Christiane Langenberger, symbole d’une droite courtoise et féminine

Cahier noirAncienne parlementaire à Berne, première présidente des radicaux suisses, la résidente de Romanel-sur-Morges est décédée dimanche à 74 ans.

Christiane Langenberger félicitée par la conseillère fédérale Ruth Dreifuss lors de son élection au Conseil national en 1995, qu’elle quittera en 2007.?

Christiane Langenberger félicitée par la conseillère fédérale Ruth Dreifuss lors de son élection au Conseil national en 1995, qu’elle quittera en 2007.? Image: ASL

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De la classe. Du courage. Du respect. De la courtoisie. Celles et ceux qui, surpris et choqués, ont appris la nouvelle lundi soir, ont tous eu les mêmes mots pour qualifier Christiane Langenberger. Figure importante de la politique suisse du début de ce siècle, la radicale vaudoise a été emportée dimanche par une longue maladie. Elle avait 74 ans.

«C’était une grande dame de la politique», avance Yves Christen. Le Veveysan partageait avec Christiane Langenberger un radicalisme centriste, humaniste, que cette fille de fonctionnaire fédéral des douanes avait teinté d’une volonté douce mais ferme de faire entendre la voix des femmes en politique.

Née à Berne de parents romands, Christiane Langenberger avait caressé le rêve du théâtre, suivant une école à Paris. En 1964, elle avait vécu l’Expo nationale comme hôtesse et présentatrice. Mariée à Jean Langenberger, un instructeur militaire puis brigadier, elle n’avait percé que tard dans le monde politique. Une carrière, commencée en réaction à la non-élection de Lilian Uchtenhagen, en 1983, qui allait crescendo depuis le début des années nonante: présidente des femmes radicales vaudoises (1991), élue au Grand Conseil vaudois (1994) puis au Conseil national (1995), comme première des viennent-ensuite. Coup d’éclat en 1998: après une longue hésitation, elle s’était portée candidate à la succession de Jean-Pascal Delamuraz, contre Pascal Couchepin, poussant le Valaisan à cinq tours de scrutin. Un an plus tard, elle entrait au Conseil des Etats. Le libéral Hubert Reymond, qui l’y avait précédée, se souvient: «C’était une bonne bourgeoise de droite. Comme souvent avec les femmes radicales vaudoises, elle avait cette capacité de faire la différence entre un féminisme exacerbé et la nécessité d’une certaine égalité. Non seulement entre les sexes, mais aussi avec les autres sensibilités politiques.»

Le socialiste Michel Béguelin abonde. «Dans les intérêts du canton, je peine à me souvenir du moindre accroc entre nous. Nous arrivions même à nous accorder sur des questions militaires. Avec elle, le dialogue était permanent, constructif», dit celui avec qui elle a formé, huit ans durant, le tandem vaudois au Conseil des Etats.

«Une vraie grandeur»

En janvier 2003, alors que son parti ploie sous les reproches, que la faillite de Swissair a raison du président radical, le Zurichois Gerold Bührer, Christiane Langenberger relève le gant. Président du Conseil national cette même année, Yves Christen rappelle qu’«elle fut la première femme à présider les radicaux suisses, à un moment où personne d’autre ne voulait le faire, où le parti était en chute libre. Parfaitement bilingue, elle était «Arena-compatible». Il n’y avait pas beaucoup de Romands à pouvoir donner pareil change à l’époque. Avec diplomatie, alors qu’elle était de l’aile Delamurienne, elle a su composer avec la droite économique zurichoise qui ne voulait pas d’elle. Dans cette période, elle a fait preuve d’une vraie grandeur politique.» Son vice-président, le Zurichois Rudi Noser, se souvient avec émotion: «C’était une politicienne valeureuse et une très bonne collègue. Nous formions un bon duo, très complémentaire. Une femme chaleureuse, spontanée, dotée d’un profond sens de l’humour. Malgré la crise que traversait le parti, qu’elle a repris avec courage, nous avons souvent partagé des éclats de rire.»

Loin des parties de rires, la présidence du PRD a été pour Christiane Langenberger un dur combat, marqué par le recul du parti lors des élections fédérales d’octobre 2003, et par les attaques de l’aile droite alémanique. Quatorze mois après son accession à la présidente, la Vaudoise jetait l’éponge. Rolf Schweiger lui succédait, pour quelques mois seulement, avant l’arrivée de Fulvio Pelli. «J e l’aimais bien, Christiane, se remémore le Tessinois. Elle a été, avec Peter Tschopp ou Yves Christen, de mon premier cercle d’amis au Conseil national. Elle a ouvert la voie à ces Romands qui allaient peser dans la conduite des partis nationaux.»

«Elle fait partie de ces femmes qui ont été déterminantes pour ma génération, qui ont montré que c’était possible», confie Géraldine Savary. L’actuelle conseillère aux Etats (PS) veut aussi défendre «la gentillesse» de Christiane Langenberger. «Ce trait de caractère lui a été reproché. Je trouve cela injuste. C’est une qualité rare.»

Pour le ministre vaudois des Finances Pascal Broulis, qui avait été dans son équipe de campagne à la fin des années 90, Christiane Langenberger s’en est allée comme elle a vécu: avec dignité, en cachant ses tourments – elle que la maladie, puis la mort de son mari avaient profondément affectée. «Elle avait du courage», conclut-il. Les obsèques de Christiane Langenberger auront lieu samedi, à Romanel-sur-Morges, village dont elle fut aussi conseillère municipale.

Collaboration: Claude Ansermoz (24 heures)

Créé: 17.08.2015, 20h31

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