Trop de 50-64 ans scotchés à l’aide sociale

ExclusionLes seniors à l’assistance peinent à en sortir. Aussi du côté des Vaudois, même si la rente-pont amortit le choc.

Les chômeurs âgés, qui peinent à revenir sur le marché du travail, sont de plus en plus menacés par la nécessité de recourir à l'aide sociale.

Les chômeurs âgés, qui peinent à revenir sur le marché du travail, sont de plus en plus menacés par la nécessité de recourir à l'aide sociale. Image: Philippe Maeder

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En Suisse, 278'345 habitants ont reçu une aide sociale en 2017. Cela représente 3,3% de la population résidente. Le même taux que l’année précédente. Cette stabilité, communiquée en décembre dernier, pourrait rassurer alors que la Confédération vient de publier d’excellents chiffres sur le chômage au début de l’année.

Une tranche d’âge a toutefois de quoi se faire du souci: celle des 50-64 ans. Les chiffres suisses publiés en décembre confirment que les seniors, davantage frappés par le chômage de longue durée que les plus jeunes, se retrouvent de plus en plus nombreux à demander de l’aide. «Le risque de devoir recourir à l’aide sociale s’accroît de manière particulièrement marquée chez les 50-64 ans», note l’Office fédéral de la statistique, qui a mené une étude approfondie sur cette classe d’âge.

La Suisse comptait ainsi 38'484 seniors à l’aide sociale en 2011. En 2017, ils étaient 54'615, 16'000 de plus. C’est une augmentation de 40%, alors que la population de cette classe d’âge ne s’est accrue que de 14%. La proportion des aînés à l’aide sociale, par rapport à l’effectif total des habitants de 50 à 64 ans, est passée de 2,5% en 2011 à 3,2% en 2017. Ce taux a ainsi augmenté de 28%.

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Seniors vaudois aussi

Le Canton de Vaud, lui, se targue de voir son taux d’aide sociale global diminuer de 5,1% à 4,7%, alors qu’il augmente de 3,1% à 3,3% sur le plan suisse de 2011 à 2017. C’est une «bonne évolution», note le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS). Mais en regardant de plus près, il apparaît aussi que les seniors ont de plus en plus besoin de l’aide publique. «Nous avons une tendance similaire à celle de la Suisse, admet le DSAS. Mais en moins accentuée», ajoute-t-il. Le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale âgés de 50 à 64 ans passe de 5'335 en 2011 à 6'992 en 2017, soit une hausse de 31%.

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Le taux d’aide sociale vaudois des 50-64 ans passe de 4,1% à 4,6%. Soit une augmentation de 12%, nettement plus faible que l’évolution nationale (+28%). «Cette croissance moindre provient de la situation des plus de 60 ans, en particulier de la tranche 63-64 ans, où la baisse est de 40%», affirme Pierre-Yves Maillard, chef du DSAS. Pourquoi? «L’explication vient de la rente-pont introduite le 1er octobre 2011», répond le conseiller d’État. Les courbes (voir infographie) le confirment: l’augmentation du taux d’aide sociale des 56-64 ans fléchit dès 2012 du côté vaudois alors que la pente de la hausse reste forte sur le plan suisse.

Cette rente-pont s’adresse notamment aux seniors qui se trouvent au chômage en fin de droits. Calquée sur le régime des prestations complémentaires de l’AVS, elle permet d’éviter l’aide sociale, à partir de 60 ans pour les femmes et de 61 ans pour les hommes. Sur le plan financier, la rente-pont garantit un revenu plus élevé que celui des services sociaux. Et elle apporte la dignité de se retrouver «à la retraite» plutôt qu’«assisté». Alors que l’âge d’accession a connu des abaissements successifs, le nombre de bénéficiaires est passé de 75 au moment de l’entrée en vigueur en 2011 à 1'357 en 2017.

Les mesures

Mais la rente-pont n’est qu’un pansement. Elle ne s’attaque pas à la cause principale: les seniors au chômage exclus du monde du travail. La Conférence suisse des institutions sociales (CSIAS) a lancé la proposition, l’an dernier, de supprimer le système de fin de droits pour les plus de 55 ans qui ont perdu leur emploi. Ils percevraient des «prestations complémentaires pour travailleurs âgés» et auraient accès aux mesures des Offices régionaux de placement (ORP). «Cette proposition s’adresse à des gens qui ont travaillé, qui ont une formation et qui n’ont donc rien à faire à l’aide sociale», relève Corinne Hutmacher-Perret, du secteur droit et conseil de la CSIAS.


