Dans les EMS vaudois, la peur rôde et le personnel manque

Maisons de retraiteConfinement, pénurie de matériel de protection, absentéisme… La situation est tendue.

Les 4 Marronniers, à Yverdon: un EMS touché par le coronavirus parmi d'autres. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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«Oui, il y a déjà eu des décès dus au coronavirus dans les EMS et EPSM vaudois. Mais, comme pour le nombre de cas positifs, il n’y a pas de chiffres fiables.» François Sénéchaud, secrétaire général de l’association HévivA, évoque une trentaine de personnes infectées; la Fédération patronale des EMS vaudois (FEDEREMS) une dizaine. Des chiffres sans doute en deçà de la réalité, précisent les deux faîtières du secteur.

Les directives cantonales stipulent en effet qu’une fois que deux ou trois résidents ont été testés positifs, on considère que le virus circule dans l’EMS et on ne dépiste plus. Tout senior avec des symptômes est alors considéré infecté par le Sars-Cov-2 et doit être confiné en chambre*.

La situation est très tendue dans ces lieux de vie très exposés abritant une population à risque, même si la situation varie d’un établissement à l’autre et que certains sont épargnés. La Fondation des 4 Marronniers, à Yverdon, compte parmi les nombreux EMS touchés par le coronavirus. «On a fermé une unité moins atteinte pour la préserver», indique Alexandre Ixari, codirecteur adjoint.

Renforts demandés

Ici comme ailleurs, le matériel de protection manque (masques, coiffes, lunettes, gel désinfectant). «Il y a pénurie. Nous devons rationner les masques et on n’a pas de blouses», rapporte Olivier Mottier, secrétaire général de la FEDEREMS. Ces produits sont distribués au compte-goutte dans les établissements. Et comme certains avaient peu de stock avant la pandémie… «Il y a des situations malheureuses où l'on doit demander à des collaborateurs de porter le masque plus de quatre heures, ce qui est contraire aux recommandations», indique François Sénéchaud.

«Il y a beaucoup de collaborateurs absents»

Un autre manque se fait cruellement sentir: celui de personnel. Une maison de retraite nous indique par exemple que près de 20% de ses collaborateurs sont en arrêt. «Le personnel fait un travail remarquable dans des conditions difficiles, relève François Sénéchaud. Il y a beaucoup d’absences, oui. Soit ces collaborateurs ont attrapé le virus, soit ils sont à risque. C’est compliqué à gérer. On doit recourir à la protection civile, à l’armée et aux écoles d’infirmières. Sans cela, certains établissements auraient de la peine à fonctionner.»

«La protection civile est venue en renfort et ça nous aide beaucoup», témoigne Alexandre Ixari. À l’Institution de Béthanie, touchée elle aussi, le directeur, Frédéric Risse, évoque «une situation tendue. Des gens ont peur et ne veulent plus travailler. Mais il y a un bel élan de solidarité au sein des collaborateurs.»

«Difficilement gérable»

«Ça devient très difficilement gérable, témoigne de son côté la direction de la Fondation La Rozavère. Nous avons fait une demande de renfort. On a pas mal de défections dans le personnel, parce qu’ils sont touchés ou à risque. Et il y a clairement des gens qui ont la trouille.» Les résidents testés positifs «vont bien pour l’instant», précise l’institution lausannoise. «On avait anticipé les mesures et on est encore relativement protégés, mais d’autres EMS sont secoués… Le gros problème, c’est de respecter les distances sociales, surtout pour les petites structures. Nous, on a de la chance.»

Pas toujours possible, selon les contraintes architecturales, de maintenir ces distances entre résidents. Certaines institutions servent les repas en trois fois pour espacer les mangeurs dans la salle commune.

Animations en veille, visites et sorties interdites… Les personnes âgées comprennent plus ou moins bien les mesures. «Certains prennent mieux que d’autres le fait d’être enfermés dans leur chambre, rapporte Alexandre Ixari. Le service d’animation essaie de leur changer les idées.» «On essaie de rester un lieu de vie, abonde Frédéric Risse. On fait de l’animation individuelle en chambre; les contacts avec la famille se font via iPad… Et heureusement, nous avons un jardin.»

Le cas des démences

La crise est particulièrement difficile à gérer pour les institutions spécialisées en psychogériatrie. «On ne peut pas enfermer les résidents atteints de démence dans leur chambre (ils ont besoin de déambuler, ça les calme) ni les forcer à porter un masque, relève François Sénéchaud. Parfois, faute d’espace disponible pour faire une quarantaine, il n’est pas possible de «laisser sortir» la personne infectée et lui permettre de déambuler sans croiser d’autres résidents.»

* Au minimum dix jours et quarante-huit heures après l’arrêt des symptômes

Créé: 26.03.2020, 06h50

Inquiétudes «profondes»

Le dispositif de l’État de Vaud prévoit la mise à disposition de lits en EMS pour des personnes potentiellement infectées par le coronavirus dans l’idée de décharger les hôpitaux et leur permettre de se concentrer sur les soins aigus. La Fédération patronale des EMS vaudois (FEDEREMS) a fait part de ses «profondes inquiétudes» à la Santé publique et de ses «réserves quant au rôle dédié à ces institutions dans le dispositif sanitaire de crise».

«Les EMS/EPSM accueillent exclusivement des personnes vulnérables, indique la faîtière. L’expérience à l’étranger démontre que la propagation du virus est particulièrement rapide et meurtrière dans les établissements confinés de ce type.»

Pour protéger les résidents et le personnel, la FEDEREMS demande aux autorités d’étudier la mise en place de sas de confinement permettant une sorte de quarantaine avant l’admission des nouveaux venus (14 jours ou 48 heures selon qu’il y ait des symptômes ou pas).

«On comprend bien qu’il faut désengorger les hôpitaux, commente Olivier Mottier, secrétaire général. Mais pour éviter toute flambée, créons ces sas avant de faire entrer des personnes susceptibles d’être infectées dans des lieux extrêmement dangereux en termes de propagation.» Il relève aussi que les EMS «sont des lieux de vie, pas de soins. Notre personnel n’est pas préparé.»

Les cas de maisons de retraite dévastées par le virus se multiplient en France, en Espagne et en Italie. L’ATS rapportait récemment cet avertissement de la branche qui gère les retraités du plus grand syndicat italien: «Quand le virus entre dans ces lieux, cela tourne inévitablement au massacre.»

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