1999: Derrière les troupeaux

Les 250 ans de 24 heuresSur les traces d’un ramasseur de crottes lors de la 11e Fête des Vignerons.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les cortèges des Fêtes des Vignerons évoquent les parades d’autrefois. En 1999, ils traversent la ville de Vevey, s’étirent jusqu’à La Tour-de-Peilz, et reviennent au rythme des chants et des musiques au cœur des arènes, où le public salue comme il se doit les derniers pas de cet extraordinaire rassemblement d’hommes et de bêtes. Avec Laurent Sandoz dans le rôle d’Arlevin, François Rochaix à la mise en scène, les musiciens Jean-François Bovard, Michel Hostettler et Jost Meier, le scénographe Jean-Claude Maret, le librettiste François Debluë, la Fête déroule son bonheur.

Mais, lorsque des troupeaux défilent dans une ville, ils laissent derrière eux leur signature en crottes ou en étoiles sur le bitume. Il faut donc des humains de bonne volonté, modestes, prêts aux besognes les plus élémentaires mais teintées de noblesse, on va le voir, pour cueillir avec efficacité mais aussi élégance ces présents incongrus.

Artistes de la pelle
En 1999, nous étions une vingtaine à œuvrer ainsi chaque samedi de la Fête, artistes de la pelle et du balai, de la brouette et de la brosse, et nous suivions les uns les chèvres, les autres les moutons, les autres les chevaux, ou les plus malchanceux les vaches. Les plus malchanceux? Oui, car pour avoir pratiqué l’art du ramassage rapide sur ces six kilomètres de rues et de quais, je peux affirmer que, si le cheval et le mouton ont l’amabilité de produire du solide, la vache est celle qui laisse les souillures qui exigent le plus d’habileté et de précision à la récolte.

Pour éclairer ma mémoire, je me suis plongé dans les chroniques que m’avait inspirées en 1999 ce travail partagé avec Bernard, le chef, Adèle, Karine, Philippe, Jean-Louis, Jean-Jacques et d’autres vaillants compagnons de cette confrérie des ramasseurs de crottes. En me relisant, tout me revient. Le miracle de la Fête en balade dans les veines de sa ville, dans ce grand corps qu’elle fait respirer d’une autre manière tous les vingt ans ou presque: «Ce cortège, ce défilé entre deux rangées de gens aux visages éclairés de bonheur apparent, avait l’allure d’une vie. Oui, un cortège, c’est une vie. On avance au rythme qu’on peut, on met de temps en temps un pied dans la m…, mais on avance, on avance…»

Dans les rues envahies
Sur les estrades installées dans les rues et envahies par la foule, nous voyons se lever pour nous des centaines de spectateurs subjugués par la grâce de la pelle et du balai. Des souvenirs: «On arrive, ils sourient, rient, nous acclament, nous envoient des baisers, soulèvent leur chapeau. Il y a les gens d’en bas, installés à notre niveau, qui nous parlent avec tendresse, tendent un verre, nous photographient, nous filment et demandent que nous répétions le ramassage puis le délestage, pour l’image. Il y a les gens d’en haut, perchés à leurs fenêtres qu’ils ont parfois équipées de matelas et de coussins, ils sont serrés, coincés, mais heureux. (…) A tous les étages, comme des trous de pics laissent passer les têtes des oisillons, les rectangles des fenêtres encadrent des visages qui nous suivent des yeux et attendent un regard, une réponse, un geste, un signe.»

Je ne voudrais pas réduire la Fête des Vignerons à ces événements ponctuels que constituent les cortèges, ni paraître exagérément satisfait de mon labeur d’alors. Mais tout de même, je crois que rendre ici un hommage à mes frères les ramasseurs de crottes, c’est saluer les innombrables anonymes, les jeunes et les anciens, les gens d’idées et les gens de geste, qui tissent leur toile, siècle après siècle, ensemble, pour que vive et revive la Fête des Vignerons.

«La m… que l’on ramasse rend heureux et nostalgique à la fois. La bouse de vache n’a pas d’odeur, j’en suis maintenant convaincu, elle a un parfum. Je hume les fragrances de notre brouette et je m’envole dans le passé et dans le futur en souhaitant que la campagne, la montagne, les paysans, les armaillis, ce monde-là ait un avenir. Comme la Fête.» Rendez-vous en 2019.

Créé: 06.12.2012, 22h07

Dossiers

Cette année-là...

1er janvier  La nouvelle monnaie unique européenne, l’euro (€), entre en vigueur.

2 avril Reprise des bombardements des Etats-Unis et du Royaume-Uni sur l’Irak.

17 août Un séisme de magnitude 7,4 détruit Kocaeli, près d’Izmit, en Turquie, et fait plus de 17 000 victimes.

27 juillet Un accident de canyoning fait 21 morts dans les gorges du Saxetenbach, au-dessus d’Interlaken (BE).

26 décembre L’ouragan Lothar cause la mort de 14 personnes en Suisse. Dégâts matériels pour un demi-milliard de francs.



L'image

Et de passer le mur du son

 Ce cliché montre un F/A-18 américain en train de passer le mur du son, quelque part au-dessus de l’océan Pacifique. Exceptionnel et admirable panache de condensation!

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.