L'éditorial: Aux patrons d’engager des vieux


Une autre piste se développe sur le territoire vaudois. À la suite d’une expérience réussie à Lausanne, le Canton sera doté, à l’horizon 2020, de six «unités communes», où les conseillers ORP collaboreront avec les services sociaux. «À terme, nous doublerons la capacité de prise en charge des bénéficiaires de l’aide sociale dans le suivi des ORP», relève François Vodoz, chef du Service de l’emploi. Le nombre de personnes concernées passerait ainsi de 3'000 à 5'000 ou 6'000.


«Les chances de sortir de l’aide sociale sont réduites»

Avec un taux d’aide sociale de 3,2%, les 50-64 ans se situent juste au-dessous de la moyenne nationale globale (3,3%). Mais ce qui inquiète les observateurs, c’est la forte augmentation de ce taux par rapport aux plus jeunes: +28% chez les 50-64 ans entre 2011 et 2017 contre +8% chez les 18-35 ans et +12% du côté des 36-49 ans durant la même période. D’autres indices attirent leur attention (voir les infographies).

La durée de perception de l’aide sociale est plus élevée et croît plus rapidement chez les seniors sur le plan suisse. Dans le canton de Vaud, cette durée augmente à partir de 50 ans alors même qu’elle diminue au-dessous. Par ailleurs, les anciens bénéficiaires, bien davantage que les nouveaux, alimentent le besoin en assistance chez les 50-64 ans.

Autrement dit, passer le cap de la cinquantaine n’aide pas ceux qui se sont retrouvés «au social» à la fin de leur quarantaine. Bien au contraire, comme le résume l’Office fédéral de la statistique (OFS): «Pour la classe d’âge des 50-64 ans, les chances de sortir rapidement de l’aide sociale sont réduites.»

Un autre point surprend les enquêteurs de l’OFS. La part des bénéficiaires de l’aide sociale disposant d’une bonne formation est plus élevée chez les seniors que du côté des plus jeunes. «Le fait d’avoir une formation professionnelle ou supérieure ne protège que dans une moindre mesure les personnes de la classe d’âge des 50 à 64 ans de devoir recourir à l’aide sociale», soulignent les spécialistes.

Ces difficultés sont en grande partie liées au marché du travail. Le taux de chômage des seniors reste légèrement inférieur à la moyenne. Mais, relève la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS), «les travailleurs âgés qui perdent leur emploi parviennent rarement à réintégrer le marché du travail de manière durable. La proportion de personnes arrivant en fin de droits à l’assurance chômage est supérieure à la moyenne. Seule une personne âgée de plus de 55 ans sur sept retrouve une activité lucrative lui permettant de couvrir le minimum vital.»

Créé: 16.01.2019, 06h47

Ce que couvre l’assistance

Le revenu d’insertion (RI), accompagné de mesures d’aide à la réinsertion sociale et professionnelle, est octroyé aux personnes qui n’arrivent pas à assurer leur minimum vital. Leur fortune ne doit pas excéder 4'000 fr. (8'000 fr. pour un couple). Une personne seule reçoit, à titre de forfait d’intégration et d’entretien, 1110 fr. par mois (1'700 fr. pour deux, 2'070 fr. pour trois, etc.). Le loyer est aussi couvert: 1'010 fr. pour une personne, 1'208 fr. pour deux, 1'782 fr. pour trois ou quatre (source: CSR Lausanne).

37'048



C’est le nombre total de bénéficiaires vaudois de l’aide sociale en 2017 alors qu’ils étaient 278 345 au niveau national. La Suisse comptait 54 615 seniors à l’aide sociale l’an dernier alors qu’ils étaient 6992 du côté vaudois. Neuchâtel est le canton où le taux d’aide sociale est le plus élevé (7,5%), Vaud est quatrième.

«Nous doublerons la prise en charge des bénéficiaires de l’aide sociale dans le suivi des ORP»

François Vodoz, chef du Service cantonal de l’emploi

«La rente-pont explique la hausse moindre du taux d’aide sociale des seniors vaudois»

Pierre-Yves Maillard, conseiller d’État

«Nous devons aider les gens formés qui ont travaillé, ils n’ont rien à faire à l’aide sociale»

Corinne Hutmacher-Perret, droit et conseil à la CSIAS

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