Découvrez le coworking à la Google ou avec bébé

VaudLe centre de travail partagé Gotham!, à Lausanne, a coûté trois millions. Bien loin d’un espace avec garderie à Malley.

Deux des fondateurs de l'espace de coworking Gotham!, à Lausanne, Andreas Schollin-Borg et Ferdinand Locher, avec le manager, Philippe Heim.

Deux des fondateurs de l'espace de coworking Gotham!, à Lausanne, Andreas Schollin-Borg et Ferdinand Locher, avec le manager, Philippe Heim. Image: Florian Cella

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En bordure d’un quartier promis à une profonde mutation, à l’est de la gare de Lausanne, un espace de coworking de 2300 m2 vient de s’ouvrir. C’est sans doute le plus grand centre de travail partagé de Suisse. Les coworkers, des indépendants ou des petites équipes de start-up, s’y installent. Vingt et un bureaux fermés de quatre personnes sont loués alors qu’un tiers des 105 places en espace ouvert ont trouvé preneur. Le nom: Gotham!, en référence à la ville de Batman. Les occupants s’y déplacent en trottinette ou y louent des vélos pour se rendre à leurs rendez-vous. Un toboggan achève de donner au lieu un petit air de Google. D’autres centres du même type sont prévus à Genève, à Zurich et à Berne.

Toute autre atmosphère à Malley, dans l’Ouest lausannois. Trois jeunes femmes aux métiers exigeants y ont ouvert The Village Coworking. Le créneau est novateur en Suisse. Ce sont des parents qui souhaitent exercer leur profession tout en conservant une proximité avec leurs enfants en bas âge, jusqu’à 4 ans. Les petits sont placés entre les mains d’une éducatrice dans une pièce adjacente à la salle de travail. De l’énergie, quelques milliers de francs et un coup de pouce d’Ikea pour les meubles ont abouti à l’ouverture de cette surface de six bureaux le 2 août dernier. Une architecte française en recherche d’emploi s’y active ainsi qu’une secrétaire qui veut y réaliser son projet, l’écriture d’un livre.

Créneau à prendre

Deux univers totalement différents. Mais qui répondent à un besoin croissant de solutions flexibles pour le travail. Gotham!, c’est le monde des indépendants très mobiles. D’autres enseignes s’implantent sur ce créneau. Exemple: la société International Workplace Group, présente en Suisse avec ses marques Regus, à Lausanne entre autres, et Spaces, qui a ouvert récemment deux centres à Genève et à Zurich.

Le lieu a été créé par des entrepreneurs: Andreas Schollin-Borg et Eric Laudet, cofondateurs de Batmaid, «l’Uber des femmes de ménage», l’architecte Patrick Polli, ainsi que Ferdinand Locher, actionnaire de 04 Real AG. Cette société avait acheté en 2008 l’ancien centre de tri postal lausannois en haut de l’avenue d’Ouchy, avant de voir son capital repris par le groupe Mobimo en 2012. Le quatuor a déboursé 3 millions de francs pour développer ce centre avec le soutien, à 30%-40%, de la Banque Cantonale de Fribourg (BCF). Les locaux de Gotham! sont aménagés juste à côté de l’ancien grand immeuble postal, devenu centre d’affaires Horizon 4-6, qui a fait le plein de locataires comme Bombardier ou Nespressso. Le coworking a l’avantage d’être une activité flexible adaptée à un lieu qui sera impliqué dans la transformation d’un quartier où Mobimo et les CFF vont investir 300 millions de francs ces prochaines années.

Activités énergisantes

Selon Andreas Schollin-Borg, les coworkers ont besoin d’échanger dans le cadre d’activités variées: «Les gens qui viennent travailler à Gotham! apprécient la vie que nous apportons dans notre espace, des événements et conférences que nous organisons, des cours de yoga ou des tournois de ping-pong. Sur le plan économique, nous avons l’avantage de mutualiser les coûts de structures comme la cuisine, la cafétéria ou le serveur informatique.» L’énergie dégagée serait favorable à l’innovation: «Pour une start-up, les chances de réussite sont plus élevées si elle vient travailler chez Gotham!, en synergie avec d’autres entreprises et indépendants, qu’en restant à la maison», relève Ferdinand Locher.

Une approche très différente règne à Malley. C’est le coworking fidèle à l’esprit des origines du mouvement, dans les années 2000. The Village Coworking est né d’un réseau d’indépendantes qui se sont liées après avoir découvert qu’elles partageaient une quête identique. «Nous avions la même problématique: travailler en s’occupant d’enfants», souligne une des trois fondatrices, Jelissa Risse, 30 ans, docteur en chimie en passe de devenir journaliste scientifique. Núria Unterlöhner, 31 ans, ingénieure en sécurité informatique, songe au proverbe africain «il faut tout un village pour éduquer un enfant»: «Mon mari, qui a une start-up, peut aussi garder notre garçon de 1 an. L’avantage d’être ici, pour moi, c’est que je peux travailler en restant proche de mon enfant. Et il y a un esprit d’entraide.» Avec la troisième fondatrice, Megan Tidbury, 32 ans, responsable de relations publiques, ces mères actives espèrent que des pères les rejoindront dans leur Village.

