De la vapeur sèche pour remplacer le glyphosate

Espaces publicsUne nouvelle machine fait son apparition dans les communes pour lutter contre la mauvaise herbe.

La machine à vapeur sèche fait appel à certaines technologies de pointe: ses tuyaux sont notamment issus du domaine de l’aviation.

La machine à vapeur sèche fait appel à certaines technologies de pointe: ses tuyaux sont notamment issus du domaine de l’aviation. Image: Florian Cella

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Bien des communes vaudoises n’ont pas encore renoncé totalement à l’emploi de pesticides. Mais le débat sur des produits tels que le glyphosate incitent les collectivités publiques à se pencher sur des méthodes alternatives. Passer de la simple aspersion d’un produit à une véritable gestion des mauvaises herbes demande toutefois des efforts supplémentaires. Un pas qu’ont franchi plusieurs villes, à commencer par Lausanne. Romanel, sa voisine, n’est pas en reste, elle qui vient de dépenser près de 40'000 francs pour un appareil de désherbage fonctionnant à la vapeur sèche.

Accolés l’un à l’autre, les deux termes font tiquer. C’est pourtant les qualités de cette vapeur, débarrassée d’une bonne part de son humidité, qui ont convaincu Romanel-sur-Lausanne de céder à un investissement relativement important. «Je recherchais un système économe en eau», raconte Cédric Botré, chef de la Voirie communale. Après avoir déniché cette nouveauté brevetée en France, il a dû convaincre la Municipalité d’investir plusieurs dizaines de milliers de francs dans un appareil qui commençait tout juste à se vendre dans le canton. L’effort se mesure en comparant son prix aux quelques dizaines de francs qui suffisent à l’achat d’un bidon de désherbant au glyphosate. Une dizaine de communes vaudoises, comme Morges ou Cheseaux, ont fait le même choix, suivant l’exemple de villes de France comme Dijon.

Deux secondes de cuisson

Autour du bâtiment administratif communal de Romanel-sur-Lausanne, les pavés font office de zone de démonstration. La machine se déplace au moyen d’un moteur électrique. Armés de leurs lances, les employés communaux appliquent la cloche sur chaque pousse d’herbe. Pchhh! Deux secondes suffisent à «cuire» la plante, qui se desséchera les jours suivants. Sur les pavés, seule une trace légère d’humidité témoigne du traitement.

C’est sur la partie haute de l’engin que réside son secret. Un moteur tournant au diesel chauffe un réservoir d’eau. «Au lieu de produire une vapeur à 100 degrés, on chauffe l’eau entre 220 et 250 degrés. À cette température, la vapeur contient beaucoup moins de molécules d’eau», explique Thierry Weber, dont la société commercialise l’engin depuis l’an dernier. Le procédé se veut plus économique que d’autres solutions (lire encadré), tant en eau qu’en énergie. «La vapeur sèche préserve aussi la vie sous terre, car elle ne la chauffe pas comme le ferait une vapeur humide, et n’arrose pas les graines en dormance», poursuit Thierry Weber.

En avançant pousse par pousse, le procédé n’est pas des plus rapides. Mais le renoncement aux produits phytosanitaires est à ce prix et divers équipements permettent de compléter la machine. «Ça demande un peu de réorganisation, mais mon budget de fonctionnement n’a pas changé», constate Cédric Botré, qui s’attend tout de même à devoir réaliser un certain nombre de passages en cours d’année. Une cuisson à répétition qui finira par épuiser la plante.

Créé: 03.05.2019, 07h25

Difficile de se passer des herbicides

À la Haute École de viticulture de Changins, on teste aussi les différents moyens de se passer des herbicides. Chargé d’enseignement et de recherche, Matteo Mota n’avait pas encore connaissance de la machine à vapeur sèche. «Avec sa consommation limitée en essence et en eau, c’est une alternative qui paraît intéressante et je serai tenté de réaliser des essais», dit-il après avoir consulté la documentation disponible.

Toute novatrice qu’elle soit, cette alternative ne constitue toutefois qu’une méthode supplémentaire, estime le chercheur, dans la lutte contre les plantes indésirables. «C’est très difficile d’être aussi efficace que le glyphosate, regrette-t-il. Mais si on arrive à une interdiction dans quelques années, il ne faudra pas interdire que celui-ci car on risque de retrouver d’autres produits, plus nocifs que le glyphosate, dans la nature.»

Pour l’heure, l’abandon du chimique a pour effet d’induire un changement de philosophie: certaines zones ne sont simplement plus désherbées. Et on retrouve le chemin du désherbage mécanique: brosses, lames ou rouleaux montés sur des machines ou retour au bon vieux raclet. Le traitement thermique s’est également développé, soit par projection d’eau bouillante ou de vapeur (traditionnelle et, maintenant, sèche). On a pu voir des employés communaux manier le chalumeau, mais la consommation de gaz qu’il implique le rend peu adéquat.

À l’inverse, la cryogénie est aussi expérimentée, tout comme le traitement par courant électrique. Au final, il semble bien qu’aucune méthode ne remplace, à elle seule, les herbicides. «À Changins, nous avons une approche pluridisciplinaire qui étudie les avantages et inconvénients de chaque méthode», dit Matteo Mota.

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