Ces Sardes qui veulent donner un canton maritime à la Suisse

InitiativeDes citoyens rêvent de placer l’île méditerranéenne sous l’aile de la Confédération helvétique. Lundi, ils tâteront le terrain au Grand Conseil vaudois.

Andrea Caruso (à g.) et Enrico Napoleone, initiateurs du futur canton maritime, ont marié dans un drapeau les symboles de la Suisse et de la Sardaigne.

Andrea Caruso (à g.) et Enrico Napoleone, initiateurs du futur canton maritime, ont marié dans un drapeau les symboles de la Suisse et de la Sardaigne. Image: Madeleine Schürch

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Ils ont débarqué dimanche soir sur les bords du Léman avec une bannière ornée d’une croix suisse entourée de quatre têtes de Maures, et des piles de tracts dans les valises. Andrea Caruso et Enrico Napoleone sont les ambassadeurs d’une folle idée qui avait, il y a une année, suscité l’intérêt amusé de toute la presse internationale: faire de la Sardaigne, deuxième plus grande île de la Méditerranée, le 27e canton suisse! Si cette initiative citoyenne et apolitique, qui réunit désormais plus de 13'000 sympathisants sur Facebook, a d’abord été lancée à titre de provocation, ses auteurs ont depuis potassé le sujet. Pour eux, une union de la Sardaigne à la Suisse, qui passerait par un processus d’autodétermination, aurait des avantages pour les deux territoires. L’île y gagnerait son indépendance face à une Italie qui ne la considère que comme une colonie à exploiter. Elle pourrait réformer son système politique et administratif sur la base du modèle suisse, synonyme de démocratie, de sérieux, de performance et de respect des langues et des minorités.

De son côté, la Suisse gagnerait une ouverture sur la mer et une surface correspondant à la moitié du territoire helvétique. La Sardaigne, peuplée seulement de 1,6 million d’habitants, soit moins de 70 au km 2, a de l’espace à revendre, est riche en histoire, en paysages naturels, en vestiges archéologiques, dont les fameux sites nuragiques de l’âge du bronze. Elle pourrait y investir dans le tourisme, la santé, les infrastructures, l’agriculture de pointe ou encore y ouvrir des écoles hôtelières.

Tutelle helvétique

«La Sardaigne a un potentiel extraordinaire, mais 150 ans de domination italienne ne nous ont rien apporté. Elle a transformé ses habitants en assistés», résume Andrea Caruso. Ce n’est pas la richesse de la Suisse qui intéresse ce dentiste aisé, issu d’une bonne famille de Cagliari, mais son savoir-faire. S’il recherche aujourd’hui sa tutelle, c’est parce qu’il en a marre de l’immobiliste, de la bureaucratie, du clientélisme et de la corruption à l’italienne et qu’il est convaincu que la Sardaigne ne peut s’en sortir seule.

«J’aime ma terre, mais pas le système. On paie tellement de taxes qu’il ne nous reste rien. Nous avons trop peu de tourisme car le pays est mal géré. Mais les Sardes n’ont pas la mentalité pour faire la révolution», lance ce patron d’un magasin de spécialités locales. Il est vrai que les belles plages, les bons vins et la joyeuse animation qui règne sur les terrasses ensoleillées de Cagliari ne compensent pas tout. Enrico Napoleone ne se lasse pas de compter les friches industrielles et les emplois perdus sur cette île qui compte près de 20% de chômage, 50% chez les jeunes. «Là, ce sont des sites militaires abandonnés, mais non réaffectés qui occupent toute la côte. Là, c’est un hôpital qui a déménagé, mais le bâtiment reste vide.»

Autonomie en question

La Sardaigne bénéficie pourtant depuis 1948 du statut spécial d’autonomie, lié à un plan de relance économique et sociale pour cette île essentiellement rurale. Mais les fonds italiens ont été placés dans de grosses industries, comme la pétrochimie, le textile ou l’aluminium. «Entre les années 60 et 90, la santé et l’emploi se sont donc améliorés et l’école et la TV ont contribué à développer une unité culturelle avec l’Italie. L’aspiration à l’indépendance, qui était née dans les années 20, s’est donc émoussée. Mais elle a repris avant le tournant du siècle quand cette économie importée s’est effondrée», rappelle Giuseppe Meloni, journaliste à L’Unione Sarda. «Mais aux dernières élections régionales, il y a une année, ces mouvements autonomistes n’ont pas percé. Pourtant, selon divers sondages, 40% des Sardes seraient en faveur de l’indépendance», précise le chroniqueur politique.

Comme tout le monde, il a cru à une boutade, lorsque l’idée d’un canton maritime a été connue. Mais avec le temps, même Franciscu Sedda, secrétaire du Parti des Sardes, ne la considère plus comme folklorique. «Elle a au moins l’avantage d’élargir le débat sur l’avenir de la Sardaigne. Mais à mon avis, notre île doit se réformer elle-même, revoir son statut d’autonomie ou prendre son sort en main comme l’a fait la minuscule île de Malte, entrée dans l’Europe». (24 heures)

Créé: 19.04.2015, 15h17

Antonio Mura, sommelier

«Ici, on a tout dans un coffre-fort, mais pas la clef pour l’ouvrir! Il y a un abysse entre nos services et ceux de pays comme la Suisse. On devrait devenir indépendant de l’Italie, qui nous vole tout. Mais y arriver seul.» (Image: DR)

Susanna Sorchi, commerçante

«Je n’ai pas entendu parler de cette idée, mais j’ai toujours eu de bons échos de la Suisse. D’abord, les Sardes devraient faire leur mea culpa. Ils n’ont pas de base civique et le cerveau pas assez ouvert!» (Image: DR)

Giancarlo Verdi, pêcheur

«Avant, j’étais dans la construction, mais tout s’est effondré. Pour moi, se séparer de l’Italie, c’est une évidence. Se rallier à la Suisse, qui est un pays fort et hors de l’Europe, ça me plairait. Mais cela ne se fera jamais…» (Image: DR)

Une escapade vaudoise pour soutenir leur pétition

Ce n’est pas seulement parce que les armoiries de sa commune arborent aussi le buste d’un Maure que le syndic d’Avenches recevra mercredi les initiateurs du canton maritime. «Je ne m’implique pas dans ce projet, mais j’aime les gens qui se battent pour une idée, même farfelue. Cette imagination au pouvoir me plaît, s’exclame Daniel Troillet. D’autant plus que je suis binational italien et que la région d’où vient ma mère, le Sud Tyrol, a des velléités pour retourner à l’Autriche!»

Mardi, c’est son collègue député Jacques Perrin, chevalier de la République italienne, qui introduira la délégation sarde au Grand Conseil vaudois, où elle assistera à la fin des débats. Car nos deux Sardes comptent sur leurs relais de compatriotes établis à Lausanne et ailleurs pour fonder une association suisse «Canton maritime», dans l’idée de sonder la population et la pousser à signer la pétition en ligne soutenant leur projet sur www.cantonmarittimo.org.

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