Climat: les médecins rejoignent la lutte

EnvironnementLe réchauffement a déjà un impact sur notre santé, répètent les soignants. Ils montent au front, depuis peu.

Le corps médical se rend visible lors des manifestations, depuis peu. Ici: à Lausanne, le 14 décembre, avec Extinction Rebellion.

Le corps médical se rend visible lors des manifestations, depuis peu. Ici: à Lausanne, le 14 décembre, avec Extinction Rebellion. Image: CYRIL ZINGARO KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Voilà des années que l’Organisation mondiale de la santé répète que le changement climatique représente la plus grande menace pour la santé dans le monde au XXIe siècle. Étrangement, on entendait peu les médecins sur le sujet. Devenus plus visibles, dernièrement, dans la lutte contre le réchauffement, les professionnels de la santé montent au front pour sonner l’alarme. On les a vus lors de la manifestation pour le climat à Berne, le 28 septembre. Rebelote à Lausanne, le 14 décembre: une quarantaine de blouses blanches ont bloqué la rue Centrale avec Extinction Rebellion. Le 17 janvier, elles défilaient au côté de Greta Thunberg dans la capitale vaudoise.

Des groupements voient le jour; le mouvement s’organise. L’Alliance suisse des professions de la santé pour le climat, fondée en 2019, a lancé un appel d’urgence pour que les décideurs «reconnaissent que la crise climatique constitue une grave menace pour la santé humaine et prennent en urgence les mesures nécessaires».

Plus mortel que la malaria

«Pas mal de choses ont bougé depuis un an et demi», convient le Pr Nicolas Senn, responsable du département médecine de famille à Unisanté. Membre de la jeune association vaudoise Engagés pour la santé qui défend un système sanitaire équitable et soucieux de l’environnement, il a participé à de nombreuses manifestations. «Il y a peu, une association comme Médecins en faveur de l’environnement était confidentielle. Aujourd’hui, le sujet commence à être dans pas mal de discussions. Même les institutions en parlent et prennent des mesures.» La sienne a interdit les déplacements professionnels en avion pour des distances de moins de 1000 km ou dix heures de train. «Il y a urgence à agir, insiste le médecin vaudois. Les enjeux liés au réchauffement et à la dégradation de l’environnement pour la santé humaine ne sont plus à démontrer, tant les données de la littérature scientifique sont probantes. Mais les gens associent peu le réchauffement à un problème sanitaire. Notre rôle est de dire qu’ici et maintenant, il a déjà un impact sur la santé de la population. C’est un problème actuel!»

Le réchauffement et la pollution sont les deux grosses conséquences du changement climatique, induisant problèmes respiratoires, maladies cardio-vasculaires, allergies au pollen… La fréquence des canicules augmente; elles occasionnent à chaque fois une hausse de la mortalité. «Il y a environ 1'000 morts de plus en Suisse durant les étés caniculaires, note le Dr Senn. C’est plus ou moins le double de la grippe.» Il observe que les insuffisances rénales et les décompensations psychotiques augmentent pendant ces épisodes. Quant à l’exposition à la pollution causée par les particules fines, «elle cause 7 millions de morts par an dans le monde. Et 300 en Suisse», indique Valérie D’Acremont, professeure responsable du secteur santé globale à Unisanté. «L’Europe compte parmi les continents où il y a le plus de mortalité due à la pollution», précise Nicolas Senn.

La Pre D’Acremont a signé la lettre ouverte du monde académique suisse soutenant Extinction Rebellion. Elle rappelle les déterminants sociaux de la santé, altérés dans de nombreux pays: perte d'habitat à la suite d’un incendie ou de la montée des eaux, migrations de masse, pauvreté, malnutrition, etc. «On considère que le réchauffement occasionne un excès de mortalité mondiale d’environ 10 millions de personnes, résume le Dr Senn. C’est vingt fois plus que la malaria.» Parlons de la malaria, justement. Elle fait partie des maladies infectieuses qui étendent leur empire. «Les moustiques porteurs de maladies prolifèrent partout dans le monde, causant l’extension des maladies tropicales comme la malaria ou la dengue», s’inquiète Valérie D’Acremont. Jusque chez nous. Le moustique-tigre, vecteur de la dengue, du Zika et du chikungunya, s’est établi progressivement au Tessin, à Zurich et à Bâle. Sa présence à Genève a été attestée en 2019.

Légumes et sécheresse

Autre sujet d’inquiétude: la sécurité alimentaire. L’augmentation des phénomènes météo extrêmes engendre une réduction de la production globale. La crainte est la suivante: les denrées deviendront plus rares, donc plus chères. Face aux prévisions de sécheresse, un plan d’un milliard de francs pour l’irrigation et l’assainissement des terres agricoles du Seeland – région surnommée le potager de la Suisse – est en discussion.

Comment les soignants doivent-ils s’engager? Que dire aux patients? En mars, Nicolas Senn coanimera un atelier sur ces questions au Geneva Health Forum. «Il vise à aboutir à une ligne directrice. Il va falloir s’adapter, former les soignants à prendre en charge ces pathologies et inciter les patients à diminuer les émissions de CO2. Manger mieux et bouger plus sont bénéfiques à la fois pour la santé et le climat, par exemple.»

Le Vaudois œuvre aussi pour l’intégration du sujet dans l’enseignement en médecine générale et développe des activités de recherche. «Nous venons de finir une étude sur l’écoconception du cabinet. L’idée est de pouvoir calculer l’impact CO2 d’une consultation et de faire une série de recommandations. Il faut prêcher par l’exemple.»

Créé: 24.01.2020, 06h53

L’appel d’un ponte

Le rédacteur en chef de «The Lancet», l’une des revues scientifiques médicales les plus prestigieuses du monde, a enjoint fin 2019 les soignants à se mobiliser pour dénoncer les changements climatiques et l’inaction des gouvernements.

«Tous les professionnels de santé ont la responsabilité et le devoir de s’engager dans toute forme de protestations sociales non-violentes liée à l’urgence climatique, estime Richard Horton. C’est le devoir d’un docteur.» Un appel non masqué à la désobéissance civile. «Cela a fait son effet», note le Dr Nicolas Senn.

«La crise climatique est aujourd’hui l’une des plus grandes menaces pour la santé de l’humanité», a déclaré Richard Horton. Pourtant, le monde n’a pas encore vu de réponse des gouvernements à la hauteur de l’ampleur de ce défi sans précédent auquel la prochaine génération est confrontée.»

Articles en relation

Réchauffement climatique: les médecins montent au front pour sonner l’alarme

Santé Une centaine de professionnels ont manifesté à Berne, le 28 septembre dernier. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.