De quelle partie du canton viennent nos élus?

Parlement fédéralCinquante-quatre Vaudois ont siégé à Berne en vingt ans. L’Ouest lausannois, la Broye et le Gros-de-Vaud sont sous-représentés. La droite lausannoise compte un seul élu.

16 des 54 parlementaires vaudois résident ou ont résidé à Lausanne. Mais proportionnellement à la population de tout le canton, ils n’auraient dû être que 9.

16 des 54 parlementaires vaudois résident ou ont résidé à Lausanne. Mais proportionnellement à la population de tout le canton, ils n’auraient dû être que 9. Image: Keystone

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«Des Lausannois, il y en a de plus en plus!» C’est une phrase qui revient depuis les élections fédérales, car huit des 21 élus vaudois à Berne habitent à Lausanne. Mais qu’en est-il réellement? L’analyse comparée des données fournies par le parlement fédéral et des résultats électoraux publiés par l’État de Vaud montre qu’effectivement le poids des Lausannois va en augmentant sur le long terme, entre 1999 et 2019 (voir infographie).

Sur cette période, en comptant les élus de cette année, 16 des 54 parlementaires vaudois résident ou ont résidé à Lausanne. Mais proportionnellement à la population de tout le canton, ils n’auraient dû être que 9. L’Est vaudois est aussi bien placé, avec 13 élus au lieu de 11.

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Des régions sous-représentées

Mais alors quelles sont les régions sous-représentées? L’Ouest et le Nord du canton auraient chacun pu prétendre à 12 parlementaires, mais ils n’en comptent respectivement que 10 et 9. Parmi les districts, trois sont à la peine: Aigle (3 élus), l’Ouest lausannois (3 élus) et la Broye-Vully (un seul).

Pourtant, la circonscription est cantonale et les partis font attention à choisir des candidats dans toutes les régions, en fonction de leur population. Pour le politologue René Knüsel, les explications sont à chercher du côté des «représentations sociales» des candidats idéaux à gauche et à droite, parmi les électeurs, les partis et les médias (lire encadré).

«Nous sommes trop proches de Lausanne pour avoir une identité propre»

Pour expliquer la sous-représentation de son district, l’ancienne conseillère nationale POP et ex-syndique de Renens Marianne Huguenin ajoute que le vote régional y est peu marqué. «Les citoyens de notre district, créé en 2008, ne se sentent pas comme des habitants d’une région périphérique à défendre. Nous sommes trop proches de Lausanne pour avoir une identité propre.»

L’UDC Jean Fattebert, seul et unique Broyard des vingt dernières années, pointe lui aussi un déficit d’identité dans son district. «On l’appelle le Chili, avec une longueur de 40 km du canton de Berne au Jorat. Nous nous connaissons moins bien qu’ailleurs. Mais malgré tout, nous nous dirigeons vers l’élection d’une Broyarde au Conseil d’État avec Christelle Luisier Brodard.»

Lausanne: handicap de la droite

L’analyse apporte un enseignement important pour les candidats eux-mêmes. Malgré le soin apporté par les partis pour préparer des listes équilibrées, habiter en campagne est un handicap pour les candidats de gauche, mais un avantage pour ceux de droite. Ainsi, 18 des 27 parlementaires de gauche viennent du Grand Lausanne. Et seuls 2 des 23 élus de droite viennent du Grand Lausanne: Olivier Français et Fathi Derder.

On observe un comportement particulier des électeurs de droite, même s’il est peu marqué. Ceux de Lausanne votent souvent selon l’ordre défini par les partis. Les autres boostent les candidats de leur région. Résultat: les Lausannois perdent un peu de terrain.

Et à gauche? Aimerait-on avant tout les Lausannois? Non, répond le conseiller national écologiste Daniel Brélaz, ancien syndic de Lausanne. «Être Lausannois est un atout, mais ça ne fait pas tout. Il faut avoir un autre atout. L’électeur est sensible à la profession, comme pour la climatologue Valentine Python, qui habite à La Tour-de-Peilz. Quant à nos élus lausannois, ils ont une médiatisation et une réputation dans tout le canton, avec des fonctions associatives ou professionnelles, ou des thématiques politiques larges, comme Léonore Porchet avec les questions d’égalité et Sophie Michaud Gigon, avec l’étiquette de la Fédération romande des consommateurs (FRC).»

Créé: 18.11.2019, 06h39

L’éclairage du politologue

Les grands partis proposent toujours des candidats de toutes les régions. Pourquoi, les élus viennent-ils des régions les plus peuplées?

Malgré une circonscription cantonale, on remarque des comportements particuliers aux districts. Sur 180 000 votants, la moitié vient des régions très peuplées. Les candidats qui habitent ces régions sont donc plus connus.

Qui met davantage en avant les candidats de droite en campagne et ceux de gauche en ville? Les électeurs, les partis ou les médias?

Cela tient probablement des trois. La péri-urbanité est importante dans le canton et on ne peut pas partir uniquement du lieu de vote pour donner une couleur à l’électeur. Votants, partis et médias travaillent sur la base de représentations sociales. Par exemple: les Verts sont plutôt des urbains. Les états-majors de partis pensent que l’électorat périphérique est plutôt conservateur et sélectionnent les candidats en fonction.

Pourquoi la droite n’a-t-elle fait élire qu’un candidat en vingt ans à Lausanne?

Au quotidien, les candidats PLR de Lausanne et du Grand Lausanne rencontrent de grandes difficultés à se profiler sur des arguments intéressant les électeurs de la périphérie. Olivier Français a construit son identité sur le fait qu’il était marginalisé à la Municipalité. Qu’a-t-il défendu comme idées proprement PLR? On l’a plutôt entendu comme technicien, ce qui lui a permis de trouver un électorat hors du PLR et ailleurs qu’à Lausanne.

Sur 27 élus de gauche, 17 viennent du Grand Lausanne. Cela signifie-t-il que les électeurs de gauche, où qu’ils habitent, font d’abord confiance aux Lausannois?

La gauche est née dans les villes. Les candidats de gauche des villes ont peut-être une forme de crédibilité plus importante, avec un exercice du pouvoir et une médiatisation plus forts. Se battre comme écologiste à la vallée de Joux est vu positivement à gauche. Mais c’est moins visible que sauver une forêt à Lausanne.


René Knüsel, Professeur de sciences politiques, Université de Lausanne

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