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2010: L’emblématique Flon est passé en mains lucernoises

Longtemps oubliée, cette gigantesque enclave privée donne à la ville un cœur neuf et marchand

La plate-forme du Flon, telle qu'elle se présentait encore en 1986.
La plate-forme du Flon, telle qu'elle se présentait encore en 1986.
JEAN-FRANÇOIS LUY
Heure blanche dans les rues du Flon, en 2011: entre sorties de clubs et «afters».
Heure blanche dans les rues du Flon, en 2011: entre sorties de clubs et «afters».
CHRIS BLASER
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Le groupe immobilier lucernois Mobimo consolide ses positions à Lausanne en rachetant, en 2010, les 12 600 m 2 de l’ancien bâtiment de La Poste. Le lieu est idéalement situé, à deux pas de la gare. Un an plus tôt, il s’est porté acquéreur du LO Holding Lausanne-Ouchy SA pour 170 millions de francs.

Tout un quartier – une demi-douzaine d’hectares au cœur de Lausanne – quitte les mains des héritiers et successeurs du tanneur Jean-Jacques Mercier, qui avait littéralement fait sortir de terre la plate-forme du Flon.

L’histoire commence en 1856 avec l’arrivée du train, ligne Jura-Simplon, à Lausanne; dans les vignes, sur le replat de Mornex, bien en dessous de Saint-François. Mercier imagine un moyen d’acheminer les marchandises au centre, obtient de la Ville le droit de construire la «Ficelle», qui reliera Ouchy au Flon, avec arrêt à l’actuelle gare CFF; ainsi que la propriété de la portion de la vallée du Flon, qu’il fera remblayer à ses frais.

Les travaux commencent en 1875, avalent les arches inférieures du Grand-Pont, les moulins, les scieries et les habitations pauvres de cette zone négligée. Les Entrepôts fédéraux, les Magasins du LO sortent de terre, la plate-forme du Flon s’étend et se couvre de halles reliées par des rails. Un ascenseur à wagons les hisse jusqu’au toit de l’actuelle Fnac pour transborder les marchandises dans les trams.

Zone de mauvaise réputation

En 1930, une convention entre la Ville et la Compagnie du Lausanne-Ouchy fixe les règles d’implantation et la hauteur des bâtiments. Et le quartier vibre d’une intense activité jusqu’aux années 50, avant d’entrer progressivement en somnolence. La plate-forme de stockage a perdu son utilité, les entreprises émigrent. Largement désertée, quelque peu décrépite, entre parking semi-sauvage et terrain de racolage, la zone a mauvaise réputation.

La société du LO et la Municipalité ne s’entendent pas sur la transformation de cette étonnante enclave privée. En attendant une solution, le LO loue ses bâtiments à nombre d’artisans, d’artistes, d’entreprises, qui, dans les années 80, donnent au quartier une touche de Soho. Arrivé en 1985, le Moulin à Danses (MAD) se hisse parmi les meilleurs clubs du monde (et fait des misères à l’Atelier Volant voisin, dont les soirées latinos égratignent sa clause d’exclusivité).

Le quartier attire les galeries et les ateliers, les meubles vintage et les bistros plus ou moins alternatifs. Les fringues, les pompes suivront. Lorsque Municipalité et LO passent à l’action – plan d’extension, concours d’architectes –, les grandes manœuvres commencent. Des collectifs de citoyens et d’usagers s’indignent et se rebellent. La saga durera de 1984 à 2000, elle est racontée par l’activiste le plus engagé, Urs Zuppinger, dans un livre détaillé, un document sociologico-urbanistique*.

Deux fois épargné par l’abandon de la pénétrante à quatre voies chère à Marx Lévy en 1979-1980, puis par celui d’un quartier d’affaires faisant presque table rase de tout le bâti, le quartier occupe architectes et urbanistes: Ponts-Ville, Downtown, Dodeskaden, projet Botta-Mangeat... Les propositions s’affrontent et suscitent la fronde de groupements opposés à la destruction de l’âme du quartier.

Jusqu’à ce que Paul Rambert, patron du Groupe LO, mette tout le monde d’accord en imposant son plan, Flon-Vision, réalisé de 1999 à 2008, qui conserve largement l’alignement des bâtiments et des circulations tout en créant un quartier nouveau, axé sur la consommation et le loisir, autour de sa «Promenade urbaine».

Lorsque Mobimo rachète LO, la mue n’est pas terminée, plusieurs chantiers sont annoncés, la Ville prévoit un viaduc et la Maison du Livre et du Patrimoine. Après des décennies de léthargie, le Flon est en perpétuelle effervescence, mais le débat urbanistique et la controverse sur le privé et le public cèdent le pas aux polémiques sur la sécurité nocturne…

Réussite ou ratage? Les avis divergent, des noctambules accros aux nostalgiques de la période Soho, des réalistes résignés à la commercialisation aux idéalistes qui avaient rêvé d’un «cœur de ville vivant autrement». Tous tombent pourtant d’accord: la surprenante préservation de l’enclave du LO, jadis zone oubliée ou méprisée, a recentré Lausanne autour d’un cœur tout neuf.

Source: *Luttes-ô-Flon, Urs Zuppinger, Editions d’En bas, 2012.

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