«Peut-on encore parler de coworking sur des surfaces de 2000 m2 Ce sont plutôt des business centers qui ont appris du coworking»

Pionnière du coworking en Suisse romande, fondatrice de l’eclau, à Lausanne, en novembre 2008, Stephanie Booth estime que les grands centres comme Gotham! s’écartent de l’esprit du mouvement: «Le coworking des origines vient de la base, des indépendants qui se regroupent pour créer leur espace. Aujourd’hui, cette idée se transforme en opportunité pour faire du business. Peut-on encore parler de coworking sur des surfaces de 2000 m2? Ce sont plutôt des business centers qui ont appris du coworking.» Selon elle, les grands font de l’ombre aux petits: «L’appropriation du terme coworking par les structures importantes est préoccupante. Les indépendants qui cherchent des espaces risquent d’ignorer l’existence des petites structures car le terrain est occupé par des sociétés qui ont les moyens de faire de la publicité.»

Chez Gotham!, Andreas Schollin-Borg croit en une complémentarité: «Nous ne sommes pas en compétition avec les petits espaces de coworking qui vont attirer un public spécialisé, composé généralement de gens du même secteur. Nous sommes complémentaires. De notre côté, nous créons des synergies entre des indépendants, des start-up et des PME de toutes tailles. Nous allons même accueillir une équipe d’un groupe immobilier coté en Bourse au SMI.» Les besoins croissants en nouvelles formes de travail décideront de l’avenir du coworking.


Gotham!

Capacité d’accueil: 21 bureaux fermés de 4 personnes, 105 places en espace ouvert, sur 2300 m 2 .

Les prix: La fourchette s’étend de 45 fr. (Tourist, un accès journalier) à 1350 fr. (Landlord, location mensuelle d’un bureau fermé de 15 m2 pour 4 personnes).

Signes particuliers: Trottinettes, toboggan, vélos à louer, cours de yoga, ping-pong, événements.

Contact: www.gothamco.com; av. d’Ouchy 4, 1006 Lausanne.

Quelques avis: Alexandra, New-Yorkaise établie à Lausanne, événements sportifs: «Il y a une énergie créative, c’est rafraîchissant.»

Cyrus Fazel, fondateur de SwissBorg (cryptomonnaie: transactions pair à pair): «Ici, nous sommes intégrés dans une communauté d’entrepreneurs.»

Ségolène Blondel, Finance Active: «J’ai travaillé dans des centres d’affaires qui manquaient de vie. Ici, c’est plus stimulant pour attirer de jeunes collaborateurs.»


The Village Coworking

Capacité d’accueil: Six bureaux. Et 8 enfants de 0 à 4 ans. Le tout sur une surface de 150 m2.

Les prix: 260 fr. par mois pour quatre demi-journées (y compris la garderie), 8 h 30-12 h 30 et 13 h 30-17 h 30; 85 fr. le «dépannage» d’une seule demi-journée.

Signes particuliers: Enfants en bas âge confiés à une éducatrice pendant que maman ou papa travaille dans la salle à côté.

Contact: thevillagecoworking.org; ch. de Malley 30, 1007 Lausanne.

Quelques avis: Marie-Alexine Morando, 38 ans: «J’ai deux enfants, dont un garçon de 18 mois gardé ici. J’étais architecte en France, j’ai suivi mon mari nommé professeur à l’EPFL. Je cherche du travail et c’est difficile avec un enfant à la maison. Se retrouver avec d’autres personnes permet de créer un réseau.»

Alessia Iseli, 29 ans: «Je travaille comme secrétaire et j’ai le projet d’écrire un roman. C’est difficile de se concentrer avec un garçon de 2 ans.» (24 heures)

Créé: 07.10.2017, 10h09

La demande va encore augmenter à l’avenir

Dans le monde, le coworking est passé de pas grand-chose en 2006 à 14 000 centres en 2017 et 1,2 million de coworkers, selon une étude d’UBS. «En Suisse, la demande excède l’offre», affirme l’auteur. Environ 120 centres sont recensés dans notre pays.

Et ce n’est pas fini: selon une étude de la société d’audit Deloitte, en collaboration avec l’Association coworking.ch, auprès de gérants d’espaces de coworking, «74% des sondés estiment que la demande va davantage augmenter à l’avenir». Comment s’y retrouver? Sur le site lachouquette.ch, Cyrielle Douchant tient à jour une liste pratique, avec les prix, qui contient plus de 15 lieux à Lausanne et alentour.

D’autres espaces existent dans le canton, à Yverdon, à Vevey et à Payerne notamment. Cet engouement s’explique par l’évolution de l’organisation de l’économie:
«Le mouvement du coworking est lié à la flexibilisation du travail. Grâce aux nouvelles technologies, on peut monter une boîte de marketing, par exemple, sans avoir pignon sur rue.

Le chez-soi n’est pas forcément adapté à ces nouvelles formes de travail. Le coworking permet de séparer le professionnel du privé, et c’est moins cher que d’avoir une pièce supplémentaire dans son logement pour un bureau», explique Nadia Droz, psychologue à Lausanne spécialiste de la santé au travail. A la tête de coworking.ch, Jenny Schäpper met en avant la volonté de réduire la mobilité. Si leur employeur ne les oblige pas à travailler dans les locaux de l’entreprise, les salariés peuvent travailler près de chez eux dans un espace de coworking.

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