrées, se mettent en grève… comme en 1976. Mais le 3 mars, lorsqu’ils mettent fin à leur mouvement de protestation, ils ne sont pas aussi heureux que leurs collègues d’alors. Huitante-deux postes restent supprimés, mais la direction a augmenté de 330 000 francs l’enveloppe à disposition des licenciés. mrm

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