2022 sera la date limite pour Broulis et Leuba

Stratégie Le Parti libéral-radical planche sur une limitation des mandats à 10 ou 15 ans. La demande vient de la base et du sommet du parti.

Image: Keystone

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Les voilà prévenus: s’ils avaient ne serait-ce qu’un instant imaginé rester après 2022, date des prochaines élections cantonales, c’est «non» pour les trois conseillers d’État du Parti libéral-radical (PLR). Pourquoi? Parce que la direction du parti planche désormais sur une limitation des mandats. La chose paraissait jusqu’ici inconcevable dans le parti de «la responsabilité individuelle».

En cause: la longévité de ses ministres actuels, qui bloque les stratégies électorales et oblige bon nombre d’autres candidats à apprendre la patience. Ainsi Pascal Broulis affiche déjà dix-sept ans au compteur, alors que Philippe Leuba et Jacqueline de Quattro en ont aligné douze. Mais cette dernière a prévu de partir au Conseil national à la fin de l’année. Ses deux collègues doivent donc s’attendre à passer la main dans trois ans.

Départs échelonnés

Parmi les pistes les plus sérieuses, on parle d’une limite de dix ans (deux mandats) ou de quinze ans (trois mandats), avec possibilité de dérogation en cas de besoin. «Il n’est guère envisageable que l’un ou l’autre de nos conseillers d’État, quel qu’il soit, puisse se représenter aux élections de 2022», explique Marc-Olivier Buffat, le président du PLR Vaud. «Au-delà de quinze ans, c’est quand même beaucoup. Nous avons demandé à notre secrétariat général et à notre commission juridique de préparer un projet de nouveaux statuts.»

Si le PLR a besoin d’une règle stricte, c’est parce que la longévité de ses ministres l’a mis dans la panade. L’idée était d’en voir partir un en 2017, puis un deuxième entre 2017 et 2022, et le troisième en 2022, pour faciliter l’arrivée de nouveaux candidats. Mais tous les intéressés n’ont pas joué le jeu. «Alors oui, ce n’est pas dans les gènes du PLR de fixer une règle stricte pour limiter les mandats, même avec des exceptions, concède Marc-Olivier Buffat. Il n’est pas démontré que cela fonctionne quand nous voyons le résultat au Parti socialiste, où les dérogations se décident à la tête du client.»

Le Parti socialiste vaudois, lui, a une limite de trois mandats, avec une dérogation possible. Pierre-Yves Maillard l’avait obtenue pour les élections de 2017, tandis qu’Anne-Catherine Lyon y avait renoncé face aux pressions.

15 ans, c’est une génération

Pour Marc-Olivier Buffat, une simple discussion avec les élus concernés devrait suffire dans l’idéal. Il ajoute qu’un parcours ministériel de quinze ans apporte un sacré background. Il y a un «mais». «Quand on arrive à cette longévité, il faut savoir se poser la question du renouvellement du parti et de la relève. En quinze ans, c’est une génération politique complète qui passe son chemin et des portes se sont fermées à plusieurs élus ces dernières années.» Les chiffres semblent confirmer son analyse (lire ci-dessous). D’ailleurs il n’y a pas que le sommet du parti qui phosphore. La base aussi demande une limitation. Philippe Sarda, conseiller communal à Bex, s’en est fait le porte-parole lors du dernier congrès du PLR à Épalinges. Lui milite pour une durée de dix ans, avec une dérogation possible. «Pascal Broulis a fait du très bon travail, s’empresse-t-il de préciser. Mais déjà dix-sept ans, c’est clairement trop. Le bien commun du parti doit l’emporter sur les intérêts personnels. Si certains bons candidats potentiels doivent attendre plus de dix ans, le risque est que certains se désintéressent de la politique en fonction de leurs opportunités professionnelles.»

La durée «casse» la relève

Ancien président du PLR, le conseiller national Frédéric Borloz fait le même constat et milite pour la même solution, disant regretter de ne pas avoir réussi à la mettre en place: «Lorsqu’un conseiller d’État entame son mandat, il a certains membres du parti autour de lui. Quinze ans plus tard, beaucoup ont disparu. En politique, plus vous durez, plus vous cassez la relève, alors qu’elle amène des idées nouvelles.»

Qu’en pensent les trois ministres PLR? Seule Jacqueline de Quattro s’exprime, par mail, via une de ses collaboratrices: «Mme de Quattro rappelle que lors de sa réélection en 2017, elle avait dit qu’elle ne se représenterait pas pour une nouvelle législature.» C’est-à-dire que celle-ci serait sa dernière et qu’elle atteindrait au maximum quinze ans.

Créé: 30.01.2019, 06h49

Quelle longévité pour les trois ministres PLR?



Pascal Broulis
Élu en 2002, puis réélu en 2007, en 2012 et en 2017.
Longévité actuelle: 17 ans.
Longévité aux prochaines élections:20 ans.



Jacqueline de Quattro
Élue en 2007, puis réélue en 2012 et 2017.
Longévité actuelle: 12 ans. Candidate au Conseil national, elle pourrait quitter le Conseil d’État à la fin de l’année.



Philippe Leuba
Élu en 2007, puis réélu en 2012 et en 2017.
Longévité actuelle: 12 ans.
Longévité aux prochaines élections: 15 ans.

Grand Conseil: 64 départs en dix-sept ans

En quinze ans, une génération politique s’en va. Si un ministre siège aussi longtemps, il fait le vide autour de lui. Les chiffres semblent donner raison à cet avis entendu au PLR. Ainsi, en 2002, le Grand Conseil comptait 75 députés libéraux et radicaux (anciens et nouveaux). Dix-sept ans plus tard, 64 ont disparu de la scène politique cantonale et fédérale. Parmi les 11 encore actifs, il y a le conseiller d’État Philippe Leuba, le conseiller aux États Olivier Français et les conseillers nationaux Frédéric Borloz, Olivier Feller, Isabelle Moret et Laurent Wehrli. Trois sont restés députés: Philippe Vuillemin, Philippe Cornamusaz et Catherine Labouchère. Deux autres le sont aussi, mais ont quitté le parti: Serge Melly et Jérôme Christen. Le même exercice avec les 51 députés de 2007 n’ajoute que quatre noms: Grégory Devaud, Rémy Jaquier, Pierre Volet, ainsi que Régis Courdesse (qui a rejoint les Vert’libéraux).

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