Anaïs Timofte porte les espoirs d’une gauche ultra et en colère

Election du 17 mars au Conseil d'EtatLa jeune diplômée au parler cash secoue le ronron de la campagne et s’est déjà imposée comme cheffe de file au Parti ouvrier populaire.

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«Venceremos!» Nous vaincrons! Salvador Allende, l’ancien président chilien renversé par les forces capitalistes, dans son cadre au mur, semble regarder la jeune femme tandis qu’elle tire quelques bouffées de cigarette. Elle, c’est Anaïs Timofte, 27 ans, cheveux mi-longs, veste de jean. Naturelle et sans chichi. Inconnue en décembre encore, la candidate du Parti ouvrier populaire (POP) a fait beaucoup parler d’elle depuis le début de la campagne. «Peut-être bien que j’ai peu de chances d’être élue, mais c’est important de se battre pour défendre des idées, dit-elle. La gauche populaire n’a pas à s’excuser d’être là!»

Anaïs Timofte parle cash et manie l’ironie. Sur Facebook, elle postait récemment une photo de la socialiste Rebecca Ruiz avec la légende «Gauche caviar» et une photo d’elle en vis-à-vis avec la légende «Gauche Coraya». Le ton est nouveau. Anaïs Timofte, c’est comme un vieux refrain communiste de Jean Ferrat réarrangé par Manu Chao sur un rythme de rap. Elle a séduit les Jeunes Verts et les Jeunes socialistes, qui appellent à voter pour elle.

Cette débutante en politique a montré de quel bois elle se chauffait dans le récent débat avec les autres candidats dans «Forum», de la RTS, distribuant des horions avec la vigueur d’un Philippe Poutou. Un coup sur le PS, «qui pratique le copinage à tous les niveaux de l’administration». Un coup sur la droite, «qui ne présente que des politiques pour une minorité». Un coup sur Jean-Michel Dolivo, «qui ne voit pas de problème à s’autoproclamer candidat de la grève des femmes». Anaïs Timofte est l’aiguillon de cette campagne. «Je n’ai ni argent, ni réputation, ni siège à perdre», dit-elle avec un sourire légèrement carnassier.

L’expérience de la précarité

La condition des classes populaires, elle connaît. Elle a grandi au Mont, puis dans le quartier de Valmont, entre une mère vendeuse et deux frangins. La famille ne roulait pas sur l’or. «Mon père a toujours été absent du paysage, ce qui a provoqué pas mal de soucis financiers à la maison.» Dès l’âge de 14 ans, elle a travaillé comme manutentionnaire, serveuse, vendeuse. À 18 ans, elle quitte la maison et s’installe à Renens. Elle se marie à 20 ans avec un ouvrier du bâtiment d’origine kosovare, puis accouche d’une petite fille.

À ce moment-là, Anaïs Timofte a déjà décidé de reprendre des études en sciences politiques, tout en travaillant. Elle mènera tout de front, dormant cinq heures par nuit, étudiant le dimanche. Elle vient de décrocher son diplôme et ambitionne de travailler pour un syndicat. Sa colère paraît sincère quand elle évoque les fins de mois difficiles: «Nous sommes trop nombreux à trimer à fond en ayant pourtant de la peine à payer nos factures.»

Elle est entrée au POP il y a deux ans seulement, mais le parti mise déjà gros sur elle. Peut-être bien la future tête de liste aux élections fédérales. «Elle m’impressionne par son engagement et sa façon de parler aux gens. Elle a une manière de s’affirmer avec beaucoup de naturel», admire le président du POP, Gavriel Pinson. Anaïs Timofte se sent «comme en famille» dans ce parti de gens authentiques, «où des petites retraitées se lèvent pendant les assemblées pour gueuler et dire qu’elles ne sont pas d’accord». Elle incarne le renouveau d’un POP qui sentait un peu la naphtaline et affirme aujourd’hui attirer des dizaines de jeunes adhérents.

Non à l’Europe

Anaïs Timofte défend l’environnement, mais en n’oubliant jamais l’aspect social. Ainsi, pas question de taxer les vols low cost: «Une centaine d’entreprises dans le monde génèrent 70% du CO2 d’origine humaine, il faut commencer par là.» Au registre des différences avec le reste de la gauche, la candidate est souverainiste: non à «une Europe qui est avant tout une association économique et où les gens sont traités comme des marchandises». Sa vision de la lutte des classes est sans concession: «On ne peut pas défendre à la fois une vendeuse et un patron de multinationale.»

Elle veut revaloriser le pouvoir d’achat; remettre sur les rails un projet de caisse maladie publique dont les primes tiendraient compte du revenu et de la fortune; étendre l’aide sociale au logement partout. Elle qui n’arrive toujours pas à se payer une opération pour ses dents de sagesse propose de relancer un projet d’assurance dentaire. «Le peuple a dit non, mais comme bien souvent les lobbies ont fait peur aux gens avec des histoires de sous. Plus grand monde ne vote. Au POP, nous voulons faire grandir nos forces et ne pas nous contenter de solutions molles. La colère grandit chez les gens et beaucoup ne croient plus dans la politique, je veux leur redonner cet espoir!»

Depuis ses Montagnes neuchâteloises, le conseiller national Denis de la Reussille admire la combativité de la Lausannoise: «C’est une femme intelligente et remarquable qui connaît les réalités de la vie. Il faudra compter avec elle désormais.»

Créé: 04.03.2019, 09h44

Bio

Naissance
Le 27 juillet 1991, à Lausanne.

État civil
Séparée, mère d’une fille de 6 ans, Eliza.

Formation
Elle a occupé divers emplois dans la manutention, la restauration et la vente (chez Maxi Bazar, chez McDonald’s, plus tard chez Tabac Besson) tout en étudiant. «J’ai dû garder un taux de travail à 70% en faisant mon bachelor. Finalement, j’ai pu avoir une bourse d’études, mais en luttant beaucoup»; assistante à l’UNIL, elle vient de décrocher son diplôme en sciences politiques.

Parcours politique
Entrée au POP en 2017, elle est actuellement vice-présidente du parti. Elle a rédigé avec Denis de la Reussille (PdT/NE) deux postulats pour le Conseil national: l’un pour défendre les travailleurs contre les systèmes à guidage vocal, l’autre pour plus de transparence dans les investissements publics.

Hobbies
«Honnêtement, je n'ai pas le temps d’en avoir.»

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