A 95 ans, la doyenne des militantes repart pour un tour au Conseil communal

NyonElue depuis 56 ans, Gabrielle Ethenoz-Damond, mémoire vivante de la lutte syndicale et de la cause féminine, rempile au Conseil.

Gabrielle Ethenoz-Damond, 95 ans, se représente avec l’aval du PS nyonnais.

Gabrielle Ethenoz-Damond, 95 ans, se représente avec l’aval du PS nyonnais. Image: Olivier Allenspach

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Oh, je ne voulais pas y retourner, explique Gabrielle Ethenoz-Damond. Mais ma physiothérapeute m’a chambrée, elle m’a dit que ce serait bon pour moi.» Elle pose alors la question au Parti socialiste de Nyon: «Cela vous ennuie d’avoir une personne de 95 ans sur la liste? Ils m’ont répondu qu’ils seraient très honorés.»

C’est ainsi que la doyenne du Conseil communal de Nyon, élue depuis cinquante-six ans, se voit repartie pour un tour. Si les citoyens le veulent bien dimanche, elle ira encore siéger avec son véhicule électrique, sa canne et son enveloppe contenant les préavis de vote dans le panier à bagages, à l’arrière du véhicule.

Mémoire politique

Gabrielle Ethenoz-Damond, c’est une mémoire vivante de Nyon, mais aussi de la politique vaudoise, des luttes ouvrières, du combat des femmes pour l’égalité. Voûtée sous le poids des ans, elle raconte les grandes étapes de sa vie devant une table de cuisine encombrée de mots croisés. Née en 1921, la jeune Gabrielle montrait un esprit vif; matheuse, elle voulait devenir comptable après son certificat secondaire. Mais les années 1930 étaient dures, le chômage endémique, les études réservées aux hommes. «Il n’y avait pas de place pour les oisives, il fallait occuper la môme Damond», dit-elle. Elle fera une formation de décoratrice en céramique à la Manufacture des poteries fines de Nyon. «C’était ça ou rien.»

La doyenne des militantes nous montre, au mur de la chambre, son travail de fin d’apprentissage: un plat peint en bleu de Sèvres représentant le château de Promenthoux. Elle travaillera quatorze ans à la fabrique. En 1944, les employés de la Manufacture se syndiquent sous la bannière de la Fédération suisse des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), ancêtre du SIB. Elle tient les procès-verbaux. «J’en ai rédigé des armoires pleines, je ne sais pas ce qu’ils ont bien pu en faire.» A partir de 1952, elle passe secrétaire syndicale à plein-temps – poste qu’elle occupera jusqu’à sa retraite. «Ils m’ont confié les clés, les comptes, je leur ai tenu la boutique, raconte-t-elle. C’était un énorme travail administratif et on écoutait aussi les ouvriers. Certains parlaient de leurs problèmes de santé.»

«Affirmer ses droits»

Sa conscience sociale s’aiguise. Dans les années 1950, elle milite au sein de l’Association pour le suffrage féminin. «Mon père, qui était un progressiste comme pas deux, m’encourageait. J’ai appris pendant ces années-là qu’il ne faut pas se gêner d’affirmer et de revendiquer ses droits. On se faisait moquer et tourner en ridicule par certains hommes, traiter de bedoumes et de suffragettes, mais tant pis.»

En 1960, un an après l’obtention du droit de vote féminin cantonal, elle succède à son père au Conseil communal. Elle sera réélue première de la liste PS. En 1962, au gram dam de certains candidats masculins, elle fait partie des treize premières Vaudoises à entrer au Grand Conseil, où elle siégera dix-sept ans.

Gabrielle Ethenoz-Damond, nommée bourgeoise d’honneur de sa ville en 2009, pourrait s’enorgueillir de ce parcours de pionnière. Mais ce n’est pas son genre. Par politesse ou par élégance, elle préfère en rire: «Moi, je n’ai pas choisi grand-chose, j’étais plutôt comme Winkelried, c’est les autres qui me poussaient.»

Son tempérament de battante semble intact. Veuve depuis dix ans, dans une maison devenue plus grande, plus silencieuse, elle lutte aujourd’hui pour rester à jour en informatique, pour assumer son quotidien malgré les vicissitudes de l’âge. Au Conseil communal, les générations se succèdent: la doyenne ne connaît plus la moitié des gens. «J’y retrouve certains petits gars qui venaient à l’école du dimanche, où j’ai enseigné la catéchèse pendant cinquante ans.» Son enveloppe pour la prochaine séance est prête sur la table… (24 heures)

Créé: 23.02.2016, 06h57

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Macron et la France bloquée. Paru le 21 avril 2018.
(Image: Valott) Plus...