Chauffard d’un soir et braqueur d’un jour, il chamboule deux vies

ProcèsLa même année ce trentenaire a provoqué un grave accident et attaqué la poste de Saint-Sulpice. Il peine à s’en expliquer.

Le Tribunal correctionnel de Lausanne a condamné Abel à trois ans et demi de prison.

Le Tribunal correctionnel de Lausanne a condamné Abel à trois ans et demi de prison. Image: Odile Meylan

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«Lors de ces événements, j’étais un danger public. Ce que j’ai fait était stupide et ne me ressemble pas. Je ne voulais pas ce qui est arrivé. Je suis vraiment désolé.» Abel* n’est pas un délinquant multirécidiviste qui piétine la loi au quotidien. D’ailleurs son casier judiciaire est vierge. Mais au cours de l’année 2017, deux dérapages incontrôlés ont provoqué des dégâts irréversibles dans les existences de deux femmes. Il s’est retrouvé lundi et mardi devant la Cour correctionnelle du Tribunal de Lausanne accusé de lésions corporelles simples et tentative de brigandage.

Premier épisode au mois de mars. Alors qu’Abel roule à tombeau ouvert dans les hauts de Lausanne, sous l’emprise de l’alcool et de coke à la suite d’une nuit en boîte, il est pris en chasse par une patrouille de police. Tentant d’y échapper, il emboutit à plus de 140 km/h le véhicule d’une jeune Securitas et assistante en pharmacie qui roulait à faible allure sur la voie inverse.

«J’ai juste vu les quatre ronds de la marque Audi, puis une tache noire. J’avais le pied sur le frein, mais je n’ai rien pu faire», raconte-t-elle. Résultat: des douleurs à vie et une réorientation professionnelle. «Ce n’est pas un banal accident de la circulation, c’est un comportement criminel, s’est exclamée la procureure Ximena Paola Manriquez, évoquant les images «impressionnantes» des véhicules détruits. Les passagers de monsieur, cette conductrice et le prévenu lui-même doivent avoir un ange gardien!»

Blessé également, Abel fait six semaines d’hôpital, perd son emploi et s’enfonce dans cette «année merdique», selon ses termes. Le jeune papa de deux enfants vit «un passage à vide monstrueux», relate son défenseur, Pierre-Yves Court. Abel est séparé et lourdement endetté. Alors quand un pote lui fait miroiter 10'000 francs pour l’aider à attaquer la poste de Saint-Sulpice, il se laisse convaincre.

Fausse arme, vraie déroute

«Un premier agresseur a posé son arme partout sur moi: sur les tempes, la tête, la poitrine, détaille l’ancienne responsable du bureau postal. Je me suis dit: «Ce n’est pas vrai, ça ne va pas recommencer!» J’avais déjà subi un hold-up trois ans plus tôt. J’étais assez énervée qu’il y ait encore des gens assez stupides pour faire ça.»

Cette colère lui insuffle un «courage inouï», salué par le Parquet. Plaquée à terre par le prévenu, un bras cassé dans la bataille, cette femme en traitement pour un cancer du sein trouve la force de se débattre et de crier pour alerter une collègue à l’intérieur, qui prévient la police. «Ils m’ont menacée de mort plusieurs fois, mais j’avais vu l’arme de près, je savais que c’était du plastique», relate-t-elle sobrement.

S’ensuivra une chasse à l’homme mobilisant de nombreuses patrouilles, y compris un hélicoptère et la brigade d’intervention du détachement d’action rapide et de dissuasion (DARD). «Je me suis dit: «Ouf, je suis encore en vie. Et ils n’ont rien pris! C’est aussi une satisfaction», affirme la victime. Depuis, elle a dû réduire son taux de travail, touche désormais l’AI et continue de frissonner à la vue de lunettes noires ou de capuches.

Abel admet ses erreurs et se dit disposé à payer un tort moral à ses victimes sans moufter, une hypothèse toutefois lointaine compte tenu de sa situation financière. Il a purgé l’an dernier 6 mois de détention provisoire et s’est pris en main, consultant le service d’addictologie du CHUV pour tourner le dos à l’alcool et à la drogue, dont il se dit consommateur seulement occasionnel.

«Culpabilité lourde»

Son repentir n’a pas convaincu le Ministère public, qui a requis 4 ans ferme et une expulsion pour cinq ans du territoire suisse. Le tribunal l’a condamné à 3 ans et demi de prison: «Sa culpabilité est extrêmement lourde. Il n’a pas hésité à porter atteinte à l’intégrité physique de plusieurs personnes. Son comportement est d’autant plus détestable et révoltant qu’il invoque la consommation et ses problèmes d’argent pour se dédouaner.» Les juges ont renoncé à l’expulsion de ce Portugais qui a grandi en Suisse et y a fondé sa famille. Son défenseur annonce qu’il fera appel.

* Prénom d’emprunt

Créé: 05.11.2019, 21h29

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