Comment l'Etat de Vaud pratique l'économie verte

Initiative du 25 septembreL’économie durable est un objectif des collectivités publiques. Elle implique un gros travail de conception.

La CADEV travaille avec du papier recyclé.Le marqueur écolo était séduisant, mais il séchait trop vite, ce qui aurait impliqué des commandes répétées et consommatrices de ressources.Les mines des crayons ne doivent pas comporter de plomb.

La CADEV travaille avec du papier recyclé.Le marqueur écolo était séduisant, mais il séchait trop vite, ce qui aurait impliqué des commandes répétées et consommatrices de ressources.Les mines des crayons ne doivent pas comporter de plomb.

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Comment une entité publique se comporte-t-elle au moment d’acheter ses fournitures? Faut-il faire dans le bon marché pour épargner l’argent du contribuable, ou au contraire miser sur la qualité durable? Ces questions sont au cœur de la problématique remise sur le devant de la scène par les écologistes, avec leur initiative «Pour une économie verte». Afin d’apporter des éléments de réponse, nous sommes allés voir la CADEV, la Centrale d’achats de l’Etat de Vaud. C’est elle qui approvisionne les services en fournitures administratives et scolaires, en matériel de photocopie et d’informatique, ainsi qu’en mobilier neuf et d’occasion.

La CADEV est située au Mont-sur-Lausanne, où la zone industrielle du Budron domine la ville. C’est là, dans un rectangle de béton, que la Centrale achète, stocke et livre tout ce que l’administration et les écoles utilisent. Issu du monde de l’économie, le directeur, Eric Aellen, y rejoint chaque jour son bureau du deuxième étage pour imaginer les meilleures combinaisons entre les besoins et les exigences de ceux avec qui il travaille. «Autant que faire se peut», comme il dit, la politique d’achats de l’administration publique qu’est l’Etat de Vaud doit montrer l’exemple et atteindre les objectifs du développement durable.

Cela implique beaucoup de réflexion en amont, car les objets acquis doivent consommer le moins de ressources possibles et avoir été produits dans des conditions respectueuses de l’environnement et de l’humain. Ils doivent enfin, le plus possible, pouvoir être recyclés.

La logique du partenariat

La CADEV imprime aussi des publications et se charge d’organiser le courrier de l’Etat. Autant d’allers et venues qui doivent faire sens à chaque stade de leur développement. «Nous considérons nos fournisseurs et nos acheteurs (ndlr: les services de l’Etat) comme des partenaires, énonce Eric Aellen. Il faut que ce que nous achetons corresponde précisément aux besoins, tout en répondant aux critères environnementaux.»

Eric Aellen évoque les questions qu’il doit se poser dans les plus petits détails: «Prenez les marqueurs. J’en ai achetés qui étaient faits en de fibre naturelle au lieu de plastique. Or, il se trouve qu’ils séchaient trop vite parce que le bouchon n’était pas assez étanche. Ce n’était, au final, pas écologique puisqu’il aurait fallu en faire des commandes répétées et donc consommer plus. J’en ai parlé au fournisseur qui cherche pour l’instant une solution.»

Mines de crayons sans plomb, papier recyclé, enveloppes à doubles fenêtres pour ne pas avoir à imprimer des en-têtes, mobilier de bureau uniformisé: les exemples sont innombrables, sans compter tout le travail de sélection opéré sur le matériel informatique (lire en page 19).

L’idée est d’entrer dans des cercles vertueux. L’achat d’une chaîne d’impression à jet d’encre au lieu de toner répond, par exemple, à cette nécessité: «Notre centre d’impression et de mise sous pli des bulletins et autres bordereaux a été complètement revu, poursuit Eric Aellen. Nous utilisons désormais la technologie jet d’encre parce qu’elle est moins nocive que le toner. Le système d’alimentation du papier en rouleau implique moins de travail de portage pour les collaborateurs. La machine dégage moins de chaleur, ce qui implique moins de climatisation. Nous devons aussi travailler en fonction de l’économicité: c’est l’argent du contribuable!»

