«Avec sa force de frappe, l'UCV est devenue un contre-pouvoir»

PolitiqueClaudine Wyssa est prête à rempiler à la tête de l’Union des communes vaudoises. L’heure d’un premier bilan.

Claudine Wyssa, présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), lors des assises de 2014, à Montreux.

Claudine Wyssa, présidente de l’Union des communes vaudoises (UCV), lors des assises de 2014, à Montreux. Image: Florian Cella-A

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En cinq ans, elle s’est imposée comme la voix des villes et des villages. Claudine Wyssa a trouvé un rôle sur mesure en présidant l’Union des communes vaudoises (UCV). A tel point que l’ancienne cheffe de file des libéraux, syndique de Bussigny et députée au Grand Conseil, se dit volontaire pour passer cinq années de plus à la capitainerie de ce paquebot qui transporte 286 communes sur les 318 que compte le canton.

Les assises du géant, samedi matin à Lonay, sont l’occasion d’un premier bilan.

L’UCV est devenue «un contre-pouvoir» dans le canton, se félicite sa présidente: «L’association s’est professionnalisée. Le processus était entamé depuis vingt ans, mais il s’est accéléré ces cinq dernières années.» Oubliée, la simple amicale de syndics qui se réunissaient au XXe siècle pour fraterniser autour d’un coup de blanc. La faîtière a désormais une force de frappe supplémentaire pour dialoguer avec le gouvernement: elle a engagé un économiste spécialiste des finances communales. «Il nous permet de faire des propositions qui tiennent la route, dit Claudine Wyssa. Le Conseil d’Etat peut toujours contester nos interventions sur le plan politique, mais pas nos méthodes de calcul.»

Facture sociale, première bataille

L’UCV a développé sa nouvelle envergure en bataillant sur la facture sociale, en 2013. «C’était la première fois que nous prenions l’initiative de lancer une négociation avec le Canton», souligne sa présidente. L’enjeu était évidemment financier. Les entités communales n’étaient plus d’accord de payer la moitié de la «douloureuse», soit plus de 600 millions de francs par an.

Le Conseil d’Etat a accepté de discuter, mais pas question de reprendre à son compte les deux tiers des coûts, comme l’exigeaient les communes. Au final, ces dernières ont tout de même obtenu un rééquilibrage de 700 millions ventilés sur plusieurs années, un allégement de leur participation pour la croissance de la facture sociale, et un allégement de leur contribution aux soins à domicile. Mieux que rien. «Au final, nous étions partagés entre la frustration et la satisfaction d’avoir eu quelque chose.»

Deux autres sujets institutionnels ont fait chauffer la plate-forme de discussions Canton-communes. Le premier, la mise en œuvre de l’accueil de jour des enfants (LAJE), qui a nécessité 25 séances de discussions pour trouver un accord global, «sur tout, sauf sur le point financier». L’UCV a alors imposé un autre mode de financement, via une motion de Christelle Luisier (PLR), soutenue par le Grand Conseil.

L’autre terrain d’affrontement est la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), que le Canton a décidé de mettre en vigueur dès 2017. Les communes réclament un dédommagement sur les pertes en attendant que la manne fédérale (30 millions pour les communes) ne prenne le relais, au plus tôt en 2019. Là aussi, l’association tente de se faire entendre par le biais du Grand Conseil.

«Discussions difficiles»

«Nous avons pu trouver de bons compromis avec le Conseil d’Etat, admet Claudine Wyssa, mais nous avons de la difficulté à nous faire entendre et respecter. Les discussions sont très difficiles.» Un point de vue que Pierre-Yves Maillard nuance. Le président du Conseil d’Etat considère le dialogue avec les communes comme une réussite: «Nous avons réglé des dossiers complexes en peu de temps. Beaucoup de réformes ont abouti, avec des enjeux énormes, également dans l’intérêt des communes.» La croissance de la facture sociale n’a rien d’une paille. «Plus de 4% par an, c’est grosso modo 60 millions, dont le Canton accepte désormais d’assumer les deux tiers, au lieu de la moitié», fait remarquer le ministre.

Sur la RIE III, il observe que le processus fera perdre de l’argent à certaines communes, mais en fera gagner à d’autres grâce à la disparition des statuts fiscaux. Sur ce sujet, il était nécessaire de renforcer la péréquation financière. «Nos propositions ont eu le mérite d’accélérer le processus, il appartenait ensuite aux communes de renforcer cet effort de solidarité entre elles, ce que l’UCV a fait», considère Pierre-Yves Maillard.

«Fructueux», dit Maillard

Des discussions difficiles? «Oui, reconnaît Pierre-Yves Maillard, les débats ont été corsés, c’est vrai, mais fructueux, y compris par exemple sur le financement de l’accueil de jour. Le résultat doit simplement être équilibré. Les communes sont nos partenaires. Je ne les considère d’ailleurs pas comme un «contre-pouvoir». Nous concourons ensemble à l’intérêt commun.»

«Quand on parle de finances avec le Canton, c’est plus facile»

D’autres motifs de «discussions corsées» se profilent: la loi sur l’aménagement du territoire (LAT), la péréquation financière ou le financement des soins à domicile. Mais le défi est également interne à l’UCV: il n’est pas évident de réunir villes et villages à une même table. «Quand on parle de finances avec le Canton, c’est plus facile, confie Claudine Wyssa, mais, quand je dois défendre des répartitions à l’interne, c’est autre chose. Entre ceux qui paient et ceux qui touchent, entre ceux qui veulent construire et ceux qui doivent dézoner, il y a un monde.» Qu’importe, elle signe pour rempiler. (24 heures)

Créé: 04.06.2016, 11h09

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