Le fournisseur qui désire travailler avec une administration publique comme l’Etat de Vaud doit se lever de bonne heure. Les critères listés dans les appels d’offre sont à la fois écologiques et sociaux. Mais une fois que le fournisseur est admis, l’Etat développe une relation d’échanges continus avec lui. «Il pense avec nous, insiste Eric Aellen. Ces interactions sont essentielles.»

L’administration qui va «au-devant des gens» consacre ainsi une nouvelle époque, où la logique du développement durable ne semble pas être un vain mot.


Vaud, premier canton suisse à signer avec Electronics Watch

Le 1er juillet dernier, l’Etat de Vaud est devenu un affilié d’Electronics Watch, une organisation danoise qui regroupe des acheteurs publics pour les aider à protéger les droits humains dans la chaîne de production du matériel informatique. «Electronics Watch s’est constituée en association au sens de la loi danoise il y a quelques années», rapporte Valérie Bronchi, cheffe de projet au sein de l’Unité de développement durable de l’Etat de Vaud. L’entité travaille avec des ONG sur le terrain dans les pays à risques (Philippines, Mexique, Chine, par exemple) où les conditions de travail peuvent être incroyablement dures.

Elle enquête en permanence sur le terrain pour traquer le travail forcé ou à peine rémunéré, ainsi que les conditions sanitaires dangereuses. Soutenue par l’Union européenne, Electronics Watch vit aussi de la cotisation de ses membres, qui versent leur écot annuel en fonction de leur volume d’achats. «Les problèmes sont nombreux et complexes, poursuit Valérie Bronchi. Le but est que la chaîne de production s’améliore.»

Plus le nombre d’affiliés est grand, plus cette «initiative multi-acteurs» donne à l’acheteur une vision de ce qui se passe dans la fabrication des produits informatiques: «C’est un levier d’action important vis-à-vis des fournisseurs. Tous les affiliés interpellent les vendeurs (ndlr: comme Dell ou HP) sur les mêmes sujets, ce qui les oblige à monter leurs exigences face aux producteurs des produits de base.»

Cela coûte-t-il plus cher à l’acheteur? La démarche peut faire grimper le prix d’achat à terme. «Mais il ne faut pas se focaliser sur ce premier prix, ajoute Valérie Bronchi. Les coûts d’utilisation sont tout aussi importants. C’est comme lorsqu’on achète une voiture: il faut compter avec ce qu’elle va consommer.» (24 heures)

Créé: 22.09.2016, 07h32

La société de consommation reste un obstacle

Selon le municipal Vert Jean-Yves Pidoux, ancien prof d’Uni, la notion d’économie circulaire s’est développée dès les années 1990: «C’est une économie où chaque coût est intégré et où il s’agit de trouver des processus en boucle, pour minimiser les impacts.» La redéfinition du rapport économique entre l’homme et la nature a enfanté le concept d’empreinte écologique, une «notion très astucieuse qui permet de mieux calculer l’incidence de nos actions sur la planète.»

Mais, nuance le municipal, il existe une tension permanente entre deux courants de l’écologie, l’un fondamentaliste, l’autre réformiste: «Certains jugent que l’on n’exige pas assez. Moi, je me dis qu’il me reste peu de temps à vivre et que je dois faire avancer les choses, si peu que ce soit.» A l’échelle de la planète, les efforts des uns et des autres restent encore largement insuffisants. Professeur à l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne, Dominique Bourg rappelle que la totalité du recyclage opéré au XXe siècle ne représente que 5%: «Ce qui compte, poursuit-il, c’est le taux d’entrée.» Comprenez le taux de consommation des ressources.

Notre société d’hyperconsommation freine le mouvement: «Au-delà de 1% de croissance, le taux de recyclage reste marginal.» Pour arriver à une consommation d’un équivalent planète, comme le demande l’initiative, il faudrait un taux de recyclage de 60%.

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